Orchidée, l'indémodable séductrice

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Le salon féérie d'orchidées de Brantôme en Dordogne a déplacé les inconditionnels de cette fleur hors du commun ce week-end. Il faut dire que la belle, à tort taxée d'une grande fragilité, sait se montrer incroyablement séduisante

Qu'on se le dise l'orchidée n'est pas une plante particulièrement délicate. Il suffit de se débarrasser de quelques préjugés solidement enracinés. Bien que souvent tropicale, il ne faut pas nécessairement la faire baigner dans une étuve moite et ombragée, les pieds enfoncés dans un humus enrichi, pour qu'elle prospère. C'est cette approche qui a fait périr nombre de ces délicates fleurs, quelques semaines seulement après avoir trôné sur la table d'anniversaire.

La plupart des orchidées tropicales sont épiphytes, c'est à dire qu'à l'état naturel, elles prospèrent sur une plante hôte, tronc d'arbre ou branche dont le substrat va la nourrir. Si votre nouvelle venue n'est pas rigoureusement terrestre, ne l'enterrez donc pas en pleine terre, elle n'aime pas ça. C'est la raison pour laquelle on la trouve en jardinerie dans des pots transparents rempli d'écorces aérées, les racines partant à la recherche du grand air. Si la votre est arrivée comme ça, reproduisez les mêmes conditions et tout ira bien.

Il faut un substrat végétal aéré, et riche en éléments assimilables. Des morceaux d'écorces de pin un peu décomposées par exemple, régulièrement humidifiées mais pas détrempées. Au Vietnam, on les fait même pousser sur du charbon de bois. Il faut aussi une atmosphère qui lui permette d'absorber de l'humidité par ses racines et dans le substrat. La clim, le radiateur ou le feu de bois ne sont pas ses meilleurs amis, sinon il faut vaporiser pour compenser. Enfin, de la lumière, à 1 mètre de la fenêtre, mais pas en plein soleil, ni en plein courant d'air.

Vanille, l'orchidée à toutes les sauces

Même si vous ne vous intéressez pas aux orchidées, il y en a une que vous ne pouvez avoir évité, dans une bougie parfumée, un yaourt, ou un parfum : la vanille. Une liane dont la saveur des gousses a assuré le succès mondial, quelle que soit son origine. De la Polynésie à l'Afrique, de l'Asie à l'Amérique, on en dénombre une centaine d'espèces différentes.

Séductrice des hommes, et des insectes !

Nous ne sommes pas les seuls à succomber aux charmes de la belle. Pour survivre, l'orchidée dépend le plus souvent des insectes pollinisateurs, guêpes, abeilles, mouches ou papillons qu'elle s'évertue à séduire, en produisant des parfums subtils, des couleurs chatoyantes ou en imitant leur morphologie. Elle est capable de donner naissance à des fleurs d'une beauté toute animale, aux couleurs éblouissantes et aux effluves envoûtants. Une stratégie de survie par la beauté qui a fait ses preuves depuis le début des temps, et pas seulement chez les fleurs.

Une reine parasite ?

Toute splendide qu'elle puisse paraître, dans sa version épiphyte (qui pousse hors sol, sur des supports en hauteur) cette reine est le plus souvent un parasite qui ne saurait vivre sans un esclave qu'elle exploite : les plantes, troncs d'arbres et branches qui sont à l'origine de sa nourriture. Les liliacées ont également appris à s'adjoindre l'aide de champignons, des intermédiaires qui transforment les substrats qu'elle colonise en éléments nutritifs assimilables.

Pour se nourrir, l'orchidée lance de longues racines charnues revêtues de velamen, un voile grisâtre qui lui permet d'absorber l'eau contenue dans l'air. D'où le besoin de "vaporiser" dans des conditions trop sèches. Si votre orchidée semble vouloir sortir de son pot, n'essayez pas de ranger les racines dans le pot, c'est tout à fait normal, elle part simplement boire un coup.

Orchidée, fleur des records

  • De taille : La plus petite orchidée du monde,  Bulbophyllum minutissimum, mesure entre 1 et 5 mm et ne pèse qu'un peu plus d'un gramme. Certaines orchidées lianes peuvent atteindre 20 mètres de long et l’orchidée tigre d’Asie, Grammatophyllum speciosum, peut peser plus d’1 tonne avec des branches de 3 mètres de long.

  • De variétés : selon les littératures, il existerait entre 18 et 30 000 espèces d'orchidées sauvages, auxquelles les horticulteurs ont ajouté près de 100 000 hybrides, ce qui en fait une des plus importantes familles de plantes à fleurs au monde. Et l'on en découvre de nouvelles variétés sauvages chaque année. Difficile avec ça de ne pas trouver sabot (de Vénus) à son pied.

  • De répartition : hormis les déserts, trop secs, et les cours d'eau, trop humides, l'orchidée a colonisé tous les milieux de la planète. Y compris la France métropolitaine où l'on dénombre 160 variétés (protégées) vivant toutes en pleine terre. Même si 95% des espèces sont d'origine tropicale ou sub-tropicales.

  • De nouveauté : bien qu'on ait retrouvé de l'ambre portant des pollen d'orchidées qui en feraient remonter l'origine de  75 à 86 millions d'années, cette famille de plantes herbacées est aussi particulièrement intéressante car elle semble être assez récente sur l'échelle de l'évolution.

Séductrice asiatique

Avant de conquérir l'Europe, l'orchidée avait envoûté l'Asie, où elle inspirait peintres, poètes et sculpteurs. Plus de 18 siècle avant J-C, on choyait déjà l'orchidée en Chine, où l'idéogramme traditionnel qui la désigne signifie aussi séductrice, parfumée, reine des fleurs, beauté inégalée. Messieurs, si vous êtes en panne d'inspiration de compliments...

En Europe, auréolée d'exotisme, l'orchidée tropicale est un joyau précieux ramené par les navigateurs à partir du XVI siècle. En 1825, un botaniste hollandais découvre le Phalaenopsis, des fleurs aux allures de papillons, qui connaîtra un succès indémodable dans nos contrées jusqu'aujourd'hui. Depuis, l'orchidée n'a cessé de déclencher les passions.

Une fleur qui en a

Un mot tout de même, pour désacraliser un peu cette déesse : le nom Orchidée vient du latin orchis, lui-même tiré du grec orkhis qui signifie testicule, en référence à la forme des racines de certaines orchidées terrestres. Personne n'est parfait.

Un salon de l'orchidée à Brantôme ©Reportage d'Elsa Assalit et Florian Rouliès. Montage Floriane Pelé