Abel Ferrara : l'affaire DSK est "un scenario intéressant" pour un film !

Réactions mitigées après la présentation du film "Welcome to New-York", sur l'affaire DSK, au Festival de Cannes. Nous avions rencontré le réalisateur Abel Ferrara lors d'une Masters class à Bordeaux. Pour lui, le scandale politico-sexuel était un sujet en or.

Abel Ferrara à Cannes pour la Projection de son film "Welcome to New-York" sur l'afaire DSK.
Abel Ferrara à Cannes pour la Projection de son film "Welcome to New-York" sur l'afaire DSK. © BERTRAND LANGLOIS / AFP
Gérard Depardieu n'a pas monté les célèbres marches du palais des festivals et le film a dû se contenter d'un cinéma de quartier. Pourtant, la sortie mondiale samedi soir de "Welcome to New York", inspiré de l'affaire DSK, a fait courir tout Cannes.

C'est en plein centre-ville, derrière la barrière de palaces et de boutiques de luxe de la Croisette, que les producteurs de Wild Bunch ont présenté à la presse et au public le film d'Abel Ferrara inspiré du scandale qui a fait chuter il y a trois ans presque jour pour jour le patron du Fond monétaire international et favori des sondages pour la présidentielle française de 2012.

Et le film ?

Le film n'avait pas été sélectionné pour le Festival. Selon Depardieu, les organisateurs du Festival "souhaitaient quelques coupures", ce qu'Abel
Ferrara a refusé. "Pouvoir, argent, sexe il y a tout d'une tragédie shakespearienne", disait Depardieu, au physique particulièrement lourd et la chair triste à l'écran.
La chute du puissant, malade de ses pulsions sexuelles (le film n'épargne ni les scènes de sexe tarifé, ni les tentatives brutales de mettre une femme dans son lit), a bien lieu, l'affaire elle même et ses suites judiciaires sont peu développés.

Abel Ferrara s'intéresse surtout aux conversations du couple Devereaux (Depardieu et Jacqueline Bisset qui jouent DSK et Anne Sinclair), dans le fameux appartement new-yorkais où il a été assigné à résidence, celles que tout le monde a imaginé mais n'a jamais pu entendre. Simone Devereaux, qui reste envers et contre tout à ses côtés, est accusée finalement par son mari d'être une femme de pouvoir - c'est elle qui voulait être présidente -, c'est elle la femme riche, celle qui aide l'Etat d'Israël et a hérité d'une fortune amassée pendant la guerre, comme s'il la rendait responsable de tout.
Déjà, le quotidien Le Monde accuse le film de "donner dans le fantasme antisémite" dans sa description de Simone.

Des réactions

"Je trouve que la performance de Depardieu est extraordinaire. Et le film, très intéressant", a lancé le cinéaste français Claude Lelouch, à la sortie de la projection. 
"Abel Ferrara fait là son meilleur film. Et surtout, il y a le courage de Gérard en tant qu'acteur. Je pense qu'il a plus de courage qu'aucun autre acteur en vie aujourd'hui", a estimé l'acteur américain Mickey Rourke.

Les voix des anonymes à la sortie de la projection sont plus mitigées: "c'est au-delà du navet, c'est embarrassant, c'est d'un mauvais goût, c'est presque putassier comme film", dit l'un d'eux.
"Le viol, c'est dur, ils ne cachent pas, ils montrent clairement ce que c'est, et franchement, c'est dur", dit une spectatrice.

Une Master-Class à Pessac

Le 30 avril dernier, lors d'une Master-class organisée au cinéma Jean Eustache de Pessac, le réalisateur américain parlait de son dernier film en cours, "Pasolini" à un public avisé du septième art. C'est à cette occasion que nous avons pu le questionner sur son film qui a fait le "buzz" ce samedi sur la croisette cannoise...

Ecoutez cette interview d'Abel Ferrara  par Marie Neuville et Olivier Prax.

durée de la vidéo: 00 min 53
Abel Ferrara parle de l'affaire DSK

Le silence de DSK

Jusqu'ici, Dominique Strauss-Kahn ne s'est pas exprimé, ce qui ne veut pas dire que ses avocats ne sont pas à l'affût. Il a été prompt à assigner en diffamation l'écrivain français Régis Jauffret, auteur de "La Ballade de Rikers Island" et les éditions du Seuil pour un roman qui met en scène le dirigeant d'une institution internationale accusé de viol.

Même s'il colle au plus près à l'affaire DSK, qui a obtenu un non lieu au pénal aux Etats-Unis, le film prévient au début qu'il s'agit d'une version fictionnalisée. "C'est une production américaine tombant sous le coup de la loi américaine. Nos avocats ont vu le film et le scénario", a dit à la presse le coproducteur Vincent Maraval à l'issue d'une projection privée sous une tente. Il assure n'avoir eu jusqu'ici "aucune réaction" de DSK ou ses avocats: "Ils n'ont pas vu le film. Ils sont sûrement en train de le voir pour 7 euros", allusion au prix à la sortie du film en video à la demande (VaD) dès samedi soir sur internet.

"C'est une aventure unique parce que tirée d'un fait divers que tout le monde a lu", a expliqué Gérard Depardieu. "Je n'ai pas cherché à donner tort ou raison à mon personnage", a-t-il ajouté, disant qu'il pouvait "comprendre les pulsions" qui l'animent. "Je plains les gens qui sont comme ça".

Quant aux relations entre DSK et sa femme Anne Sinclair, "il existe un mystère au sein de ce couple... Qu'est-ce qu'ils pouvaient bien se dire ? On était obligés d'improviser".

Une distribution via le Net

Tous les exclus de la projection devraient pouvoir se rabattre sur internet puisque les producteurs ont choisi un mode de distribution audacieux, sautant l'étape des salles obscures pour offrir directement en France, dès samedi, le film en vidéo à la demande (VàD) moyennant 7 euros sur la toile.
Ils brisent ainsi la traditionnelle "chronologie des médias" française, qui veut qu'une oeuvre sorte d'abord sur grand écran puis en DVD et en VàD, avant les chaînes TV payantes puis les généralistes.
Si les producteurs peuvent se permettre cette entorse, c'est notamment parce que le film n'a reçu aucun soutien financier des chaînes de télévision françaises.
Le coproducteur Vincent Maraval y voyait récemment dans la presse le résultat de "pressions" et des "relations incestueuses qu'entretiennent dans ce pays les élites, les politiques, les médias".

Dans un entretien au "Film Français" samedi, Vincent Maraval explique avoir choisi cette stratégie de sortie pour éviter la piraterie. "Nous nous sommes rendus compte de l'attente qu'il y avait sur ce film et qu'il serait piraté dès la sortie", dit-il.
Pour la même raison, le film sort en Espagne en même temps que la France en VàD, puis "en Italie et en Allemagne soit en salle et VàD, soit en VàD puis cinéma avec un léger décalage, en Grande-Bretagne en cinéma et VàD en juin, aux Etats-Unis en août ou septembre", détaille-t-il.


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