A Bordeaux, le Premier ministre Edouard Philippe ne rassure pas les régions

© Marie-Pierre d'Abrigeon
© Marie-Pierre d'Abrigeon

Edouard Philippe, n'a pas convaincu à l'occasion du Congrès de l'association des Régions de France. Il fait face à un front uni des élus qui réclament "plus de pouvoirs aux collectivités". Mais pour Alain Rousset, patron de la nouvelle-Aquitaine, "Il maintient un cap centralisateur très fort."

Par SP

"Nous sommes déterminés à mieux dialoguer avec les territoires, notamment les régions". A Bordeaux, Edouard Philippe a tenté de restaurer une relation de confiance mise à mal depuis deux ans avec les territoires.

Mais il ne semble pas à avoir convaincu d'après les premières réactions des élus concernés. Alain Rousset, patron de la région Nouvelle-Aquitaine, était déçu à l'issue du discours :

Il maintient un cap centralisateur très fort, d'ailleurs il était un peu gêné on l'a senti dans son discours pour capter l'attention des conseillères et conseillers régionaux. 
Alain Rousset

Quelles propositions aux régions ? 

Très vite, il a annoncé la mise en place d’une concertation Etat Région tous les 3 mois pour coordonner les politiques communes, mais rien sur l’apprentissage, sauf à répéter que la réforme gouvernementale contestée par les Régions allait porter ses fruits. 

Pour améliorer la coordination en matière d'emploi, le chef du gouvernement a "proposé à des régions volontaires une expérimentation visant à renforcer le pilotage des politiques de formation professionnelle".

"Nous avons prévu de pouvoir déléguer aux Régions le pilotage de Pôle Emploi et des politiques liées à l'emploi".

"On doit pouvoir, en fonction des territoires, faire des décentralisations différentes",a souligné le Premier ministre, même si la mise en oeuvre du principe de différenciation s'annonce selon lui "compliquée". 

"Peut-être que dans des régions aussi vastes que la Nouvelle-Aquitaine ou le Grand Est, les partis pris d'organisation des compétences seront différents que dans des régions plus petites", a-t-il avancé.

Des mesures insuffisante

Les élus attendaient autre chose du discours du Premier ministre, notamment plus de décentralisation et des actes forts. 

A commencer par Alain Rousset. Le président socialiste de Nouvelle-Aquitaine ne mâche pas ses mots :

"le discours de Bordeaux aurait pu être celui du congrès de Lyon du Général de Gaulle ! Il n'en a rien été ! (...) On a eu l'impression qu' Edouard Philippe ne croyait pas lui même à son discours"  ( Discours sur la réforme régionale, Lyon, 24 mars 1968)

La socialiste Pernelle Richardot, adjointe au maire et conseillère régionale du Bas-Rhin, fait un constat sans appel : le Premier ministre "n'a rien à dire aux élus" 
 

Pas de vision globale non plus pour Hervé Morin. Le président de la Région Normandie et président de l'association des Régions de France attendait pourtant "un avant et un après Bordeaux" : "Il y a des pistes qui sont ouvertes mais nous sommes très en deçà de ce que nous espérions. C’est un discours qui manquait de vision."


"Nous voulons une France forte mais Girondine !"


Les élus des collectivités réclamaient un acte III de la décentralisation ( il y a déjà eu deux grandes phases de décentralisation, en 1982 et en 2003 ) pour leur permettre d'adapter les politiques.

C'est ce qu'a martelé, Alain Rousset dès l'ouverture des débats. Le patron de Nouvelle-Aquitaine a plaidé pour davantage de pouvoir.
 

Mêmes doléances du coté de Dominique Bussereau, qui préside l’Assemblée des départements de France. Il a appelé à "redonner plus de pouvoirs aux collectivités"

En clair, le président du Département de la Charente-Maritime demandait à l' Etat de se concentrer sur le régalien et de laisser plus d'espace aux élus des territoires pour gérér la vie de leurs concitoyens. 
Un message relayé dès l'ouverture des débats par Hervé Morin, pour lequel  "Une partie de la réussite de la France passera par les territoires "

Les régions veulent être plus autonomes en matière de subventions agricoles, d'emploi, d'environnement, de formation.
Plus d’autonomie aussi sur les territoires afin de combler les failles entre formations et offres d’emploi.


Des territoires malmenés par le gouvernement a regretté François Baroin. En s'adressant au Premier ministre, le président de l’association des maires de France a dénoncé la suppression de la taxe d’habitation "qui va amputer le budget des collectivités de 300 millions d’euros, l’année prochaine (...) La suppression de la taxe d’habitation est un acte de recentralisation »

 Marie Pierre d'Abrigeon et Didier Bonnet ont suivi le déplacement d'Edouard Philippe à Bordeaux 
Edouard Philippe fait face aux régions à Bordeaux

Sur le même sujet

Les + Lus