Journée en mémoire de l'esclavage : 25 villes demandent la décentralisation de la cérémonie officielle

Esclaves sur un navire marchand vers 1880. / © Universite-liberte.blogspot.fr
Esclaves sur un navire marchand vers 1880. / © Universite-liberte.blogspot.fr

La ville de La Rochelle participe toute la journée à la cérémonie nationale de commémoration de l'esclavage. De nombreuses animations, conférences et projections sont prévues. Dans le même temps, plusieurs villes demandent une décentralisation de la cérémonie officielle.

Par Bernard Dussol

C'est ainsi depuis 2006 : chaque 10 mai marque la date officielle de la commémoration de l'esclavage. Un moyen pour La Rochelle de se pencher sur son passé négrier comme d'autres ports de la façade atlantique ou de la Manche : Bordeaux, Nantes, Le Havre ou Saint-Malo pour ne citer qu'eux.

Des fortunes vont s'établir sur ce qu'on va appeler le commerce triangulaire. Les navires négriers partaient de l'Europe les cales pleines de "pacotille" (verroterie, miroirs, objets de parure, coquillages) mais ils embarquaient aussi des marchandises de meilleure qualité, comme des tissus ou des alcools. Parvenus sur les côtes africaines, ces marchandises étaient troquées contre des esclaves hommes et femmes. Cap ensuite sur l'Amérique du Sud, les Caraïbes ou l'Amérique du Nord où les cargaisons d'hommes étaient revendues aux grands propriétaires terriens.

Les conditions de détention des esclaves étaient extrêmement dures : attachés par des fers, entassés dans les cales, et emmenés de temps à autre sur le pont pour prendre l'air, nombre d'entre eux mourraient pendant les traversées. Certains historiens estiment à 40 % la mortalité sur certains voyages.
Chaque centimètre carré des ponts des navires qui pratiquaient le commerce triangulaire était utilisé pour stocker le plus grand nombre d'esclaves.
Chaque centimètre carré des ponts des navires qui pratiquaient le commerce triangulaire était utilisé pour stocker le plus grand nombre d'esclaves.
Cette année, les représentants de 25 lieux de l'histoire de l'esclavage en France ont décidé d'interpeller le gouvernement pour lui demander de décentraliser la cérémonie officielle de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions du 10 mai.

Le Jardin du Luxembourg, où se tient la cérémonie, n'a "aucune valeur mémorielle, alors que d'autres lieux sont beaucoup plus symboliques", dénonce l'Association route des abolitions de l'esclavage, basée à Pontarlier (Doubs) qui est à l'origine de la démarche. L'association propose que "chaque année, le président de la République honore de sa présence l'un des hauts lieux de mémoire que compte le paysage national".

Plusieurs sites se sont déjà portés candidats pour accueillir la cérémonie nationale dont les sites des anciens ports négriers de Bordeaux, du Havre, de Nantes, de La Rochelle ou des lieux d'abolition de Bayonne, ville natale de plusieurs figures de l'abolition, ou le Fort de Joux à Pontarlier, lieu de décès de Toussaint Louverture, chef de file de la révolution haïtienne (1791-1802).

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