Déserts médicaux : l’UFC-Que choisir attaque l’État en justice pour inaction, la situation est critique en Dordogne

Entre déserts médicaux et dépassements d'honoraires, les Périgourdins ont de moins en moins accès aux médecins conventionnés. Dans une campagne nationale, UFC-Que Choisir attaque de l'État en justice pour inaction. Une initiative qui prend tout son sens en Dordogne

Muriel Burg habite Périgueux, la préfecture de la Dordogne. Pendant huit mois, cette femme qui souffre d'une maladie neurodégénérative n'a pas pu trouver un remplaçant à son médecin traitant parti à la retraite. " J'ai appelé au moins vingt médecins", se rappelle-t-elle, " j'ai téléphoné à la Sécurité Sociale pour avoir des noms : aucun ! Mon médecin traitant m'avait donné trois noms de médecins qui seraient susceptibles de me prendre en tant que patiente et les trois n'ont pas voulu."  

On se sent abandonnés, on ne sait pas vers qui se tourner !

Murielle Burg

Même galère pour les spécialistes : " Les ophtalmos, c'est six mois d'attente, le dermatologue, c'est quatre mois d'attente, gynéco, là, je ne sais pas, je n'en ai pas", déplore Murielle. " On se sent abandonné, on ne sait pas du tout vers qui se tourner, et où se tourner."

durée de la vidéo : 00h01mn47s
L'association de consommateur UFC-Que Choisir attaque l'État pour inaction contre les déserts médicaux, une réalité en Dordogne notamment ©France 3 Périgords - Gabin Cransac & Taliane Elobo

Tension trop forte

La situation de la Périgourdine n'a malheureusement plus rien d'exceptionnel. Elle se complique encore dans les zones isolées, dans les déserts médicaux en grande tension, et, pour les plus démunis, privés de moyens de transport ou d'argent pour payer le médecin, lorsqu'ils en trouvent un. Car la fracture sanitaire n'est pas que géographique, elle est aussi financière. Face à l'afflux de patients, aux horaires à rallonge, et à une rémunération de base qui récompense mal les efforts fournis pour exercer, les médecins qui le peuvent pratiquent des dépassements d'honoraire.

Avec sa campagne " Ma Santé N'attend Plus" , l'association de défense des consommateurs UFC Que Choisir dénonce une fracture sanitaire "abyssale" des Français face aux déserts médicaux. Une situation chaque jour plus critique pour un nombre croissant d'habitants, en milieu rural, mais pas seulement. 83 % des Français résident dans un désert médical pour au moins une profession parmi les généralistes, pédiatres, gynécologues et ophtalmologues ne pratiquant pas de dépassements d’honoraires. 

Veiller à la santé des Français, devoir de l'État

Fin novembre, l'association de consommateurs a donc attaqué l'État en justice devant le Conseil d'État pour "inaction" contre la fracture sanitaire, comme d'autres ont pu le faire pour inaction contre le réchauffement climatique. "Il y a deux ans, nous avions fait apparaître les déserts médicaux, et nous avions déjà fait des propositions, justifie Arnaud Lajugie, le président de l'association UFC Que Choisir en Dordogne, nous n'avons pas été entendus du tout. Rien n'a été fait. Donc à un moment, il faut utiliser d'autres outils, et cette démarche en faisait partie." Car l'État a des obligations en la matière. Le préambule de la Constitution de 1946 prévoyait que la Nation "garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé". Une garantie constitutionnelle étendue depuis à tous, sans distinction d’âge, d’état de santé, de niveau de revenus, d’éducation ou de résidence.  

Or ce droit est bafoué en raison de la rareté des médecins, mais aussi des dépassements honoraires. Situation qui, de plus en plus, contraint la population a mal se soigner, ou pire, à ne pas se soigner du tout.

Carte du désert

L'association UFC-Que Choisir a établi sa propre carte de France de la fracture sanitaire par commune. Carte déjà peu rassurante pour les médecins généralistes en Dordogne et encore moins pour les spécialités telles que la gynécologie. Les zones rouges ci-dessous indiquent par exemple une absence de gynécologues sans dépassements d’honoraires, dans un rayon de 45 minutes.

Ophtalmos, gynécos et pédiatres en Dordogne

L'antenne Périgourdine d'UFC-Que Choisir relève que 31,1 % % des habitants du département résident dans un désert médical (avec une accessibilité médicale au moins 60 % inférieure à la moyenne nationale) pour l’ophtalmologie. 50,8 % des femmes et 51,6 % des enfants qui y habitent sont respectivement dans un désert médical gynécologique et pédiatrique.

En ajoutant le critère des dépassements honoraires, qui pénalise les moins aisés, 75,9 % des femmes résident dans un désert médical pour les gynécologues, 63,4 % des enfants pour les pédiatres, et 41,5 % des personnes vivent dans une commune où il est quasi impossible de trouver un ophtalmologue respectant le tarif de la sécurité sociale.

Si la situation semble paradoxalement moins catastrophique pour les généralistes, 38 % des usagers du département ont tout de même d’importantes difficultés pour accéder aux services de ce professionnel.

Quant aux délais d’attente pour les spécialistes, quand il est possible d’avoir un rendez-vous, il faut attendre entre un et trois mois dans 38 % des cas, et plus de trois mois dans 30 % des cas.

Interprétation de chiffres

Pour les généralistes, l'ARS ne reconnaît que 6,5% des Dordognais vivant dans des déserts médicaux. "Si on prend une photo avec les médecins en place, on pourrait dire que ce que l'on avance est très exagéré. 6,5 % ce n'est rien", concède Arnaud Lajugie. "Mais si on prend en compte le temps d'accessibilité, les chiffres augmentent. Dans un département très rural comme la Dordogne, les déplacements ne sont pas comme en ville. Et si on ajoute les dépassements d'honoraire, ça augmente aussi. Et quand on parle du premier accès à un généraliste, ça devient effarant. Mon généraliste part à la retraite dans un an ou deux, et j'ai la hantise de savoir comment ça va se passer.

Forcer le gouvernement à réagir

Pour accentuer la pression, la semaine dernière, l'association a manifesté devant le siège de l'ARS à Périgueux. Manifestation qui n'a suscité pour l'instant aucune réaction de l'Agence régionale de santé, qui s'est aussi abstenue de contredire les chiffres de l'association. UFC-Que Choisir a également lancé une pétition qui a déjà réuni plus de 59 300 signatures. Le but est d'atteindre au moins les 100 000 soutiens pour forcer enfin l'État à sortir de l'inaction et prendre des mesures rapides et efficaces en faveur de la santé de sa population.

Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
choisir une région
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité