Coronavirus: les piscicultures du Limousin souffrent

Mauvaise saison pour les amateurs de pêche, confinés à la maison. Les répercussions sur l'activité des pisciculteurs sont importantes. Seuls ceux qui font également de la transformation tirent leur épingle du jeu.

Les Viviers de Haute-Corrèze, spécialisés dans la vente de poissons vivants pour l'empoissonnement des étangs et rivières, sont particulièrement touchés par la crise du Coronavirus.
Les Viviers de Haute-Corrèze, spécialisés dans la vente de poissons vivants pour l'empoissonnement des étangs et rivières, sont particulièrement touchés par la crise du Coronavirus. © B.Lefai
Le moral de Benjamin Lefai est plutôt bas en ce moment. Comme le niveau de la Sarsonne, la rivière qui alimente les bassins de sa pisciculture, et... son chiffre d'affaires !
Installé à Courteix, vers Ussel, "les viviers de Haute Corrèze" sont spécialisés dans la vente de poissons vivants pour l'empoissonnement des étangs et rivières.

Benjamin a pu sauver son mois de mars grâce aux empoissonnements réalisés pour les associations de pêche, avant l'ouverture de la pêche à la truite, le 14 mars. Mais depuis la mise en place du confinement, c'est la catastrophe ! Tous les lâchers de truites qu'il devait effectuer pour les associations ou comités d'entreprises ont été annulés. Près d'1,5 tonne de poissons non vendus qui attendent dans les bassins, et qu'il faut bien nourrir en attendant...

Mais ce n'est pas tout : Benjamin élève aussi des vairons, un petit poisson très utilisé par les pêcheurs de truites à l'ouverture. Près de 20 000 d'entre eux nagent toujours dans ses bassins. Un manque à gagner de plus de 3000 € ! Benjamin serait prêt à les brader pour - au moins - payer ses charges, mais impossible : tous les magasins de pêche sont actuellement fermés !

Rien que sur le mois d'avril, notre pisciculteur estime que son chiffre d'affaires ne dépassera pas 2500 €, au lieu de 20 000 € habituellement...

Et malheureusement, l'impact économique du covid 19  sur son entreprise est loin d'être terminé ! Avec l'ouverture de la pêche au brochet, début mai, les viviers de Haute Corrèze vendent énormément de vifs, des gardons, dans les magasins de pêche de Corrèze et du Cantal. Près de 30% du chiffre d'affaires de la pisciculture. Là aussi, c'est autant d'argent qui ne rentrera pas...

Sur la période du confinement, Benjamin estime qu'il aura perdu environ 35 000 € ! Heureusement, son entreprise est saine, et en attendant des jours meilleurs, il pioche dans sa trésorerie. Mais quoi qu'il arrive, il lui faudra rattraper ce manque à gagner. Notre pisciculteur pense à se diversifier en transformant une partie de sa production...
 

La vente de poissons vivants la plus impactée

La transformation, c'est justement le choix qu'a fait Jonathan Lebrun. Depuis l'année dernière, il a repris la pisciculture des "Saules blancs", à Saint-Pardoux, en Haute-Vienne.
95% de sa production est transformée : essentiellement des truites, mais également des anguilles sauvages qui, pour lui, sont un produit d'appel.

Les deux premières semaines du confinement, il a vu ses ventes s'arrêter net, et n'a réalisé que 25% de son chiffre d'affaires. Mais depuis 10 jours, heureusement, celles-ci repartent à la hausse. 

Cette semaine il a réalisé environ 80% de ses ventes habituelles. Une éclaircie qu'il doit essentiellement aux deux boutiques de producteurs de Limoges avec lesquelles il travaille, et dans une moindre mesure, à la plateforme de commandes mis en place par la Région Nouvelle-Aquitaine. Mais terminées les commandes de restaurateurs ou la vente sur place.
 
Jonathan Lebrun, pisciculteur à Saint-Pardoux, s'en sort grâce à la transformation.
Jonathan Lebrun, pisciculteur à Saint-Pardoux, s'en sort grâce à la transformation. © Fot'Océane


Autre facteurs d'inquiétude pour Jonathan : le maintien, ou pas, des marchés gourmands qui débuteront en mai, et représentent 15% de son chiffre d'affaires annuel, et le niveau des rivières dramatiquement bas actuellement. L'année 2020 sera celle de tous les dangers pour sa jeune entreprise...

Globalement, ce sont surtout les piscicultures vendant du poisson vivant aux associations de pêche qui sont les plus impactées par le coronavirus.
Des associations de pêche qui, comme "la truite d'Objat", en Corrèze, ont dû annuler la majeure partie de leur empoissonnements. Jean-Claude Leygnac, le Président de cette petites association de 200 adhérents, y consacre en moyenne 4000 € chaque année. Environ 700 kg de truites qu'il déverse progressivement durant la saison de pêche, dans les 60 km de rivières qu'il gère, et l'étang communal d'Objat.

Cette année, l'association a mis 130 kg de poissons quelques jours avant l'ouverture. Normalement 100 kg par mois devaient suivre, mais ça ne sera pas le cas cette année, sauf s'il est possible de retourner à la pêche avant la fermeture, mi-septembre...
 

Achetez du poisson localement !


Un exemple qui illustre bien le manque à gagner des piscicultures de notre région confrontées à l'épidémie de Covid-19. C'est en tout cas le premier constat réalisé par Mireille André, la présidente du syndicat des pisciculteurs du sud-ouest. Ce dernier fédère près de 70 pisciculteurs qui produisent annuellement 11 300 tonnes de poissons, essentiellement des truites.

Pour l'instant, ce sont surtout ceux qui transforment leur production (filets, rillette...) qui tirent leur épingle du jeu. N'en demeure pas moins que beaucoup de poissons sont restés invendus, et attendent dans les bassins. Des poissons que les pisciculteurs nourrissent "à minima" en essayant de trouver un juste milieu entre leur maintien en forme, et le coût de leur alimentation.

Mais Mireille André veut rester positive ! Beaucoup de professionnels ont mis en place un système de livraison à domicile, ou bénéficient de la solidarité d'autres producteurs (légumes, fruits, fromages...)  pour écouler leur poissons. De quoi faire rentrer un peu d'argent pour payer leurs charges, et diminuer les stocks. La présidente des pisciculteurs du sud-ouest espère aussi que les gens iront dans les piscicultures acheter du poisson, ou même le pêcher. Pour elle un acte de solidarité envers ces producteurs locaux...


 
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