Coronavirus : l'appel des infirmiers, en Haute-Vienne comme ailleurs

Béatrice Campovecchio, infirmière libérale et présidente de l'Ordre Départemental des Infirmiers (87)
Béatrice Campovecchio, infirmière libérale et présidente de l'Ordre Départemental des Infirmiers (87)

Face à l'épidémie de Covid-19, l'Ordre des Infirmiers de la Haute-Vienne (hospitaliers et libéraux) alerte la population sur le confinement, le respect de leur profession et sur les moyens dont il dispose. Un appel quasi-transposable partout en France, un véritable SOS !

Par Jean-Martial Jonquard

Lors de nos tournées, on voit depuis mardi dernier (17 mars, date du début du confinement) trop de gens dehors, apparemment sans raison, et qui ne respectent pas la distanciation. Par pitié, restez chez vous !

Plus qu'un appel, c'est un véritable SOS que lance Béatrice Campovecchio, infirmière libérale et présidente de l'Ordre Départemental des Infirmiers de la Haute-Vienne, qui regroupe à la fois les infirmiers libéraux mais également les hospitaliers.

Elle-même dans ses tournées, mais également ses collègues, constatent ainsi chaque jour des comportements qui n'ont pas lieu d'être, et qui d'ailleurs sont désormais punis par la loi.
Jointe ce dimanche (22 mars) par téléphone, elle a pu nous étayer cette demande, complétée de deux autres, entre solennité et cri du cœur !

Le Confinement et la Distanciation

C'est véritablement la première chose sur laquelle la présidente de l'Ordre a voulu insister. En l'absence actuelle de traitements avérés et de vaccins, et au-delà des gestes barrières, ce sont LES deux choses à faire et à respecter, selon elle, pour éviter la propagation du virus.
 

On le voit là où on va, c'est vraiment limite ! Il y a vraiment trop de gens dehors, et pire, sans aucun respect de la distanciation (le fait de se tenir à distance d'autres personnes).
Un appel pour éviter la propagation donc mais plus encore, pour protéger le personnel soignant !
On est toutes et tous sur le coup. En temps normal, il est interdit par exemple qu'un(e) remplaçant(e) travaille en même temps qu'un(e) titulaire qu'il (elle) remplace. Mais là oui !
Et le problème c'est qu'on est à la fois en début et en bout de chaîne. Ce n'est pas tant qu'on a peur d'être contaminé, même si cette crainte existe, et pour cause, mais plus les gens resteront confinés et moins on tombera malade, et donc plus on pourra les soigner !
On le voit dans les hôpitaux, où bon nombre de personnels sont atteints. Que se passera-t-il lorsqu'il n'y aura plus de soignants ? Et c'est valable aussi pour les libéraux !

Le Respect de la Profession

On touche peut-être là à de l'irrationnel, amplifié par ce que l'on voit sur les réseaux sociaux, avéré ou non, mais c'est un fait ET une réalité : depuis une semaine, les infirmier(e)s libéraux(les) travaillent véritablement avec sinon de la peur, du moins une boule au ventre ! Pour des raisons professionnelles, et parce qu'ils (elles) se sentent comme des cibles potentiel(le)s, des victimes désignées !

Il y a déjà un stress lié à notre profession. Même lorsque l'on est « rodé », cette situation nous amène à nous poser beaucoup de questions, plus encore que d'habitude : est-ce que je me suis bien désinfecté(e), est-ce que j'ai bien mis mon masque, est-ce que tel ou tel soin doit se passer comme d'habitude ou non ? Cela engendre évidemment beaucoup de stress.
Mais plus encore, et même si l'on n'a pas véritablement de retours tangibles, il y a tout ce que l'on voit et entend sur Internet, à la télé, à la radio. Des hôpitaux cambriolés, pour leur masques, pour leurs gels hydroalcooliques...
Des infirmier(e)s menacé(e)s, agressé(e)s pour les mêmes raisons, leurs véhicules fracturés, pour tenter de récupérer du matériel, des caducées également...
Des infos ou des rumeurs, vraies ou non, mais qui oui, nous donnent une boule au ventre ! Alors qu'on est là, mobilisé, exposé et en première ligne, pour aider, pour soigner les gens !
Aujourd'hui les consignes sont claires : pas de caducée dans les véhicules, et le strict, vraiment le strict minimum vital au niveau du matériel, notamment et surtout en ce qui concerne les masques et les gels. Et c'est terrible car en vrai, et du coup, cela peut altérer la sécurité sanitaire !
À ce sujet, je rappelle, non seulement à mes collègues , mais également à tout le monde, que le Procureur de la République nous a assuré que lui et ses équipes sont disponibles 24h/24h à ce sujet, et qu'il y aura une intransigeance absolue !

Les Moyens

On aurait pu croire en cette période que ce soit le premier point sur lequel Béatrice Campovecchio ait voulu insister mais non.

Véritablement, le confinement et le respect des infirmier(e)s, c'est primordial !

Pour autant, elle n'élude pas cette question. Et s'il y a du rassurant dans ses propos, certaines perspectives font froid dans le dos !

On ne peut pas trop se plaindre à ce sujet en Haute-Vienne, comparé à d'autres départements.
Pas mal de choses ont été mises en place. Par exemple, pour la garde des enfants des personnels soignants, ici, le dispositif marche plutôt bien.
Pour le matériel médical à proprement parler, là encore, à minima, nous ne sommes pas le département le moins bien loti.
La semaine dernière, l'ARS (l'Agence Régionale de Santé) a distribué une trentaine de masques FFP2 par infirmier(e) libéral(e) installé(e), que l'on peut parfois répartir avec les remplaçant(e)s.
Et on a normalement de quoi avoir 18 masques chirurgicaux (qui protègent moins que les FFP2) par semaine par infirmier(e).
Mais effectivement, c'est vraiment à minima, et cela ne nous procure pas pour nous, mais aussi envers nos patients, une protection maximum et adéquate !
Pire, pour prendre un exemple que l'on voit beaucoup sur les réseaux sociaux, c'est un peu comme une armée, à la guerre, qui aurait les fusils et pas les balles, ou l'inverse.
Lorsque l'on sera véritablement confronté à l'épidémie, lorsque l'on sera en plein pic, car ce n'est pas encore le cas, là oui, les moyens dont on dispose aujourd'hui seront véritablement et totalement insuffisants !
Quid des lunettes de protection, des blouses, des FFP2 en nombre ? Je ne sais pas !

Raisonnable, ou résignée, Béatrice Campovecchio ne veut donc pas faire de surenchère sur cette question, pour l'instant. Mais on comprend bien dans ses propos que oui, c'est insuffisant, que oui, ce sera dérisoire dans quelques temps, dans quelques jours, demain, si ce n'est déjà aujourd'hui !

Et c'est pourquoi les appels se multiplient, comme celui de cette infirmière libérale creusoise, aux dons de matériels, émanant de particuliers ou de professionnels, notamment du BTP, pour tout type de masque, anti-poussière, FFP1, FFP2, FFP3, même périmés et datant du H1N1, lunettes de protection, lunettes étanches, combinaisons de peinture jetables...
Tout cela pour les distribuer prioritairement dans les hôpitaux, puis aux médecins et aux infirmier(e)s libéraux...

Appel solennel ! Appel au secours ! SOS !!!
 

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