Compteur trafiqué, contrôle technique falsifié, voiture volée : ils se sont fait arnaquer en achetant d'occasion

Avec le regain du marché des voitures d'occasion ces derniers mois, les arnaques de particuliers sont plus nombreuses. L'UFC Que Choisir lance une mise en garde. 

Compteur trafiqué, contrôle technique falsifié, voiture volée : ils se sont fait arnaquer en achetant d'occasion
Compteur trafiqué, contrôle technique falsifié, voiture volée : ils se sont fait arnaquer en achetant d'occasion © Philippe Turpin / MaxPPP

"Ce jour-là, on aurait dû partir en courant". Quand en septembre dernier, Jessica se présente au rendez-vous fixé par le vendeur du véhicule Dacia GPL que sa fille souhaite acheter avec ses économies, cette habitante de Poitiers ne réalise pas tout de suite qu'elle est sur le point de se faire avoir. "Le monsieur avait un numéro SIRET, j'ai donc pensé que c'était un pro, et la voiture semblait propre pour 128.000 kilomètres affichés".

Mais au moment de la transaction, ce n'est pas dans un garage que se fait l'échange. "Il nous avait donné une adresse dans un petit village près de Thouars (Deux-Sèvres), c'était en fait chez lui, dans son pavillon. Sur le coup, ça aurait dû m'alerter. Et encore plus quand il nous a dit qu'il préférait un virement bancaire plutôt qu'un chèque." Jessica et sa fille paient les 2.800 € demandés et repartent avec le véhicule avec le sentiment d'avoir fait une bonne affaire. Les ennuis ne tardent pas. "On n'avait pas fait dix kilomètres sur le chemin du retour quand le voyant moteur s'est allumé" raconte-t-elle. Obligées de s'arrêter dans un garage, mère et fille tombent des nues : "On nous a dit que l'injecteur GPL était foutu et surtout que la voiture n'avait pas 126.000 mais 198.000 kilomètres." Le compteur de la voiture avait été trafiqué, l'une des arnaques les plus courantes sur le marché de l'occasion. 

Maintenance d'un compteur automobile
Maintenance d'un compteur automobile © Bruno Campels / MaxPPP

"Des margoulins" 

Avec trois fois plus de voitures d'occasion que de neuves vendues en 2020, les chances de se faire escroquer se sont multipliées ces derniers mois, au point de pousser l'UFC Que Choisir à rappeler les mesures élementaires de prudence. "Il faut se méfier des margoulins se présentant comme des professionnels qui pullulent en ce moment sur le marché de l'occasion" résume Francis Mathieu, le président de l'antenne des Deux-Sèvres. 

Il a constaté une hausse assez inédite des appels de consommateurs qui se sont fait escroquer - "une dizaine l'année passée sur le secteur" - alors même qu'ils pensaient avoir joué la sécurité en s'adressant à un vendeur immatriculé. "Avoir un numéro SIRET n'est pas toujours un gage d'honnêteté" explique-t-il. De fait, l'activité peut être exercée sous le statut d'auto-entrepreneur sans diplôme. 

Quand on achète par le biais d'un vendeur exerçant en auto-entrepreneur, il n'y a aucune garantie en cas de problème car ces gens-là ne sont pas des professionnels.

- Francis Mathieu, président UFC Que Choisir 79

En clair, les défauts qui apparaitraient dans les six mois suivant l'achat du véhicule d'occasion sont présumés exister au moment de la transaction.

Les arnaques ne sont pas un phénomène nouveau sur le marché de l'occasion  mais la crise sanitaire semble l'avoir amplifié en 2020 avec la recherche de la voiture bon marché ; "ce sont les acheteurs de voitures "pas chères" qui ont principalement animé le marché des particuliers" analyse le cabinet spécialisé en données automobile AAA Data.

Selon la Sécurité Routière, 50% des ventes de véhicules d'occasion présenteraient "des fraudes mineures ou graves". Dans les cas les plus extrêmes, le véhicule acheté a été volé et le particulier s'en aperçoit lorsqu'il demande la carte grise et qu'il n'arrive pas à l'obtenir. "Il faut aussi se méfier des contrôles techniques falsifiés" alerte Francis Mathieu qui n'en finit plus de dresser la liste des "entourloupes" potentielles. 

Peu de plaintes

"Une fois, on en a piqué un sur le fait. Il avait mis des pneus neufs sur la voiture qu'il voulait vendre pour passer le contrôle; il avait remis des pneus usagés pour la vente" raconte-t-il. L'acquéreur abusé a déposé plainte, mais ce n'est pas toujours le cas.  Après avoir reçu plusieurs appels anonymes, Jessica et sa fille par exemple ont renoncé à poursuivre leur vendeur indélicat auprès de la gendarmerie locale, par peur de représailles. 

Delphine reconnaît elle aussi avoir "lâché l'affaire", même après avoir constaté que la berline allemande rachetée à un collègue avait en réalité 110.000 kilomètres de plus au compteur ! "Quand la gendarmerie m'a appelée pour me dire que je m'étais fait avoir par un réseau de trafiquants et que ma voiture était mise en gage, je n'ai pas eu le courage de me battre pour ne rien récupérer" explique-t-elle, "j'ai remboursé mon crédit de 9.000 € et j'ai gardé la voiture."

La gendarmerie des Deux-Sèvres le confirme, le nombre de plaintes enregistrées pour ce genre de faits reste faible : 7 seulement en 2020. Mais de l'aveu même des enquêteurs, c'est sans doute l'arbre qui cache la forêt. "Moins les gens ont d'argent, plus ils cherchent une voiture pas chère, sauf qu'une voiture à 300 €, c'est louche!" explique l'adjudant-chef Stéphane Deschamps de la cellule de lutte contre le travail illégal et les fraudes. 

Les escroqueries en tout genre sont le quotidien de ce groupe qui compte une dizaine de gendarmes ; ils alertent eux aussi sur le danger que représentent les ventes conclues sur Internet et qu'ils appellent, de façon générique, les "arnaques au Bon Coin". "L'autre jour, une personne qui avait acheté un véhicule à 6.000 euros sur un site de petites annonces a été alertée par son assurance : sa voiture avait en fait été revendue précedemment pour destruction à un garage pour la somme de 300€" raconte l'adjudant-chef Deschamps qui pointe des soucis récurrents sur les transactions menées par des revendeurs auto-entrepreneurs. 

Méfiance et vérifications 

Comment faire alors pour éviter les pièges ? "Si on vous invite à boucler la transaction sur un parking ou dans la rue, c'est louche" prévient-il. De la même façon, il rappelle que le contrôle technique de moins de 6 mois doit toujours être fourni avec le véhicule et que rien n'empêche l'acquéreur de vérifier sur un site internet le numéro de SIREN à 9 chiffres associé au vendeur.

Si la société est toute récente et que ce n'est pas une SARL mais une entreprise individuelle, méfiance !   

- adjudant-chef Stéphane Deschamps, gendarmerie des Deux-Sèvres

"Le mieux c'est quand même de faire appel à un vrai professionnel, garagiste, concessionnaire ou mandataire" rappelle Francis Mathieu, de l'UFC Que Choisir. "Et si on tient absolument à s'adresser à quelqu'un d'autre, il faut absolument s'assurer qu'il est très sérieux et que son honnêteté est garantie." Ce qui ne dispense pas évidemment de la vérification en détail du véhicule que vous convoitez. 

 

 

 

 

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
société consommation économie