Allergie, rhinite, rhume, otite, asthme... Tous au lavage du nez !

Le lavage de nez peut sembler banal, mais cette pratique ancestrale, qui remonte aux temps les plus anciens, est au cœur de la panoplie de soins d’un oto-rhino-laryngologiste. Une technique simple, essentielle au bon fonctionnement du nez mais pas seulement...

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Invité plateau : Pr Ludovic de Gabory, responsable de l’unité de rhinologie et chirurgie plastique, service ORL, de chirurgie cervico-faciale et d’ORL pédiatrique - Pôle des spécialités chirurgicales – CHU de Bordeaux
Date de diffusion : Lundi 14 mai 2018
 

Chronique santé : les bienfaits du lavage de nez

Les lavages de nez,  un traitement médical à part entière

Ces lavages permettent de soulager le nez et de préserver les bronches. Un lavage de nez, cela peut sembler banal. Et pourtant ! Cette pratique ancestrale, qui remonte aux temps les plus anciens, est au cœur de la panoplie de soins d’un otorhinolaryngologiste. Une technique simple, essentielle au bon fonctionnement du nez mais pas seulement : en chirurgie nasale, il constitue LE soin post-opératoire et conditionne le confort du patient pendant cette période, la qualité de la cicatrisation et en partie le résultat de l’intervention.

Au quotidien, pour le traitement des maladies nasales et sinusiennes, il est un allié indispensable de lutte contre les particules aéroportées, allergéniques, irritantes, l’élimination des sécrétions, l’amélioration du fonctionnement de la muqueuse. Par ailleurs, si le nez est la porte d’entrée dans l’organisme (23000 inspiration/24h), il en est aussi le gardien et il est reconnu aujourd’hui qu’un nez sous contrôle participe à l’améliorer du fonctionnement des bronches.

Cependant, en termes de lavage nasal ce qui relève aujourd’hui de l’évidence pour les ORL ne l’est pas pour d’autres spécialistes et pour le grand public.
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Pour comprendre comment cela marche, nous travaillons depuis plusieurs années à établir des preuves scientifiques qui permettront de dépasser le caractère empirique de la démarche.
L’enjeu ? Faire progresser la qualité des soins dans les cavités nasales et permettre de mieux traiter les pathologies. En préalable à ces recherches, nous nous sommes posé les questions suivantes : Pourquoi pratique-t-on le lavage de nez ? Est-ce une technique pertinente ? Peut–on l’optimiser ? Où vont exactement les produits ? Ont-ils des effets sur la muqueuse ?
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Le nez, comment ça marche ? Comment ça se lave ?

Le problème concernant les lavages de nez est qu’il s’agit d’un soin dont on ne voit pas le résultat. Il est fait à «l’aveugle»,  car si l’on peut  visualiser ce qui sort d’une fosse nasale, il est impossible de juger de l’état de la cavité.
Pour le rendre efficace, il faut donc d’abord connaître les mensurations du « contenant ». Le delta est important entre une cavité nasale d’un enfant de 14 mois, dont la capacité est de 2 à 3 cm3 de celle d’un adulte qui est de 15 à 20 cm3/côté pour une surface muqueuse d’environ 200 cm2. En cas d’intervention chirurgicale d’ouverture des sinus, ce volume peut aller jusqu’à 50 à 60 cm3/côté. Il faut aussi tenir compte des objectifs, de la nature des soins à apporter (enlever des sécrétions, des croutes, des caillots, post-opératoire), qui vont déterminer le volume de la solution.

La compréhension de la mécanique des fluides à l’origine de données scientifiques pour la santé
Les simulations numériques utilisées en aéronautique et appliquées à la santé ont permis de mieux comprendre le fonctionnement physiologique de l’organe nasal et sinusien mais aussi de visualiser pour la première fois ce qu’il se passe dans une fosse nasale lors d’un lavage. Ces outils sont ici capitaux et nous ont permis de visualiser le remplissage, de quelle manière il s’organise, si la quantité de liquide était suffisante pour avoir un effet couvrant sur toute la muqueuse, si ce volume permettait d’entretenir des forces physiques utiles pour emporter ce que l’on veut retirer des fosses nasales.

On a pu ainsi déterminer des valeurs chiffrées de surface atteinte et recouverte, de temps de contact, de pression, de contrainte de cisaillement. On peut ainsi expliquer par exemple avec quelle pression on va pouvoir décrocher les sécrétions, les croutes, qui sont collées à la paroi et qui ont un certain pouvoir d’adhérence dans les cavités.
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Un bon lavage de nez passe par l’usage d’un produit a​dapté


Il y a la manière de faire et ce avec quoi on le fait. Jusqu’à présent, on avait recours au  sérum physiologique ou à des préparations « maisons » dont l’usage s’avère à moyen et long terme irritant  voire toxique pour la cellule nasale respiratoire. Si ceux-ci peuvent être utilisés sur des courtes périodes (rhumes), ils s’avèrent inappropriés pour les traitements au long cours des personnes atteintes de maladies chroniques devant procéder à des lavages pluri-quotidiens. Nos travaux ont notamment montré que le sérum physiologique ralentissait le fonctionnement de la cellule nasale et diminuait fortement sa capacité de cicatrisation pouvant même entraîner la mort cellulaire ! 
Par contre,  les solutions dont la composition est proche de l’eau de mer ont montré des effets positifs sur la cellule respiratoire grâce aux composés ioniques qu’elle contient  (potassium, magnésium, calcium, bicarbonates, fer, cuivre, zinc etc.). Ces données in vitro ont été récemment confirmées par une étude clinique évaluant la cicatrisation de la muqueuse nasale après chirurgie de la polypose naso-sinusienne. Dans cette période critique post-opératoire de 4 semaines, l’eau de mer fait un peu mieux sur la guérison des symptômes et la restauration anatomique mais surtout 7 à 10 jours plus tôt qu’avec du sérum physiologique.

Lavage de nez et bénéfices thérapeutiques

En dehors des situations post-opératoires, les lavages de nez sont indiqués dans le traitement de toutes les pathologies nasosinusiennes, parmi lesquelles, la rhinite allergique (30% de la population) ou la polypose naso-sinusienne (5% de la population) sont particulièrement fréquentes. Toutes deux ont la particularité d’être associées à un asthme dans 30 à 50% des cas.

On les préconise dans la mucoviscidose, car la maladie peut aussi atteindre les fosses nasales et les sinus, avec production d’un mucus épais et très abondant. Le lavage de nez intervient là où la kinésithérapie bronchique ne peut rien pour soulager le nez. Une étude clinique est en cours pour ces patients.

Enfin, si les preuves scientifiques s’accumulent, l’enjeu est aujourd’hui celui de l’éducation thérapeutique afin que ce soin soit indiquer et pratiquer de manière optimiser et plus efficace : il y a tellement de messages confondants dans la pratique courante que l’on a besoin de tout le monde pour relayer les bonnes informations aux patients : ORL,  pneumologues et kinésithérapeutes ont tous un rôle à jouer dans cette prochaine étape.

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