Moulin de Puydrouard en Charente-Maritime : le défi d'un homme pour redonner des ailes à ce patrimoine unique

Publié le
Écrit par Romain Bizeul .

Refaire fonctionner à l'identique le moulin historique de sa famille, c'est le défi que s'est lancé Rémy Penigaud. Un projet colossal pour faire revivre le moulin de Puydrouard, à Forges dans la plaine d'Aunis.

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"C’est un véritable rêve d’enfant !" À 59 ans, Rémy Penigaud va enfin réaliser ce qu’il envisage depuis ses premières années : rénover le moulin à vent de Puydrouard, l’édifice familial dont il a hérité. Mais pas n’importe comment. "C’est important de faire revivre ce moulin pour moi, mais je veux surtout le faire fonctionner avec ses ailes, comme à l’époque", prévient l’ancien militaire, aujourd’hui réserviste. Un projet pour faire rayonner le patrimoine de la plaine d’Aunis.

Dans la famille depuis 1595

Sur la commune de Forges (Charente-Maritime), les premières traces de ce moulin à vent remontent à 1595. À l’époque, le moulin était en bois. Il a fallu attendre le XVIIIe siècle, peu avant la Révolution française, pour qu’il soit reconstruit en moellon, une pierre présente dans le pays d’Aunis. Pendant plusieurs siècles, le moulin a ensuite été parfaitement exploité par la famille Penigaud. 

Dans les années 1930, un départ d’incendie modifia profondément l’aspect extérieur du moulin de Puydrouard. L’édifice y perdit ses ailes, mais continua à fonctionner – notamment durant la Seconde Guerre mondiale - grâce à un moteur à huile lourde. "Même le moteur était local. C’était un Poyaud, du nom de son inventeur venant de Surgères", précise Rémy Penigaud.

Mais quelques années plus tard, en 1965, le moulin cesse de fonctionner. Un crève-cœur pour son propriétaire. Rémy Penigaud a totalement hérité du bâtiment en 2003, avec l’idée de le voir, un jour, retrouver de sa superbe. "L’élément déclencheur, c’était le confinement. Je tournais en rond et j’ai commencé à réfléchir à ce projet", raconte-t-il.

"Faire revivre un savoir-faire ancien qui se perd"

Parmi les sept moulins existants dans la plaine d’Aunis, seul celui de Puydrouard subsiste. "Il sera le seul moulin des environs capable de tourner comme à l’époque", ajoute fièrement Remy Penigaud. Mais ce n’est pas sa seule particularité : il possède deux paires de meules, lui permettant de moudre à la fois du blé et de l’orge. "Depuis sa création, il appartient à la famille Penigaud, ce qui est également tout à fait rare. M. Penigaud possède encore les outils de meuniers, comme des balances ou des sacs marqués de son nom", souligne Valérie Meyer, déléguée à la Fondation du Patrimoine de Charente-Maritime.

Pour lancer les travaux, il y a deux mois, Rémy Penigaud a  faire une demande de label "Fondation du patrimoine". Ce dernier permet d’accompagner le propriétaire du mieux possible dans sa démarche à quelques conditions : qu’il y ait un intérêt patrimonial, architectural ou historique, que le bâtiment soit visible depuis la voie publique, et que les Architectes des Bâtiments de France valident le projet dans son ensemble.

"Ils m’ont conseillé pour l’enduit que je vais mettre sur les pierres de la tourelle, je vais le faire moi-même avec de la chaux et du sable", explique Rémy Penigaud. Pour le plus gros, la charpente, il a fait appel à un spécialiste de ce genre d’édifice. Pour cela, il a été recommandé par l’Association départementale des moulins de la Charente-Maritime (Adam 17). "C’est un bonheur d’avoir un projet comme celui-là, quelqu’un qui veut rénover à l’identique. C’est assez rare, notamment pour un particulier, car c’est un investissement très lourd", réagit le vice-président de l’Adam 17, Lionel Barré.

Un engagement passionné

La plupart du temps, quand un particulier rénove un moulin, il le transforme en lieu d’hôtellerie ou de tourisme pour pouvoir récupérer cet investissement conséquent. Ce n’est pas l’idée de Rémy Penigaud même si, il l’assure, il ouvrira ses portes lors "des journées du patrimoine et pendant la journée des moulins". "Mon but est avant tout de faire revivre un savoir-faire ancien qui est amené à disparaitre", prévient-il. "Les moulins sont le troisième patrimoine français, derrière les églises et les châteaux, rappelle Lionel Barré. Ce sont les premiers moteurs dont les hommes ont disposé pour suppléer le travail musculaire. L’arrivée des moulins au Xe siècle a permis un tas d’avancées dans la société."

Mais cette volonté de préservation du patrimoine, qu’il finance lui-même, coûte cher. Le label "Fondation du Patrimoine" lui permet de déduire de ses impôts 50 % du montant des travaux. Mais pas seulement. "Nous finançons à hauteur de 4 % de la totalité des travaux. Ce n’est pas négligeable, car habituellement, c’est plutôt à hauteur de 2 %, mais nous pouvons aller au-delà pour certains projets", précise Valérie Meyer, de la Fondation du Patrimoine de Charente-Maritime.

Animé par la passion, Rémy Penigaud est impatient de voir son projet aboutir, dans quelques mois. Il se rappelle : "Quand j’étais petit, dans la salle à manger, il y avait une photo du moulin avec ses ailes. Je demandais à mon père : "Quand est-ce que tu remets les ailes ?" Mais il n’en avait pas les moyens. Je suis comblé parce que je vais enfin réussir à le faire." Un rêve dont pourra profiter le pays d’Aunis, le ciel fendu par les ailes du moulin de Puydrouard. 

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