Dominique Breillat : “Les élections régionales ont toujours favorisé un vote de protestation”

Le politologue Dominique Breillat sera ce soir l'invité du 19/20 présenté par Elodie Gérard. Il reviendra en détail sur les enseignements de ce premier tour des élections régionales 2015. Petit tour d'horizon des questions qui seront abordées à l'occasion de cette édition spéciale.

Par Bernard Dussol

Le chiffre de participation dans les Deux-Sèvres est particulièrement bas pour ce 1er tour. Comment le comprenez-vous ?

- Ce chiffre représente une part de la défiance que ressentent les habitants des Deux-Sèvres à l'égard de la nouvelle grande région et de sa future capitale Bordeaux. C'est d'autant plus vrai que pour les précédentes élections régionales, c'est le département du Poitou-Charentes qui votait le plus. Hier, les Deux-Sévriens sont ceux qui ont voté le moins avec une chute de 3% par rapport à 2010. Pour le deuxième tour, je ne crois pas un sursaut de mobilisation surtout si ces électeurs ont l'impression que les jeux sont faits et que leur vote ne changera rien.

Le Parti Socialiste a bien résisté dans les grandes villes alors qu'il s'effondre ailleurs. Est-ce le signe d'une fracture entre les populations urbaines et rurales ?

- On assiste à une ruralisation du vote FN depuis 2010 après son implantation dans les quartiers péri-urbains. Dans les villes où les populations sont moins menacées sur le plan économique, le PS tire toujours son épingle du jeu. Mais c'est là où leurs militants ont fait des campagnes de terrain. Regardez à Naintré ou Ingrandes, dans la Vienne, qui sont sinistrées sur le plan de l'emploi et qui sont des villes ouvrières, le vote FN a très fortement progressé. Maintenant ce qui me frappe pour cette élection, c'est l'implantation du vote FN dans les campagnes. La commune de Saix (86) a voté à 45% pour le Front National et vous savez pourquoi ? On a annoncé aux habitants la fermeture de leur gendarmerie 3 semaines avant le 1er tour ! 

Est-ce que le mode de scrutin de cette élection a eu un effet démobilisateur sur le taux de participation ?

- Oui parce que personne n'y comprenait rien. Il y a une vraie incompréhension des contours de notre future grande région et de sa cohérence. Personne ne connaît les compétences des nouvelles régions et de leur utilité pour les habitants. La loi NOtre votée le 7/08/2015 n'a pas été suffisamment expliquée. Quant au mode de scrutin, il est illisible : des listes régionales, des listes départementales..., il y a de quoi en perdre son latin. Et c'est de la responsabilité des partis politiques qui ont voulu une part de proportionnelle pour être sûrs d'avoir des élus dans la nouvelle assemblée régionale.

Une explication sur l'incapacité du personnel politique à enrayer cette progression du Front National ?

- Il faudrait qu'ils cessent de débiter des "éléments de langage" travaillés par leurs communicants et qu'ils arrivent à s'adresser à leurs électeurs. Il faut aller parler aux gens sur le terrain. Dans les villes où le PS a fait campagne, il réalise de bons scores. Là où les partis traditionnels sont absents, le Front National s'installe. Nous avons un personnel politique qui s'use et besoin d'un renouvellement. Et ne pas oublier que les élections régionales, comme les Européennes, sont l'occasion pour une partie des électeurs d'afficher un vote de protestation et de montrer leur colère avec des conséquences limitées. 


 

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