Combien d'emplois menacés à Construction Navale Bordeaux appartenant au groupe Beneteau ?

Le chantier naval de Bordeaux (CNB) va annoncer les détails de son Plan de Sauvegarde de l'Emploi aux instances syndicales mardi 8 septembre. Son activité a baissé de moitié depuis le déconfinement. Il s'agit du premier PSE qui frappe le groupe nautique, plus gros employeur industriel de la ville.

Le groupe Chantier Naval Bordeaux employait 1200 personnes avant la crise sanitaire. Un peu plus de 900 sont encore sous contrat aujourd'hui dont près de la moitié en chômage partiel.
Le groupe Chantier Naval Bordeaux employait 1200 personnes avant la crise sanitaire. Un peu plus de 900 sont encore sous contrat aujourd'hui dont près de la moitié en chômage partiel. © F3Aquitaine/archives 2017
Les quelques 800 salariés du chantier naval bordelais sont dans l'attente d'une annonce qu'ils n'auraient jamais imaginée il y a encore quelques mois. 
 
Chantier Naval Bordeaux a fêté ses 30 années d'existence en 2017, le groupe était alors en pleine ascension
Chantier Naval Bordeaux a fêté ses 30 années d'existence en 2017, le groupe était alors en pleine ascension © F3Aquitaine/Archives 2017

Mardi matin 8 septembre, la direction nationale de cette filiale de Bénéteau, leader mondial de la voile, organise un comité de groupe réunissant l'ensemble des représentants syndicaux des sites français. Elle leur dévoilera l'ampleur du plan de sauvegarde de l'emploi qu'elle compte mettre en place et le nombre de postes supprimés. Certains chantiers devraient être "mis en sommeil, c'est-à-dire temporairement fermés mais sans savoir quand ils rouvriront si jamais réouverture il y a" s'inquiète Pascal Boiveau, le délégué CFDT de CNB Bordeaux.
 
Depuis 2019, CNB fabrique exclusivement des catamarans de marque Lagoons et Excess pour une clientèle internationale
Depuis 2019, CNB fabrique exclusivement des catamarans de marque Lagoons et Excess pour une clientèle internationale © F3Aquitaine/Archives 2017

Le site bordelais ne serait lui pas menacé de fermeture mais une réduction des effectifs semble inéluctable. Les détails du PSE à Bordeaux seront discutés après le comité de groupe, en CSE extraordinaire, l'après-midi. "Dans ce PSE, combien de volontaires y aura t-il au départ ? S'il n'y en a pas assez, il y aura des licenciements" redoute le représentant CFDT.

Activité en berne

Alors que l'entité bordelaise prévoyait une croissance de 10 millions de son chiffre d'affaires sur l'excercice 2020/2021 en augmentant sa capacité de production et ses effectifs, c'est un scénario tout à fait contraire qui se produit.
 
L'arrêt total de la production pendant le confinement puis la reprise partielle ont provoqué un recul conséquent du chiffre d'affaires. À l'échelle du département bateaux de Bénéteau, ce recul est de - 43,3% par rapport au même trimestre de l'année précédente et de - 17,8% sur les 9 premiers mois de l’exercice 2019-2020.
 
Une centaine de catamarans sont construits et mis à l'eau chaque année
Une centaine de catamarans sont construits et mis à l'eau chaque année © F3Aquitaine/Archives 2017

À Bordeaux, l'activité est actuellement réduite de moitié selon les syndicats. "On a une baisse importante du carnet de commandes. On en a encore à honorer jusqu'à la fin de l'année mais la direction hésite à les mettre en chantier car elle craint des annulations ou des reports" explique Pascal Boiveau. 

L'annulation des salons nautiques à Cannes, à La Rochelle et aux Etats-Unis ne va pas arranger les choses, même si Bénéteau a mis en place des salons virtuels et a repensé ses relations clients. "Nous avons développé des outils digitaux permettant de découvrir nos bateaux en ligne, de suivre une présentation détaillée à bord, d'échanger en direct avec nos spécialistes bateaux" détaille Gianguido Girotti, le directeur délégué en charge de la stratégie marques et produits. 

Mathieu Boisson, délégué CGT sur le site bordelais, indique que "les salariés se sont vu imposer 5 semaines de chômage partiel et 4 semaines de congés cet été".  "Deux bâtiments sur six sont à l'arrêt total, ceux qui construisent les petits catamarans, notre plus forte activité habituellement" ajoute t-il. 

Un PSE trop rapide ?

"Le groupe a de la trésorerie, il a bénéficié du prêt garanti par l'Etat, de prêts bancaires, on était une entreprise en très bonne santé financière, ça nous semble un peu rapide cette décision de PSE" analyse pour sa part David Hay, autre délégué CGT du CNB. "La crise a démarré en mars, on n'est qu'en septembre. Est-ce une décision opportuniste, une volonté de réduire les coûts en profitant de la crise, on peut s'interroger" glisse t-il tout en espérant être rassuré par les annonces de mardi.

