L'association Welfarm diffuse des images de castration de porcs tournées en Gironde, et cible l'IGP jambon de Bayonne

© DxE- Welfarm
© DxE- Welfarm

L'association Welfarm, qui milite pour la protection des animaux de ferme, diffuse des images de castration à vif de porcelets dans un élevage du sud Gironde. Une pratique légale, mais contestée, filmée sur des animaux destinés à la production du jambon de Bayonne.
 

Par Maïté Koda

Le dispositif est parfaitement rodé et ne dure que quelques secondes. Un homme soulève des porcelets regroupés autour de leur mère et les dépose dans un chariot. Scalpel à la main et casque anti-bruit sur les oreilles, une femme en saisit un et le coince entre ses jambes afin de l'immobiliser. Elle lui coupe ensuite les testicules en un mouvement rapide et précis.

La femme vaporise alors un liquide désinfectant sur l'entrejambe de l'animal, avant de le lâcher au sol et de s'emparer du porcelet suivant afin de renouveller l'opération.  


Attention, les images présentes dans cette vidéo peuvent choquer. Elles nous ont été fournies par l'association Welfarm qui dénonce ces pratiques ►
 
Castration à vif - les images diffusées par Welfarm


Ces images ont été tournées au mois d'août dans un élevage porcin du sud de la Gironde. La caméra a été introduite par l'association DxE, déjà à l'origine de vidéos sur les conditions d'élevage de poulets ou de lapins, qui a ensuite transmis les images à  Welfarm.


Pression

Les cochons filmés, sont, pour partie, destinés à la production du Jambon de Bayonne, une indication géographique protégée (IGP), au cahier des charges très réglementé. Celui-ci stipule notamment que la viande doit être issue de truies ou de porc mâles castrés. C'est donc à la fois pour faire pression sur le consortium Jambon de Bayonne, et sur le gouvernement, que Welfarm les cible dans cette campagne.


Odeur de verrat

Car si ces images interpellent, rien d'illégal ne transparaît sur cette vidéo. La pratique de la castration sans anesthésie des porcs est parfaitement autorisée en France, et même très répandue. "Sans castration, la viande issue de cochons mâles peut, à la cuisson, dégager une odeur très désagréable", explique Pauline Di Nicolantonio, chargé de la campagne Stop Castration pour Welfarm.

"Mais cela ne concerne qu'une très faible proportion des animaux non castrés, poursuit-elle. Et il existe des méthodes alternatives".

Ces dernières sont évoquées sur le site du ministère de l'Agriculture : arrêt de la castration avec une maîtrise du risque de carcasses odorantes, castration sous anesthésie ou encore immunocastration, avec administration d'un vaccin limitant la production d'hormones sexuelles.
 

Si les éleveurs pouvaient se passer de cette étape, ils le feraient.
Pierre Harambat, président du consortium Jambon de Bayonne

 

Des méthodes, qui ont  fait leurs preuves en Europe ou en Bretagne,  mais qui ne permettent pas de garantir la qualité de l'IGP , répond de son côté Pierre Harambat. Le président du consortium Jambon de Bayonne conteste par ailleurs le terme de "castration à vif", avancé par Welfarm, lui préférant celui de "castration sous analgésique".

"Si les éleveurs pouvaient se passer de cette étape, ils le feraient, assure-t-il. Mais que ce soit en terme de qualité du produit, de coûts ou de conditions de travail pour les éleveurs, aujourd'hui, il n'existe pas d'alternative satisfaisante."



"Nous ne sommes pas rigides dans nos bottes"

Le Landais qualifie de "désolante" la campagne lancée par Welfarm. Et préfère mettre en avant la démarche RSE (responsabilité sociétale des entreprises) du consortium. "Nous essayons collectivement d'avoir une production durable sur tous les aspects, de l'élevage au produit fini… Et ces militants, avec qui nous avons déjà échangé, s'arrêtent sur un point très ciblé. C'est important certes, mais ça ne peut pas remettre en cause notre démarche globale !", déplore-t-il.

Le président du consortium l'assure : sa position n'est pas tranchée. "Nous ne sommes pas rigides dans nos bottes. Le jour où la recherche parviendra à une solution alternative qui satisfait nos exigences, nous pourrons l'envisager".
 
L’association Welfarm a prévu une campagne mobile d'affichage dans les rues de Bayonne / © Association Welfarm
L’association Welfarm a prévu une campagne mobile d'affichage dans les rues de Bayonne / © Association Welfarm



Campagne d'affichage

En attendant un éventuel changement, l'association Welfarm, qui revendique 142 000 signatures sur une pétition demandant l'arrêt de la castration à vif des porcelets , a prévu de poursuivre son action.  Dès vendredi, un camion surmonté d'une fausse affiche publicitaire pour le jambon de Bayonne et détaillant les conditions d'élevage des porcs devrait parcourir les rues de Bayonne.
 

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