Chômage partiel à l'usine Renault de Cléon, conséquence de la guerre en Ukraine

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Écrit par Richard Plumet

La direction de l'usine de fabrication de moteurs et de boîtes de vitesse de Cléon (Seine-Maritime) a annoncé aux représentants du personnel une période d'arrêt de la production.

C'est au cours d'un CSE (conseil social et économique) extraordinaire qui s'est tenu le 15 mars 2022, que les représentants du personnel et responsables syndicaux de l'usine Renault de Cléon ont appris que la direction avait décidé l'arrêt de la production les mercredi, jeudi et vendredi de la semaine suivante, avec pour corollaire la mise au chômage des salariés.

Joint par téléphone, Pascal Le Manach, délégué syndical CGT de Renault Cléon explique que si la direction de l'usine a évoqué "une période difficile de production", elle ne donne  des informations "qu'au compte-goutte, semaine par semaine" et qu'il faut s'attendre à d'autre journées de chômage pour les semaines à venir.  

Un fournisseur situé en Ukraine

La crise sanitaire a eu (et a encore) des conséquences sur l'activité des usines du groupe Renault avec la pénurie des composants électroniques en provenance d'Asie. C'est ainsi que l'usine de Sandouville, près du Havre, a connu des périodes d'arrêt en 2021.

Mais depuis, le constructeur doit faire face à une autre crise : celle de la guerre à l'est de l'Europe. Un des fournisseurs de Renault, spécialisé dans la fabrication d'un mécanisme électrique servant à lever les vitres, est situé en Ukraine et ne peut évidemment pas livrer ses pièces…  

Effet domino

Se retrouvant en rupture de stock et sans autre approvisionnement, des usines, et notamment celle de Sovab-Renault à Batilly près de Metz (Meurthe-et-Moselle) ne peuvent assembler les véhicules sur les chaînes de montage.

Les véhicules n'étant plus fabriqués (comme les gros utilitaires à Batilly) les autres fournisseurs doivent à leur tour cesser de produire. C'est la raison pour laquelle l'usine Renault de Cléon, spécialisée (depuis 1958) dans la fabrication de moteurs et de boîtes de vitesse pour les autres usines du groupe va subir des périodes de chômage partiel.

Des salariés inquiets

Les 4700 salariés de Cléon ont déjà connu beaucoup de chômage ces derniers mois rappelle Pascal Le Manach. Aussi, cette annonce d'un nouvel arrêt de la production inquiète. "C'est la double peine" martèle le délégué CGT de Cléon qui explique, évoquant le milliard d'euros de bénéfices de Renault en 2021, que "les salariés vont payer l'addition" au moment où l'inflation et la spéculation font que les prix de l'énergie et des produits alimentaires ne cessent d'augmenter.

La perte de salaire pendant le chômage partiel, sera, pour les salariés de Renault,  de 20% puisque la direction impose un jour de congé pour 5 jours de chômage. Pascal Le Manach indiquant que pour les intérimaires (ils sont près de 500) ils ne seront payés qu'à 70%. D'où la demande de la CGT d'une augmentation des salaires "d'au moins 300 euros" pour payer les dépenses de la vie quotidienne.

Déjà inquiets par la hausse rapide et imprévue du coût de la vie, certains salariés de Cléon confiaient hier à leur représentant syndical que, dans ce contexte économique, les prochaines vacances d'été avec leurs enfants allaient sans doute être compromises, voire impossibles…