Polémique : à Bergerac, les moutons tondeuses défrisent les riverains

Souvenez-vous : au printemps, la ville de Bergerac, dans un vertueux souci d'écologie économique, installait un parc à mouton pour débroussailler les rives de la Dordogne. Aujourd'hui, des riverains contestent le principe.

Georges Barberolle aime bien les moutons, mais il refuse de les voir en face de chez lui
Georges Barberolle aime bien les moutons, mais il refuse de les voir en face de chez lui © France 3 Périgords - Philippe Niccolaï

En mai dernier, l'idée avait séduit. Pour entretenir les berges pentues de la Dordogne, la municipalité avait offert le gîte et le couvert à un troupeau de moutons parqués dans six enclos. 1,7 hectares de terrain difficile dont elle n'avait plus à assurer l'entretien, avec en prime un joli spectacle bucolique pour les badauds. Une belle vitrine verte pour la ville.

Les moutons pour animer et entretenir les berges à Bergerac plutôt que des machines... Insupportable pour certains riverains
Les moutons pour animer et entretenir les berges à Bergerac plutôt que des machines... Insupportable pour certains riverains © France 3 Périgords - Philippe Niccolaï


Mais une bergerie hébergée sur les berges de Bergerac peut faire gamberger. Voire même ruminer. Ce que n'a pas manqué de faire un petit collectif local.
 

Gênés par la proximité, ces riverains qui n'avaient pas été consultés disent non au mouton !
Gênés par la proximité, ces riverains qui n'avaient pas été consultés disent non au mouton ! © France 3 Périgords - Philippe Niccolaï

Georges Barberolle n'est pas un anti-écologiste. Au contraire, il est même Président de l'Association Protection et Avenir du Patrimoine et de l'Environnement en Dordogne dont la mission est de "mener des réflexions sur les différents aspects du territoire de la Dordogne notamment pour ce qui concerne la protection et l’avenir du patrimoine et de l’environnement, agir, participer à des actions, à des projets, exprimer les attentes des habitants, créer des liens entre les différentes zones géographiques, formuler des propositions d’amélioration et de préservation, échanger, mettre en œuvre des manifestations avec éventuellement d’autres associations et participer à la vie du territoire." Bref, les moutons, ça aurait du le ravir.

Et ben non : George Barberolle, le mouton, il aime pas. Ou du moins, pas en face de chez lui. Et il n'est pas le seul. Une demi-douzaine de riverains s'irrite que l'on ait mis de l'ovin au vert si près de leur eau.
Tout d'abord parce qu'on ne leur a pas demandé leur avis et ça, c'est vexant. Ensuite, parce qu'un mouton c'est beau, mais ça bêle.
Sans compter que certains d'entre eux ont même le culot d'être équipés d'une cloche !

En amont, il n'y a eu aucune concertation, aucune consultation avec les habitants [...]. Donc on considère au départ que c'était un mépris pour les habitants de Bergerac. Il y a pas mal de problèmes au niveau olfactif et sonore. Bon, sonore c'est pas très grave, mais olfactif, quand même, avec les risques de parasites et autres, ça nous paraît dangereux !

George Barberolle

Car s'il n'y avait que le bruit... Mais il y a aussi l'odeur ! Un troupeau de moutons, c'est un peu comme un méthaniseur sur patte. Ruminer des quintaux de gazon, ça ne vous garantit pas l'haleine fraîche, et on ne vous parle pas de ce qui sort de l'autre côté, façon engrais boulette. Bref, l'enfer de la campagne à la ville.

Si ces riverains crient au loup, c'est que les nuisibles sont juste de l'autre côté de la rue, entre leur maison et la Dordogne, et surtout pas assez loin selon eux.
Si ces riverains crient au loup, c'est que les nuisibles sont juste de l'autre côté de la rue, entre leur maison et la Dordogne, et surtout pas assez loin selon eux. © France 3 Périgords - Philippe Niccolaï

En amont et en décembre, les anti moutons avaient pourtant pris le taureau par les cornes. Ils avaient écrit au maire, au préfet, et même à la Direction Départementale des Territoires.
Mais rien n'a pu arrêter l'inexorable conquête des moutons : les autorités compétentes se sont déclarées incompétentes, et les ovins envahissants ont quand même bénéficié d'un laisser-passer préfectoral.

Bien décidés à chasser ces blancs moutons devenus leur bête noire, les anti moutons organisent la résistance. Ils en réfèrent désormais au règlement sanitaire départemental qui serait piétiné selon eux par les mammifères artiodactyles. 

Le règlement sanitaire départemental prévoit entre autres que toutes les déjections des moutons doivent être enlevées, ce qui n'est pas fait. Ils ne les ramassent pas !
Il y a un abri qui devrait être déplacé chaque fois, il n'est pas déplacé !
Et l'enclos des moutons doit être à 50m des maisons. Ça, c'est dit dans le règlement départemental !

George Barberolle
 

Un des nombreux griefs des anti moutons, la proximité des enclos, qui selon eux ne respectent pas les 50 m d'éloignement de leur maison stipulé dans le règlement sanitaire départemental
Un des nombreux griefs des anti moutons, la proximité des enclos, qui selon eux ne respectent pas les 50 m d'éloignement de leur maison stipulé dans le règlement sanitaire départemental © France 3 Périgords - Philippe Niccolaï

 

Enfin, si les moutons refusent d'obtempérer et de se plier comme un seul homme à la sagesse du règlement sanitaire départemental, les anti moutons ont encore un atout dans la manche de leur botte secrète : ils se feront aider par l'ÉDÉ. C'est en effet le tout-puissant Établissement Départemental de l'Élevage qui réglemente cette activité extrêmement sensible qu'est l'écopaturage.
L'association d'éleveurs de Dordogne supervise chaque mètre carré d'installation d'écopâturage, dans le moindre recoin du département. Or, tenez-vous bien, l'ÉDÉ n'aurait même pas été informé de l'initiative bergeracoise. 

Décidément à qui se fier, si les mairies elles-mêmes contournent la loi pour imposer le mouton dans les villes ! Après ce pan sur le bec, à n'en pas douter, la mairie va ressortir les tracteurs, les débroussailleuses et les souffleuses pour que le quartier, enfin, puisse retrouver sa tranquilité.

À Bergerac, les riverains contestent les mouton-tondeuse écologiques ©France 3 Périgords

 

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