Bac 2021 de philo : avec la crise sanitaire, les lycéens ont-ils appris à rester philosophes ?

L'épreuve de philosophie, ce 17 juin, est maintenue mais aménagée. Elle devrait tenir compte des perturbations dans les lycées provoquées par la crise sanitaire. Un contexte qui pourrait bien donner matière à philosopher, dans les sujets comme dans les compositions.

© O.Tribloux

La crise sanitaire a nourri la réflexion. A bien y réfléchir, Olivier Tibloux, professeur au Lycée Jean Moulin de Langon en Gironde, semble avoir apprécié cette année particulière auprès de ses élèves. Depuis 25 ans, il enseigne la philosophie, mais cette année avait sans doute une saveur particulière. "Ils m'ont tous dit que ce qui était positif, c'est qu'ils aient pu se retrouver, au lycée. Ce moment entre eux, c'est vraiment ce qui leur avait manqué". "Ils étaient anxieux mais, à chaque fois, enthousiastes quand ils se retrouvaient et  ça donnait une ambiance très sympathique pendant les cours".

Et quand, en début d'année, il explique que la philosophie renvoie à l'essentiel, la notion est comprise immédiatement. Pour ces adultes en devenir, l'essentiel c'est l'amitié, être ensemble. Bref, ce qu'il leur a manqué.

Evoquant le thème du bonheur, le professeur poursuit : "Là, on était confrontés au fait que, d'un seul coup, le bonheur nous semblait lointain... Je me suis rendu compte, en cours, que jamais je n'avais eu des élèves autant dans la sensibilité, qui montraient autant les bons moments"." Au moment où ça sonnait (la fin du cours, NDLR), j'ai eu des remarques comme j'ai rarement : "ah? Déjà?" ou "vivement demain!"

La philosophie, c'est parti pour ce jeudi 17 juin 2021.
La philosophie, c'est parti pour ce jeudi 17 juin 2021. © MAXPPP

Des thèmes philosophiques

La crise sanitaire a éprouvé chacun de nous. Que ce soit dans notre rapport à l'autre, la maladie, la peur, ce que nous voulions, pouvions partager.
Elle a également nourri notre réflexion : les limites de notre liberté, nos aspirations, nos attentes et envie d'avancer, individuellement comme collectivement.
Des thèmes à foison pour tout prof de philo. Et Olivier Tibloux, notre prof de philo, ne s'en est pas privé : " Ils ont été très contents de faire de la philosophie, en particulier les cours sur le bonheur, la liberté, la justice et le droit, parce qu'ils avaient de vraies questions par rapport à la situation".
Il explique également que le rapport des élèves avec cette matière a également changé : " C'est coefficient 8 pour toutes les Terminales générales. Ce qui fait qu'à la fin, ça compte pour 10% du Bac!"

Il a logiquement abordé le thème de la liberté. Savoir distinguer la liberté et l'indépendance, sur un texte de Jean-Jacques Rousseau (voir encadré, en bas de l'article). "La liberté n'est pas de faire tout ce que l'on veut, mais c'est surtout ne pas faire ce qui ne déplait pas à autrui..." "Et ça, ça les a beaucoup touchés".

Ainsi, sans doute, le distinguo entre l'obligation (par moi-même) et la contrainte (par la force) semble faire écho à l'actualité : " Souvent, les gens ont vécu l'obligation comme des contraintes".

Pourc le Bac, comme souvent, l'art sera présent parmi les quatre sujets."Mais l'art, ce peut être aussi l'art d'être heureux, être l'artisan de sa propre vie"... Vous avez quatre heures !

Les révisions pour le bac de philo
Les révisions pour le bac de philo © Vanessa Meyer MAXPPP

Pour autant, il déconseille à ses élèves de faire référence à l'actualité. Il s'agit de s'assurer de ne pas sortir du sujet, et surtout, éviter les sujets qui fâchent comme, typiquement, "le conflit israélo-palestinien"...

