Cet article date de plus de 6 ans

Bordeaux réhabilite un peintre oublié, Roger Bissière

Une rétrospective tire le peintre Roger Bissière (1886-1964) de l'oubli, à Galerie des Beaux-Arts de Bordeaux : de l'entre-deux guerres jusqu'à la consécration à la Biennale de Venise, sa petite-fille, Isabell  Bissière, évoque la "trajectoire singulière" d'un artiste inclassable.
Ce fils de notaire de province, né en 1886 à Villeréal (Lot-et-Garonne) et formé à l'Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux, n'avait pas été exposé dans cette ville depuis la rétrospective posthume de décembre 1965, un an après sa mort : "Un oubli injuste qu'il fallait absolument réparer pour faire redécouvrir ce peintre très influent au sein de la Nouvelle Ecole de Paris", regroupant des "modernistes" reconnus comme Jean Le Moal et Alfred Manessier, eux-mêmes disciples de Bissière, souligne la commissaire, Sophie Bartélémy.

Cette exposition - "Bissière - Figure à part" - donne à voir, jusqu'au 15 février 2015 à la Galerie des Beaux-Arts de Bordeaux, une centaine d'oeuvres aux inspirations diverses, tour à tour "avant-gardistes", "post-cubistes" et "non-figuratives".

Depuis sa première exposition personnelle à Paris chez le célèbre galeriste Paul Rosenberg, en 1921, jusqu'à la consécration avec le "Prix spécial" de la Biennale de Venise en 1964, année de sa mort, Bissière eut un parcours chaotique.

L'exposition propose une déambulation chronologique depuis la période figurative et postcubiste des années 1920, avec des "Nus" inspirés de Jean-Auguste-Dominique Ingres et Paul Cézanne, suivie de la période "non-figurative" de l'après-guerre, jusqu'au "journal en images" des années 1960 interrompu par la mort du peintre.


 "Journal en image" 

Au contact de Georges Braque et de son ami bordelais André Lhote, comme lui enseignant à l'Académie Ranson, Bissière se convertit de 1920 à 1923 au "cubisme apaisé" de l'entre-deux-guerres, rappelle la commissaire. Il peint alors de plantureuses paysannes monumentales aux airs de madones. Telle cette "Jeune fille au poisson", donnée en 1940 au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux par Paul Rosenberg, alors réfugié dans la région.

Pendant la guerre, Bissière est "frappé de paralysie picturale"  et fait du Lot une nouvelle terre d'asile où il s'essaie sans succès à l'élevage des abeilles
et des moutons, raconte sa petite-fille. Selon elle, cette longue pause bucolique "correspond à une période de lente maturation, un peu comme la décantation d'une émotion à la source d'une nouvelle forme d'expression" qui s'épanouit à partir de décembre 1945 dans la tapisserie. 

"L'Ange Hiroshima", pendant du "Guernica" de Pablo Picasso réalisé 10 ans plus tôt, et "Le chevrier", souvenir des années sombres de l'Occupation nazie dans la ferme de Boissiérettes (Lot), sont autant d'assemblages de bouts de tissu récupérés, ocres bruns et rouges, minutieusement cousus par "Mousse", l'épouse de l'artiste.

Enthousiasmé, le galeriste René Drouin expose en 1947 le "nouveau Bissière" révélé par une trentaine de toiles et de tapisseries. Mais l'exposition est un échec. Il est temps pour Bissière de renouveler son art avec un nouveau matériau. Les oeuvres à venir, comme "Jaune et Gris", sont peintes à l'oeuf et puisent à la source de l'art primitif.

Nouveau revirement en 1954 qui marque le retour à la peinture à l'huile avec l'expérimentation du clair obscur sur des glacis subtils et transparents comme celui de "l'Equinoxe d'hiver", peint en 1957. Le décès en 1962 de l'épouse bien aimée atteint Bissière au plus profond. Au crépuscule de sa vie, il entretient un dialogue quasi quotidien avec "Mousse" sur de petits formats de bois à travers un "Journal en image" réalisé au feutre, l'outil "d'une expression plus précise et plus libre", explique sa petite-fille.
En 1964, la mort interrompt brutalement ce journal de l'intime.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
culture art expositions idées de sorties