Filière ovine fragile : à la conquête de jeunes éleveurs

Ovinpiades, animations commerciales, représentations, la filière ovine tente d’attirer des jeunes, coûte que coûte. Car en Limousin, sa situation se révèle fragile.
 
© André Abalo
Mercredi 21 janvier 2020, à Saint Priest-Ligoure, en Haute Vienne, 36 jeunes se sont affrontés dans l’espoir d’être sélectionnés pour les 15èmes Ovinpiades du prochain Salon de l'Agriculture. Pour la plupart, ces étudiants en lycée agricole, souhaitent devenir éleveurs.
 
Les ovinpiades à Saint-Priest-Ligoure ©France 3 Limousin



Sur le podium, Jérémy Vinet, Matéo Boucher, Théo Monceau sont les futurs participants de la sélection nationale des Ovinpiades des Jeunes Bergers, qui se tiendra à Paris au Salon de l’agriculture, le 22 février 2020.

Ces événements sont porteurs pour la filière ovine et elle s'appuie justement dessus pour attirer des jeunes. Mais, certains éleveurs s’inquiètent encore pour le devenir du secteur.
 

Situation de la filière ovine en Limousin


Etienne Dumont, éleveur et animateur de la filière depuis 20 ans, s’inquiète.

En un an, il y a 10 000  brebis en moins en Haute-Vienne. Et depuis ces 5 dernières années, il y a très peu d’installations par rapport au nombre de départ à la retraite, en moyenne, c’est 1 installation pour 6 départs.

 
Francois Vannier, le président de Limovin (coopérative agricole née en 1972 qui compte aujourd’hui 500 éleveurs), pointe aussi ce problème, celui du renouvellement des générations.

Les éleveurs ne sont pas renouvelés au rythme qu’on souhaiterait. On manque de jeunes et de familles.


Mais, selon lui, cette situation « n’est pas propre à l’élevage ovin, mais à l’agriculture en général, particulièrement dans notre région ».

Pour Etienne Dumont, la filière se porte comme des « pré-retraités » dit-il. « Y a pas assez de projets, c’est dommage. »


Les freins au développement de la filière

 
François Vannier, éleveur à Saint-Hilaire-la-treille et président de Limovin parmi ses brebis
François Vannier, éleveur à Saint-Hilaire-la-treille et président de Limovin parmi ses brebis © Margaux Blanloeil, France 3 Limousin


Parmi les freins qui ralentissent le développement de la filière, il y a d’abord de coût de revient du produit pour un agriculteur. Trop souvent, le prix du produit est trop bas par rapport à son coût de production. Pour le président de Limovin, les mesures se font attendre.

On demande qu’il y ait un effort de fait par les pouvoirs publics et par le consommateur. La loi Egalim, dit qu’il faut tenir compte des coûts de production pour déterminer du coût des produits sauf, qu’il n’y a aucune obligation. Il faudrait des critères pour inciter les acheteurs à commander notre viande de qualité (souvent attestée par des labels ou encore des IGP).

Il faudrait aussi que le citoyen nous aide en achetant nos produits. C’est pour cela qu’on essaye de faire des animations en magasin, pour qu’à terme, le consommateur fasse un acte citoyen.


Etienne Dumont énumère aussi des problèmes climatiques et sanitaires que les éleveurs ont subi, décourageant pour de futurs éleveurs.

Nos agneaux mangent 95% d’herbe et quand il y a une situation de sécheresse, il faut payer des compléments alimentaires sans ogm, ni antibiotique qui coûtent très chers.

Côté sanitaire, ces dernières années, nous avons eu des problèmes de salmonelle et dans le nord de la Haute-Vienne, des mouches mortelles pour les brebis.


La qualité : un atout de la filière Limousine


Si le secteur ovin de la Haute-Vienne connaît une lente érosion, il présente aussi de sérieux atouts. Il mise sur ses filières qualité représentées par le label bio, ou l’IGP Baronet-Agneau du limousin pour défendre son savoir-faire.

La filière qualité assure le respect de certains critères : les agneaux doivent être alimentés pendant toute leur jeunesse avec le lait de leur mère, ensuite ils doivent être alimentés avec de l’herbe ou du fourrage de l’exploitation ou encore des aliments sans ogm et sans antibiotique. Les animaux doivent être identifiés par l’éleveur dès la naissance pour garantir sa traçabilité...

En Limousin, 70 % des éleveurs sont engagés dans ces filières qualité.

35 % des agneaux produits en Limousin, vendus en France, sont sous la marque « Baronet-agneau du limousin ».

Seulement, les éleveurs déplorent que "ces pratiques vertueuses ne soient pas reconnues".

Ces produits aussi souffrent d’une rémunération trop faible et comme le président de Limovin, les éleveurs espèrent « qu’un geste fort sera envoyé aux filières qualités, au moment de la renégociation des aides la PAC. ». 

 
Le secteur ovin fragilisé depuis des années. ©france 3 limousin
 
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