Olivier Tibloux est professeur de philosophie au Lycée Jean Moulin de Langon en Gironde. Il est l'auteur de  "Les grandes questions philosophiques", 2ème édition. Publié en janvier 2021 aux éditions Ellipses.

Gestes barrières

Reste donc l'épreuve de ce jeudi 17 juin. Les lycéens devront plancher sur leurs copies en étant masqués. Les bureaux seront espacés et nettoyés. Et pas d'examen pour les candidats identifiés comme cas contacts ou positifs au Covid-19: ils seront convoqués à une session de remplacement en septembre.

Ces conditions rassurent les enseignants qui devront surveiller les élèves pendant les examens, selon les syndicats. En revanche, ils s'inquiètent des températures dans les salles, Météo-France prévoyant de fortes chaleurs dans certaines régions pour les prochains jours. 

La meilleure note retenue

L'épeuve comportera cette année, c'est une exception au vu du contexte, quatre sujets au choix, au lieu de trois (trois sujets de dissertation, un de commentaires de texte).
Son enjeu s'est toutefois amoindri: c'est la meilleure note qui sera retenue, entre celle obtenue à l'épreuve et celle du contrôle continu, à condition d'avoir rendu sa copie.
"Ce qui m'a paru important, c'est de maintenir une épreuve terminale. En même temps cette année, nous devions avoir une bienveillance particulière vu la situation", a défendu début juin le ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer.
 


Les résultats du bac seront dévoilés le 6 juillet. Les rattrapages démarreront dès le lendemain et se tiendront jusqu'au 9 juillet. 

Depuis 2012, le taux de réussite au baccalauréat dépasse les 80%. L'an dernier, 95% des candidats au bac ont été reçus, un niveau record. Le nombre d'admis devrait être particulièrement élevé cette année encore.

Près de 715.000 candidats dont plus de 250 000 en Nouvelle Aquitaine vont plancher ce jeudi 17 juin, dès 8 heures à l'occasion de la traditionnelle épreuve de philosophie. Les épreuves de spécialités qui devaient se tenir pour la première fois en mars, ont, elles, été annulées, au profit du contrôle continu.

Cette année d'enseignement a été particulière pour les lycéens. Depuis novembre, notamment, de nombreux élèves suivent des enseignements à distance ou en demi-groupe.
Le ministère a prévu une série d'aménagements : le contrôle continu représentera au minimum 82% de la note finale des candidats au bac général et technologique, l'épreuve écrite de philosophie et celle du grand oral correspondant aux 18% restants.

Rousseau, Lettres écrites de la montagne - VIII

"On a beau vouloir confondre l’indépendance et la liberté. Ces deux choses sont si différentes que même elles s’excluent mutuellement. Quand chacun fait ce qu’il lui plaît, on fait souvent ce qui déplaît à d’autres, et cela ne s’appelle pas un État libre. La liberté consiste moins à faire sa volonté qu’à n’être pas soumis à celle d’autrui, elle consiste encore à ne pas soumettre la volonté d’autrui à la nôtre. Quiconque est maître ne peut être libre, et régner c’est obéir.
Il n’y a donc point de liberté sans lois, ni où quelqu’un est au-dessus des lois : dans l’état même de nature l’homme n’est libre qu’à la faveur de la loi naturelle qui commande à tous. Un peuple libre obéit, mais il ne sert pas ; il a des chefs et non pas des maîtres ; il obéit aux lois, mais il n’obéit qu’aux lois et c’est par la force des lois qu’il n’obéit pas aux hommes. Toutes les barrières qu’on donne dans les républiques au pouvoir des magistrats ne sont établies que pour garantir de leurs atteintes l’enceinte sacrée des lois : ils en sont les ministres non les arbitres, ils doivent les garder non les enfreindre. Un peuple est libre, quelque forme qu’ait son gouvernement, quand dans celui qui le gouverne il ne voit point l’homme, mais l’organe de la loi. En un mot, la liberté suit toujours le sort des lois, elle règne ou périt avec elles ; je ne sache rien de plus certain.
"

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