La commune de Macau se sent méprisée après la condamnation d'une filiale de Total pour pollution

© dpasa
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La commune de Gironde réclamait 3,5 millions d’euros à une filiale de Total pour pollution de la Garonne en 2007. Une cuve de pétrole brut de 13.000 m3 s’était effondrée. Pour la maire de Macau, "visiblement, on peut continuer à polluer, car la peine encourue est assez négligeable."

Par Christine Le Hesran

Madame le Maire est en colère et ne compte pas en rester là. Chrystel Colmont parle au nom de sa commune qui borde l'estuaire de la Gironde, elle se sent clairement méprisée. " Les indemnités ne recouvrent même pas les frais engagés, 10 000 euros remboursés pour les frais d'analyses qui nous ont coûté 15 663 euros."
Chrystel Colmont reste avec sa réponse : pourquoi ? 

Douze ans, tout ça pour ça... On espérait une décision qui fasse bouger les lignes, une leçon aux industriels. Or visiblement, on peut continuer à polluer, car la peine encourue est assez négligeable.
Chrystel Colmont, maire de Macau

Un feuilleton judiciaire

Voilà 12 ans que la petite commune de 3 5000 habitants bataille pour faire reconnaître le préjudice. 
En janvier 2007, une cuve de stockage de pétrole brut de 13.000 m3 des Docks des Pétroles d'Ambès (DPA), situé en face de Macau sur la rive droite de la Gironde, s'est effondrée. Se déverse alors un liquide noir dans des bacs de rétention prévus à cet effet. Mais par un "effet de vague" quelque 3.000 m3 de pétrole débordent sur une route longeant le dépôt. Une grande partie est récupérée, une autre --dont la quantité fait toujours débat-- se déverse dans l'estuaire. 
 

Et depuis le dossier judiciaire fait du va-et-vient entre les différentes juridictions. En  2014, la filiale de Total a été relaxée en première instance par le tribunal correctionnel de Bordeaux. La cour d'appel a en 2016 reconnu une "faute d'imprudence" ayant eu pour conséquence la pollution, mais jugé irrecevables les demandes en dommages-intérêts.
La Cour de cassation en 2018, avait cassé l'arrêt sur ce point, renvoyant à la Cour d'appel le soin de fixer des indemnités. Nouveau passage devant la Cour d'Appel en juin dernier, la maire Chrystel Colmont a alors demandé plus de 3,5 millions d’euros de dommages et intérêts pour Macau, soit 1 000 euros par habitant, en réparation du préjudice écologique.
 
 

Peut-être pas la fin de l'histoire 

La cour d'appel a estimé jeudi 26 septembre, notamment sur la foi des expertises, que la pollution de 2007 a "nécessairement porté atteinte" à la commune de Macau, qui inclut notamment une zone Natura 2000, mais que cette pollution "est restée relativement modérée". Elle a condamné DPA a verser près de 24.000 euros à Macau au titre des préjudices financier et écologique. La maire de Macau est amère, d'autant que les trois associations environnementales parties civiles, la Sepanso (régionale), la Ligue de protection des oiseaux, et l'Association pour la protection des animaux sauvages (APAS) ont obtenu bien plus. 
La Cour a condamné la filiale de Total à verser environ 35.000 euros à chacune.
"C'est incompréhensible " pour Chrystel Colmont. Elle envisage un pourvoi en Cassation, une fois qu'elle aura consulté son équipe.
 

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