Journaliste et espion : le charentais Patrick Denaud passe aux aveux

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Écrit par Bernard Dussol
Patrick Denaud réside en Charente. Il dévoile son passé d'agent de la DGSE dans "Le silence vous gardera".
Patrick Denaud réside en Charente. Il dévoile son passé d'agent de la DGSE dans "Le silence vous gardera". © Editions Les Arènes

Grand reporter, Patrick Denaud a été recruté par les services secrets. Mis à la porte en 2002 après avoir réclamé des informations sur l'attentat de Karachi, il raconte aujourd'hui son histoire dans un livre : "Le silence vous gardera". 

Dans le milieu des reporters de guerre et des journalistes spécialisés dans la couverture des conflits armés, on les appelle les "spookys". En anglais, on peut traduire par «qui donne la chair de poule». Ils adorent se mélanger aux envoyés spéciaux qui travaillent dans les zones les plus chaudes de la planète.

Le monde est fou !"
Patrick Denaud en filmant les attentats de la rue de Rennes.


Pour Patrick Denaud, ce travail de journaliste/espion a duré 8 ans. Le point de départ de sa double vie (sa trouble vie ?), c'est l'attentat de la rue de Rennes à Paris qu'il couvre alors comme cameraman pour CBS. Nous sommes en 1986. Il est l'un des premiers journalistes arrivés sur place et il n'accepte pas cette violence gratuite qui s'affiche sous ses yeux et le place en état de choc. "Le monde est fou, pense-t-il, et je dois aider à ce que ce genre de tragédie ne se reproduise pas".

En 2004, il décide de franchir le pas, entre en contact avec la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure) et leur propose de mettre à leur disposition sa très bonne connaissance des milieux islamistes. 
"Ils ont fait réaliser une enquête sur moi avant de m'engager" précise-t-il en ajoutant : "A partir de ce moment là je suis devenu un agent de la DGSE avec une couverture de journaliste".

Aucun de mes confrères ne s'est douté de quoique ce soit, j'étais crédible !"

 


Patrick Denaud est d'autant plus crédible dans le milieu journalistique qu'il écrit des livres (publiés notamment aux éditions L'Harmattan) à partir de ses entretiens avec des dirigeants algériens du FIS (Front Islamique du Salut) ou encore sur la guerre du Kosovo. 8 années pendant lesquelles il mène une double vie tout en étant rétribué par son officier traitant (un certain Jacques...) à hauteur d'environ 5000 euros par mois.

Les histoires d'amour se terminent mal, en général. Celle de Patrick Denaud avec la DGSE ne résistera pas à l'attentat de Karachi, au Pakistan en 2002. "Ce n'est pas faute, se souvient-il, de ne pas avoir alerté mon service. Je leur avais dit que les ouvriers français de la DCN qui travaillaient sur les sous-marins étaient en grand danger. Personne n'a prêté foi à mes rapports qui étaient pourtant alarmant !"
L'explication avec son nouvel officier traitant (une femme) tourne à l'orage."Elle m'a dit que mes récriminations étaient déplacées, qu'elle devait en parler à sa hiérarchie. On s'est quittés en mauvais terme. Ensuite, plus de nouvelles, plus de contacts. Même le numéro d'appel qui m'était réservé pour joindre la DGSE a été coupé..."

La Charente, c'est mon territoire, mes racines..."

Sa maison de famille est située à Montbron, en Charente. C'est chez lui que Patrick Denaud va coucher sur le papier les souvenirs d'une vie très aventureuse. Son livre n'évite pas la question du précédent qu'il crée : si un journaliste avoue publiquement ses activités d'espion, ne met-il pas en danger la vie de ses confrères sur le terrain, qui pourraient être "regardés" différemment par leurs contacts sur le terrain ?
Il assume son choix, a décidé de tourner la page et se consacre désormais à la rédaction de livres de voyages... gastronomiques.
Peut-être une manière de regretter le retour à une vie moins épicée.
 

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