Portrait. À la rencontre de Marjolaine Merens, femme et agricultrice à Meymac (Corrèze)

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Écrit par Lauryane Arzel avec Margaux Blanloeil

A l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes, plongeons-nous dans le quotidien d'une femme éleveuse, chef d'exploitation à Meymac (Corrèze). Marjolaine Merens s'est reconvertie il y a quatre ans dans ce secteur encore très masculin.

"Venez les filles" : les appels de Marjolaine Merens résonnent sur le plateau de Millevaches. Depuis quatre ans, elle a monté son exploitation agricole à Meymac (Corrèze). C'est un changement radical pour l'ancienne chargée de mission au département de la Creuse. 

S'installer seule

Le projet de monter sa propre exploitation s'est construit peu à peu.

Je voulais avoir la liberté de dépendre de mes animaux. J’ai besoin de prendre des risques, de faire ce qui me rend vraiment heureuse parce que je l’ai mérité.

Marjolaine Merens, agricultrice

Obtention d'un diplôme agricole, stages et demande de la dotation jeunes agriculteurs : Marjolaine Merens, titulaire d'un bac+5, met tout en œuvre pour créer sa propre exploitation. La jeune femme de 33 ans veut s'installer seule, travailler en bio et faire de la vente directe. Elle possède aujourd'hui une soixantaine de vaches et 200 moutons. Les bêtes pâturent des zones protégées grâce à un partenariat avec le Conservatoire naturel.

Mais les débuts n'ont pas été faciles. Marjolaine Merens fait le tour des banques mais aucune n'est prête à la suivre : "une femme, seule, pas issue du milieu agricole, les banques ont été extrêmement frileuses. Il fallait aussi créer toute l’activité puisque qu'il n’y avait rien du tout, pas de bêtes, pas de machines."

La situation se débloque lorsque Marjolaine rencontre un autre agriculteur, plus âgé et plus expérimenté. Ils s'associent pour former un GAEC (Groupement agricole d'exploitation en commun). L'aventure en commun s'arrête et Marjolaine Merens monte sa propre exploitation. Après quatre ans de travail, les résultats sont au rendez-vous. Elle se félicite d'ailleurs de la bonne santé de ses bêtes.

"Je ne porte pas tout, mais je porte beaucoup." 

Marjolaine reçoit souvent un coup de main de la part de Franck Bouron, un de ses voisins. Selon Franck, les agricultrices installées seules restent rares. L'agriculteur à la retraite est donc admiratif du travail abattu par la jeune femme : "La personne qui a la volonté peut s’en sortir aussi bien qu’un homme. C’est certainement plus dur. Marjolaine n’est pas née là-dedans en plus, elle ne connaissait rien au métier il y a cinq ou six ans." 

Avec des journées de travail de neuf heures, voire 14 heures en période de forte activité, concilier vie professionnelle et vie personnelle peut s'avérer compliqué au quotidien. Même avec un mental solide, il faut avoir conscience de ses propres limites. Cette mère d'une petite fille raconte "qu'en plus de la charge professionnelle, on a la charge familiale, et c’est compliqué de tout porter. Je ne porte pas tout, mais je porte beaucoup. C’est un métier qui demande beaucoup physiquement, il faut faire attention à ne pas arriver à un point de rupture."

Une féminisation stable depuis dix ans

Marjolaine incarne le profil-type des femmes de l'agriculture d'aujourd'hui. Elle fait partie des 27% de femmes agricultrices en Corrèze, un chiffre stable depuis une dizaine d'années. La féminisation du secteur a commencé au début des années 1990.

En 1989, le statut des conjointes a été réellement reconnu. Les femmes ont pu s’installer à part entière, avec des aides financières. En 1991, les femmes représentaient 34% des installations, une vraie explosion.

Marie-France Forest, vice-présidente de la Chambre d'Agriculture de Corrèze

Marie-France Forest, elle-même à la tête d'une exploitation avec son époux, remarque aussi d'autres paramètres qui peuvent aider les agricultrices dans leur activité : un projet mûri, une volonté de diversification ou encore un engagement plus fort sur le sujet de la vente directe.

À l'échelle nationale, les agricultrices représentent 30% des actifs permanents agricoles et le quart des chefs d'exploitation. Elles travaillent surtout, par ordre d'importance, dans les secteurs ovins, viticoles et porcins.

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