Le site de Bordeaux employait 1200 personnes avant la crise de la covid-19 "et on avait même du mal à recruter" affirme Pascal Boiveau. "46 personnes sont parties de leur propre initiative depuis, il reste aujourd'hui 800 salariés en CDI, une centaine d'intérimaires et une cinquantaine de sous-traitants à plein temps. C'est la première fois dans toute l'histoire du CNB, qui a fêté ses 30 ans en 2017, que l'on est confronté à un PSE". 

Nous nous étions d'ailleurs fait écho de la bonne santé du groupe à plusieurs reprises ces dernières années à travers ses campagnes de recrutement.
 
   
Le chantiel naval girondin, d'où sont mises à l'eau une centaine de nouvelles embarcations chaque année, est spécialisé dans la construction de catamarans.
 
Les ouvriers du CNB ont des métiers très spécifiques : opérateurs composite, accastilleurs, plombiers, électriciens...L'entreprise avait du mal à en recruter avant la crise alors qu'elle était en pleine croissance
Les ouvriers du CNB ont des métiers très spécifiques : opérateurs composite, accastilleurs, plombiers, électriciens...L'entreprise avait du mal à en recruter avant la crise alors qu'elle était en pleine croissance © F3Aquitaine/Archives 2017

Près de la moitié des salariés sont aujourd'hui en chômage partiel et pourraient encore le rester plusieurs mois. Le PSE devrait concerner essentiellement le personnel administratif et les services supports (qualité, méthode, SAV). 

La direction évoque un choix prudent. "On ne peut pas se lancer dans la construction de bateaux sans visibilité. On attend de voir comment redémarre l'activité commerciale avant de lancer la production. On construira si on a des acheteurs en face" explique Mirna Cieniewicz, la directrice de la communication du groupe Bénéteau, tout en soulignant que l'été a été bon, "il y a eu des ventes et les stocks sont bas, c'est une bonne nouvelle".

Quelles perspectives à moyen terme ?

Malgré la crise, le groupe Bénéteau vient de présenter ses nouveautés 2020/2021. En ce qui concerne le chantier de Bordeaux et les catamarans, deux nouveautés sont annoncées : "le luxueux voilier LAGOON SIXTY 5 et le plus petit catamaran habitable du marché EXCESS 11".
  Dès juillet dernier, il avait mis au point un plan stratégique nommé "Let's Go Beyond ! 2020 - 2025" dans l'objectif d'atteindre "une marge opérationnelle supérieure à 10% lorsque l’activité sera revenue au niveau de 2019". 
 
Bénéteau a ainsi décidé de se séparer de 4 de ses 12 marques mondiales et compte instaurer "une meilleure efficience des usines et une accélération des temps de développement". Dans le même temps, "une organisation managériale plus resserrée" est prévue.  

Depuis cette annonce, un dialogue social a été amorcé au niveau mondial, mais "l'accord de méthode n'a pas encore été finalisé" reconnaît Mirna Cieniewicz, "un dialogue essentiel pour voir comment réduire l'activité pendant cette phase critique".
 
Le CNB fait travailler 68 corps de métiers différents, ses ateliers s'étendent sur une surface de 5000 m2 en bord de Garonne à Bordeaux
Le CNB fait travailler 68 corps de métiers différents, ses ateliers s'étendent sur une surface de 5000 m2 en bord de Garonne à Bordeaux © F3Aquitaine/Archives 2017

Le groupe nautique explique que "la crise post-Covid 19 ouvre un nouveau cycle économique". Il prévoit, après le fort recul de l’activité mondiale affectant le marché de la plaisance, "une nette reprise dont l’ampleur dépendra de la vitesse à laquelle se résoudra la crise sanitaire".

"Le Groupe se prépare donc à faire face à des variations de volumes, à la baisse puis à la hausse, qui pourraient atteindre des amplitudes comparables à celles de la crise de 2008-2009. Il projette de réduire sensiblement ses capacités de production dans les mois à venir, parallèlement à une réduction de l’ensemble de ses coûts fixes.".

Bénéteau se veut toutefois rassurant face à ses actionnaires expliquant être en bonne santé financière : le groupe mondial "disposait de plus de 600 millions d'euros de fonds propres au 28 février 2020 et de 300 millions de lignes de crédit confirmées et non tirées, auxquelles s’ajouteront un Prêt Garanti par l’Etat de 120 millions d'euros et d’une absence d’endettement net".

Il ajoute avoir "l'expérience de crises précédentes" et donne rendez-vous le 27 octobre prochain pour la communication des résultats annuels de l’exercice 2019-2020.
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