Dordogne : Pari engagé sur le renouveau de la rose française bio

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Au Sud-Ouest de la Dordogne, la coopérative Rosedor mise aujourd'hui sur le retour des roses françaises et estampillées bio aux étals des fleuristes. La lutte écologique contre le thrips est lancée

La coopérative florale Rosedor est basée à Vélines, à la limite Sud-Ouest de la Dordogne et de la Gironde. Elle regroupe des producteurs indépendants de toute la France spécialisés dans la fleur coupée, l'horticulture et les sapins. Créée autour d'une poignée d'adhérents dans les années 70 alors que le marché de la fleur coupée s'envole, la coopérative Rosedor profitera de l'embellie pendant une vingtaine d'années.

Envahissantes espèces exotiques

Jusqu'à l'arrivée d'une concurrence étrangère féroce venue d'Afrique, d'Amérique et des Pays-Bas. Prix bas, production massive et transports frigorifiques viennent à bout progressivement de la filière nationale qui s'effondre. En quelques décennies la plupart des professionnels de la fleur tricolore disparaissent.

Pétales tricolores

Rosedor, elle, s'adapte et s'organise, se dote d'une partie négoce et implante ses dépôt dans une petite quinzaine de départements de l'Ouest français. On y proposera les incontournables fleurs étrangères auxquelles se sont désormais habitués les consommateurs, mais on laisse toujours une place d'honneur aux fleurs de saison des producteurs locaux.

Fleurs de Covid

Pari qui se révèle gagnant. Les confinements vont créer un choc et une prise de conscience. Les français ont à nouveau envie de chlorophylle, de beauté, de produits locaux, écologiques et de saison. Bref, un beau bouquet de fleurs cultivées près de chez soi, posé sur la table du salon. Le Covid redonne des couleurs à la fleur française. Rosedor augmente son chiffre d'affaire de 10%, du jamais vu depuis des années.

Very bad Thrips

Le bio n'est pas une découverte récente chez Rosedor. Depuis les années 2 000, la coopérative voit l'avenir de la rose tricolore en vert. Mais le bio, c'est pas tout rose et l'abandon des traitements phytosanitaires se révèle souvent fatal à l'épineuse beauté. Il y a 4 ans, Frankliniella occidentalis, plus connu sous son diminutif Thrips, a fait des ravages chez Rosedor. Cette espèce particulière de thysanoptère (qui en compte 6 000) est redoutée des éleveurs sous serre. L'insecte millimétrique est un redoutable suceur qui perfore les fleurs et peut ruiner des serres entières remplies de roses.

La super-rose française nouvelle

Vivien Baras, ingénieur agronome, teste de nouvelles solutions. Lutte patte-à-patte avec des prédateurs naturels du Thrips, détournement de l'appétit du ravageur vers des plantes-martyre comme l'aubergine et culture d'espèces de roses plus résistantes à l'insecte. Elles permettraient dans l'idéal de ne pas traiter les fleurs tout en leur conservant un aspect séduisant. Solution idéale pour une rose bio testée sous serre depuis deux ans déjà. Philippe Alary, le dirigeant de Rosedor, est optimiste, mais prudent.

C'est un pari très risqué, on ne sait pas si économiquement on pourra le tenir. Là on est sur la phase "arriver à produire" et après il faudra vérifier qu'on arrive à en vivre.

Philippe Alary, dirigeant de Rosedor

Consommateur, allons voir si la rose...

Après cette période d'essai, il est temps de présenter ces belles résistantes au public. Car en fin de compte, c'est bien lui qui fera la différence à condition qu'il se laisse séduire par cette fleur française de nouvelle génération. Guettez-le, ce bouquet bio sera bientôt à retrouver chez tous les fleuristes de qualité...