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Affaire des “bébés volés” du franquisme : et si Josu, enfant déclaré mort à Dax, était vivant ?

Arantza et Sebas ont aujourd'hui une intime conviction : leur petit frère, mort dans les années 60 dans des circonstances floues, a en réalité été enlevé / © Andde Irosbehere
Arantza et Sebas ont aujourd'hui une intime conviction : leur petit frère, mort dans les années 60 dans des circonstances floues, a en réalité été enlevé / © Andde Irosbehere

Originaires du Pays basque, Arantza et Sebastian Galdos sont persuadés que leur petit frère Josu, déclaré mort peu après sa naissance en 1963 dans la cité thermale, a en réalité été volé. Des indices troublants accréditent leur hypothèse.
 

Par Andde Irosbehere

C’est l’histoire d’une quête entamée il y a désormais 8 ans. Un drame familial vieux de 56 ans qui a refait surface de manière inattendue dans la vie d’Arantza et Sebastian Galdos.

Arantza et Sebastian sont frères et sœurs. Ils vivent aujourd’hui dans la ville basque d’Errenteria, près de Saint-Sébastien, mais ont vu le jour en France. Dans les années 50, leurs parents fuient le franquisme et se réfugient dans les Landes. Sebastian naît en 1959, Arantza un an plus tard, et le 21 avril 1963, la famille s'agrandit : Maria Galdos accouche à l'hôpital de Dax, et donne naissance à un petit garçon prénommé Josu. Mais le bébé connaîtra deux jours plus tard un destin tragique.
 
Arantza et Sebastian n'ont jamais oublié le récit que leur ont toujours raconté leurs parents, aujourd'hui décédés :

Josu est né en bonne santé, c'était un beau bébé. Mais le 23 avril, des infirmières le sortent de la chambre. Ma mère pense qu’il s’agit d’une simple toilette. Ne le voyant pas revenir, elle s’inquiète, mais le personnel lui répond de ne pas s’en faire. Vers 18h, lorsque notre père revient du travail, on leur annonce que Josu est mort d’une méningite foudroyante, et déjà enterré dans une fosse commune.
 

Un enfant mort subitement et enterré sans que les parents ne puissent voir le corps. A l’époque, les époux Galdos vivent ce drame comme un acte cruel mais ne contestent pas les faits, en raison de leur statut précaire.
 
Arantza et Sebastian ont gardé les photos de leur enfance passée dans les Landes, auprès de leurs parents / © A.Irosbehere
Arantza et Sebastian ont gardé les photos de leur enfance passée dans les Landes, auprès de leurs parents / © A.Irosbehere
 

Une porte qui rouvre


C’est en 2011 que tout bascule. Arantza et Sebas découvrent le scandale qui va secouer toute l’Espagne. L’affaire des « enfants volés du franquisme ».
 


Durant des années en Espagne, des milliers de nouveaux-nés ont été enlevés à leurs parents biologiques, pour être revendus à l'adoption à des familles ne pouvant pas avoir d'enfants. Des vols commis d'abord par le régime franquiste, s'en prenant surtout aux opposants pour des motifs idéologiques, puis par tout un réseau mafieux, impliquant des médecins ou des bonnes soeurs. Avec bien souvent ce même modus operandi : aux parents victimes du trafic, on annonce que leur enfant est mort subitement, et qu’il est déjà enterré.

Chez les Galdos, les témoignages relatés dans la presse font l’effet d’un coup de tonnerre. Le doute s’installe. Et si Josu n’était pas mort ?

La famille se lance alors dans des recherches. Et celles-ci ne s’avèrent guère rassurantes.
 

Troublantes coïncidences


Incohérences dans les dates et cause du décès, carnets de santé et dossier médical curieusement vides… Et puis, au registre du cimetière, cette étrange liste de 9 enfants morts ou morts-nés pour les seuls mois de mars et avril 1963, alors que les autres années sont classées sans aucune distinction entre adultes et enfants.
 
Dans les registres du cimetière Saint-Pierre, une liste de 9 enfants morts rien que pour les mois de mars et avril 1963 / © A.Irosbehere
Dans les registres du cimetière Saint-Pierre, une liste de 9 enfants morts rien que pour les mois de mars et avril 1963 / © A.Irosbehere


Mais l’élément le plus troublant est sans doute celui des archives diocésaines. Malgré les liens étroits qu'entretenait à l'époque la famille Galdos avec un prêtre, l’abbé Michelena, aucune trace de l’enfant ni dans les registres de baptême, ni dans les registres de sépulture de l’église. Alors que d'autres enfants décédés, dont certains morts-nés, y figurent. Josu n'a pas été baptisé, le prêtre archiviste concède lui même qu'il s'agit "d'un mystère".

C’est pour nous la preuve, que, peut-être, il est vivant. 

Arantza et Sebastian ont pu consulter les registres de baptême de l'église de Dax. Mais aucune trace de l'enfant ici / © Andde Irosbehere
Arantza et Sebastian ont pu consulter les registres de baptême de l'église de Dax. Mais aucune trace de l'enfant ici / © Andde Irosbehere
 

« Josu, enfant volé à Dax ? »
Un magazine d'Andde Irosbehere, Christian Etchegaray, Rémi Poissonnier
Montage Rémi Grillot

à voir ici :

Le west coast swing

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