L’académie de Poitiers teste une application pour remplacer les enseignants absents, les syndicats sont divisés

Publié le
Écrit par Mélisande Queïnnec
Image d'illustration.
Image d'illustration. © JAMES ARTHUR GEKIERE / MAXPPP

En Charente-Maritime, les enseignants absents peuvent être remplacés grâce à l’application Andjaro. Cette dernière met en relation les circonscriptions avec des enseignants remplaçants disponibles pour intervenir dans les classes où des professeurs manquent à l’appel. Mais ce nouvel outil est encore loin de faire l’unanimité auprès des syndicats.

Un enseignant remplaçant est disponible, dans le rayon d’une école qui fait part de ses besoins… En quelques clics, c’est le “match”. Plus besoin du traditionnel coup de fil des secrétaires de circonscription : l’enseignant reçoit, directement par mail ou SMS, l’ensemble des informations nécessaires pour se rendre dans l’établissement concerné.

Objectif affiché d’Andjaro, start-up parisienne et Tinder du remplacement scolaire : soulager la charge de travail des secrétaires de circonscription, bras-droit des inspecteurs, qui consacrent plusieurs heures par jour à la gestion du personnel enseignant. Elle devrait être prochainement déployée dans tous les départements de l’académie.

Mais sa mise en place pose question : si tous les syndicats n’y sont pas fermement opposés, certains craignent un abandon de la dimension humaine du recrutement de professeurs remplaçants, et de possibles répercussions sur la qualité de l’enseignement dans le 1er degré.

Une concertation nécessaire

Dans la Somme, où l’expérimentation est en place depuis près de 5 mois, 98% des enseignants absents entre septembre et novembre 2021 ont pu être remplacés. C’est 20% de plus qu’en 2019-2020, selon le ministère de l’Éducation nationale, relayé par le JDD. Mais pour Pierre Mimet, secrétaire départemental adjoint du SE-UNSA Charente-Maritime, ces résultats doivent être accompagnés d’une réflexion autour de la mise en place d’Andjaro. D’autant qu’aucun bilan n'a encore été dressé en Charente-Maritime.

L’application permet de savoir tout de suite où sont les remplaçants disponibles

Pierre Mimet, SE-UNSA Charente-Maritime

On n’est pas opposé à l’idée”, précise-t-il. Le logiciel est départemental, là où les remplacements sont normalement gérés par les circonscriptions. Un possible gain de temps : “S’il y a besoin d’un remplacement à Jonzac, souligne Pierre Mimet, l’application permet de savoir tout de suite où sont les remplaçants disponibles, ce qui évite aux secrétaires de devoir s’appeler [entre circonscriptions, ndlr].”

Pierre Mimet relève tout de même quelques points de vigilance. Comme Pronote, le logiciel de saisie des notes, Andjaro est une entreprise privée. “À l’heure où l’on supprime du personnel administratif, on est scandalisé. Si l’on avait les personnels compétents au sein de l’Éducation nationale, on pourrait le faire nous-mêmes, au plus près du terrain. Il faut que ce soit fait intelligemment, co-construit avec les équipes. Il faut poser des limites.

“Les machines ne remplacent pas les humains”

Quoique clivant, Andjaro pourrait harmoniser la gestion du personnel enseignant. À condition de ne pas renoncer totalement aux rapports humains entre remplaçants et circonscriptions, ciment de l’enseignement dans le 1er degré. “En Charente-Maritime, son utilisation se fait sur la base du volontariat depuis le mois de novembre. Et la plupart des remplaçants l’ont refusée. Ils aiment justement ce côté humain. On n’a pas tous envie de recevoir un mail ou un SMS pour se voir attribuer une classe”, détaille encore Pierre Mimet.

Les machines ne remplacent pas les humains

Élise Moreau, SNUipp-FSU Charente

En Charente, l’application n’est pas encore testée. Mais le SNUipp-FSU s’inquiète également des dérives possibles sur les méthodes traditionnelles de recrutement de remplaçants, adaptées à chaque public. “Les secrétaires connaissent les élèves pour lesquels une fermeture de classe aurait plus d’impact [souvent en zone rurale, ndlr]”, détaille Élise Moreau, co-secrétaire du SNUipp-FSU Charente. “Il y a dans certaines écoles un fossé énorme entre la culture scolaire et la culture familiale. Les secrétaires contribuent aujourd’hui à optimiser les conditions de travail des enseignants et donc la réussite des élèves.

Les machines ne remplacent pas les humains”, poursuit-elle. “L’école, ça reste un lieu où l’on joue à la marelle, un lieu humain où la proximité entre titulaires remplaçants et secrétaires est très importante.” Le SNUipp-FSU pointe également du doigt un manque d’équité vis-à-vis de la gestion des outils informatiques : “Certains collègues sont plus à l’aise que d’autres avec le numérique. Et quand notre énergie est absorbée par l’utilisation d’une application, elle l’est moins par la pédagogie. Certains enseignants risquent de voir leurs conditions de travail se dégrader”, entraînant, estime le syndicat, des répercussions sur la qualité d’accueil des élèves.

“L’État n’assume pas son rôle”

Pour Élise Moreau, répondre aux problèmes de gestion du personnel via une application est une fausse solution. Car il faut avant tout passer par des moyens et recruter davantage, notamment parmi les enseignants sur liste complémentaire, pour garantir un enseignement de qualité. “Le problème n’est pas la gestion en elle-même mais le nombre de remplaçants disponibles par rapport aux besoins des classes."

Ce n’est pas une application qui résoudra le problème des remplacements. Cela passera obligatoirement par des recrutements.

Vincent Cabirol, SE-UNSA Poitiers

"Chaque jour, des classes se retrouvent sans enseignants. Les choix budgétaires n’ont pas permis d’obtenir de nouvelles créations de postes. On met des choses en place qui ne correspondent pas réellement aux besoins”, dénonce-t-elle. Enseignants mais aussi personnel administratif, les secrétaires de circonscription n’étant pas assez pour faire face à la charge de travail.

Secrétaire académique du SE-UNSA Poitiers, Vincent Cabirol tire la même conclusion. “Il ne faut pas que l’application devienne un Uber du remplacement. Les secrétaires ne doivent pas être obligés d’utiliser l’application pour faire des saisies.” “On ne jette rien en bloc sans négociation”, plaide-t-il. “Mais ce n’est pas une application qui résoudra le problème des remplacements. Cela passera obligatoirement par des recrutements.

En partenariat avec France 3 France Bleu et Make.org

Participez à la consultation citoyenne sur la présidentielle 2022

Faites-vous entendre ! France 3 Régions s'associe à la consultation Ma France 2022, initiée par France Bleu sur la plateforme Make.org. Le but ? Vous permettre de peser dans le débat démocratique en mettant vos idées les plus plébiscitées au centre de la campagne présidentielle.