Une cinquantaine de femmes et enfants ukrainiens sont arrivés en Charente-Maritime ce lundi

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Écrit par Sophie Goux

Des femmes et des enfants ukrainiens sont arrivés lundi matin en Charente-Maritime. Ils ont fui la guerre dans leur pays et seront hébergés par des habitants volontaires.

À la descente du bus, évidemment, les visages étaient fatigués ce matin à 9 heures. Bien sûr, il y a ces 2.000 kilomètres et cet interminable voyage. Il y a aussi l'émotion de voir ces inconnus venus les accueillir en chantant La Marseillaise et "Chtche ne vmerla Oukraïna", l'hymne de leur pays, "L'Ukraine n'est pas morte". Difficile pour ces 34 enfants et leurs mères de ne pas retenir leurs larmes.

"Mon mari est resté à Lviv"

Dans les regards, on lit aussi un mélange d'inquiétude et de soulagement. Du café et du chocolat chaud ont été préparés dans la salle de la mairie de Sainte-Soule (17). Oxana tient dans ses bras Maxim, son petit garçon de un an. 

"Quand vous avez un enfant et que vous êtes obligé d’aller vous réfugier dans les abris à chaque fois que la sirène d’alarme retentit, vous vous dites qu’il faut faire quelque chose pour le protéger", témoigne la jeune femme aux traits tirés, "mon mari est resté à Lviv et s’est engagé dans la garde territoriale. Un de mes frères est, lui, dans l’armée. Un autre était à Kyiv avec sa femme enceinte. Ils ont réussi à rallier Lviv où, dieu merci, elle a pu accoucher. Je n’arrive pas à comprendre. Nous ne sommes pas des gens pauvres, nous avons une maison et tout ce dont nous avons besoin. Je travaillais à l’université et mon mari était directeur de projet dans une entreprise de télécommunication. Nous n’avions aucune intention de vivre à l’étranger". 

"Je n’accueille pas des ukrainiens, j’accueille des réfugiés"

C'est donc provisoirement, espère-t-elle, qu'elle sera hébergée chez Sylvie et Philippe Cailbault, un des nombreux couples qui s'est porté volontaire pour ouvrir la porte de leur maison. "On ne s’est pas posé de question",  explique-t-il, "on a deux enfants étudiants qui sont partis de chez nous, donc on a de la place. C’est tout ce que l’on peut faire. Ce n’est pas grand-chose mais c’était une évidence. On a tout de suite été acheter ce qu’il fallait pour ce bébé d’un an et on va essayer de faire au mieux".  

C'est l'association "Charente-Maritime-Ukraine", antenne locale du collectif national "des Joyeux Petits Souliers", qui a organisé ce voyage humanitaire. À l'origine, ce réseau associatif organisait des échanges culturels avec l’école de danse "Veseli Cherevychky" de Lviv. Beaucoup des réfugiés arrivés ce lundi connaissent donc déjà la région. La solidarité s'est très vite organisée sur les réseaux sociaux.

"On est adhérent à l’association depuis plus de cinq ans et on a déjà reçu des jeunes danseurs deux années de suite en 2019", nous dit Marie-Antoinette Pottier-Chanel, "on ne pouvait pas ne rien faire. Après je vous avoue sincèrement que si cela avait été des civils russes qui avaient demandé à être accueillis, ça aurait été la même chose. Je n’accueille pas des ukrainiens, j’accueille des réfugiés".

"Depuis huit jours, le téléphone n’arrête pas de sonner et la boîte mail est pleine", confirme Adeline Robillard, présidente de l'association, "des familles qui se proposent d’accueillir des réfugiés ou pour donner des coups de main. On a aussi des chauffeurs qui se proposent de conduire le camion de matériels récoltés pour l’affréter jusqu’à la frontière ou, si possible, jusqu’à l’école de danse des "Joyeux Petits Souliers" de Lviv".

"Il faut y aller maintenant"

C'est un autobus de l'entreprise Kéolis affrété par la Régie des Transports Communautaires Rochelais, la RTCR, qui a conduit ces femmes et ces enfants jusqu'à Sainte-Soulle. "Le passage de la frontière a été difficile surtout au retour où ça nous a pris plus de douze heures", explique Arnaud Mainnemare, un des six chauffeurs volontaires, "il y avait tellement de monde, entre les bus, les voitures, les gens à pied, ça bloquait un petit peu. À Lviv, quand les familles se sont séparées et que l’on a dû partir, tout le monde pleurait et c’était poignant". 

Même émotion dans les mots de David Cronenberger, directeur de la RTCR, qui lui aussi était du voyage. "Les gens que l’on a croisés sont fantastiques, ils sont courageux, seuls et il faut y retourner maintenant parce que dans quelques jours, on ne passera plus et on ne sortira plus. Il faut y aller maintenant pour ramener un maximum de personnes, peut-être avec deux ou trois cars".  

Reportage d'Éric Vallet et Joël Bouchon

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