Témoignage de Stéphane, auteur de violences conjugales, inclus dans un dispositif spécial en Creuse

Père de quatre enfants, Stéphane a commis des violences à l’encontre de son épouse en mars 2021. Depuis, il est relogé et suivi dans le cadre d’un nouveau dispositif de prise en charge des auteurs de violence conjugale en Creuse.

Stéphane*, auteur de violences conjugales, est le premier à être inclus dans le dispositif mis en place en Creuse.
Stéphane*, auteur de violences conjugales, est le premier à être inclus dans le dispositif mis en place en Creuse. © Margaux Blanloeil - France Télévisions

"Quand on me redit les faits que j’ai commis, je ne me sens pas bien. Je me dis : "J’ai été cette personne"... C’est impossible de revenir sur ce que j’ai fait. Par contre, je ne peux qu’aller de l’avant", raconte Stéphane*. En mars dernier, ce père de quatre enfants se montre violent envers son épouse. Mis en cellule durant 24 heures, il est présenté au procureur de la République. "J’ai eu plusieurs interdictions : ne pas entrer en contact, ne pas voir mes enfants, pointer à la police. Je devais me soigner et entrer dans ce procédé d’auteurs de violences", indique-t-il.

Ce dispositif, mis en place cette année, a été présenté vendredi 11 juin 2021 par la préfète de la Creuse, Virginie Darpheuille, le procureur de la République Bruno Sauvage et le président du tribunal de Guéret. Son objectif est de permettre à la justice d’écarter le conjoint violent du domicile, en lui imposant, si besoin un hébergement puis de bénéficier d’un suivi et "prévenir la récidive", explique la préfecture.

Agnès Zeppa, déléguée aux droits des femmes en Creuse est à l’initiative du projet et explique son idée : "C’est une double peine pour la victime de quitter son domicile surtout quand elle a des enfants. Quand c’est possible, évincer (du domicile) l’auteur, ça lui permet effectivement d’être, au moins, stable."

"Admettre qu'on a un problème, c'est très important"

Cela fait maintenant trois mois que Stéphane est inclus dans ce dispositif dont il est le premier bénéficiaire. Logé dans un appartement avec cinq autres personnes, il témoigne de l’impact positif que ce suivi a chez lui.

Il y a eu plusieurs phases : la première c’est un énorme coup de massue parce qu’on est retiré à sa famille, par mes actes j’en suis conscient. Après il y a eu la phase de seconde chance car on aurait pu m’envoyer en prison directement. Donc il a fallu se reconstruire. Prendre conscience de ses actes (…) Admettre qu’on a un problème, c’est  très important pour ne jamais réitérer, pour essayer de réintégrer, si mon épouse le désire, le domicile conjugal.

Stéphane, premier bénéficiaire du dispositif creusois, auteur de violences conjugales

"Ça marche pour moi. L’éloignement, le soin, on se remet en question et on se rend compte que ces actes, en fait, peuvent avoir de très graves conséquences… Pour ma famille, mes enfants, je ne veux plus refaire ça", poursuit-il.

Reportage - Témoignage de Stéphane

Stéphane, auteur de violences conjugales, témoigne ©France Télévisions

Un tel dispositif n'est pas unique dans la région. Depuis le mois de janvier 2021, l’Association de Réinsertion Sociale du Limousin (ARSL) a répondu à l’appel à projet d’Elisabeth Moreno, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, dans le cadre du Grenelle contre les violences conjugales de septembre 2019.

Depuis, l’ARSL a développé le Centre de suivi et de Prise en Charge des Auteurs de violences conjugales (CPCA) qui coordonne, en partenariat avec d’autres associations des six départements de Nouvelle-Aquitaine (Charente, Corrèze, Creuse, Deux-Sèvres, Vienne et Haute-Vienne), la prise en charge des auteurs de violences conjugales. Ainsi, de janvier à avril 2021, 234 agresseurs, sur les six départements ont été pris en charge. "Ce chiffre étonne les gens mais nous on prenait en charge, avant ce dispositif, 200 auteurs par an à Limoges", réagit Claire Robert-Haury, directrice générale de l’ARSL du Limousin.

Des actions indispensables dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Depuis janvier 2021, en France, 51 hommes ont tué leur conjointe.

*Stéphane est un nom d'emprunt.

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