En difficulté financière, le Bordeaux-Bruges-Lormont Handball n'a pas réussi à se sauver

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Écrit par Romain Bizeul

Après une saison en Proligue, la deuxième division de handball, le Bordeaux-Bruges-Lormont Handball est contraint d'arrêter sa progression. Les difficultés financières ont eu raison du jeune club professionnel. Un échec que le président Jean-Paul Onillon attribue au "manque de soutien" des collectivités qui "ne comprennent pas". Malgré cette fin de parcours, l'optimisme est de rigueur pour, à terme, relancer un projet.

Jean-Paul Onillon, le président du club de handball Bordeaux-Bruges-Lormont (BBL) est amer. "Il y a un sentiment de gâchis", regrette-t-il. La veille de son dernier match de la saison, le club annonce l'arrêt de son équipe professionnelle, faute de financement. Si Jean-Paul Onillon évoque un "cruel manque d'aide des collectivités" en pointant notamment du doigt Brigitte Terraza, la maire de Bruges, celle-ci répond qu'elle n'a jamais rien promis au dirigeant. Une fin tendue pour un projet qui avait pour ambition de faire monter le club au plus haut niveau possible. Mais pour la suite, le club continuera en amateur en "prenant plus de temps", selon Francisco Contiero qui en reprendra la tête.

De grosses difficultés financières

En 2021, quand il crée le club d'une entente entre le club de handball de Bruges et celui de Lormont et amène avec lui Philippe Gardent, rencontré au PSG handball, Jean-Paul Onillon n'imaginait pas que l'histoire s'achève ainsi. Alors en troisième division, le Bordeaux-Bruges-Lormont Handball, accède à la Proligue (deuxième division) dès sa première saison. Un basculement vers le statut professionnel qui pose plusieurs problèmes. Tout d'abord celui d'une salle aux normes. Le club se fait prêter, non sans mal selon le président du BBL, la salle Jean Dauguet par la municipalité de Bordeaux.

Mais très vite se pose la question des moyens financiers. Le club table sur un budget de 1,4 million d'euros. "Très vite, la ville de Bruges et de Lormont me disent qu'il n'y aura pas de financement de leur part, mais qu'elles nous accompagneront, notamment pour trouver des partenariats privés", se souvient Jean-Paul Onillon. Il espère alors 200 000 euros de chaque mairie via ces partenariats, tout en précisant que ce chiffre est loin de la moyenne des autres clubs de Proligue. Ce qu'il n'arrivera pas à faire. Le 18 mai 2023, le club est contraint de mettre la clé sous la porte.

La "faute des collectivités" ?

"Seule la ville de Lormont nous a aidé en trouvant 100 000 euros. Celle de Bruges nous a négligemment porté une liste de partenaires potentiels qui n'existaient même pas", ressasse le président du BBL, agacé. "Nous avons bien donné une liste comme demandé, mais je ne vois pas ce qu'il attendait d'autre, répond Brigitte Terraza, la maire de Bruges. J'en ai parlé avec le maire de Lormont qui m'a dit qu'il n'avait rien fait de plus que moi." Un "mensonge" pour Jean-Paul Onillon : "Comment expliquer qu'un maire ait compris et que l'autre non ?" Le torchon brûle entre le président du BBL et l'élue. 

S'il [Jean-Paul Onillon, président du BBL] attendait de moi que j'aille arracher moi-même des subventions aux entreprises, effectivement, je ne l'ai pas fait !

Brigitte Terraza, maire de Bruges

Si elle se dit triste que "l'aventure n'ait pas continuée", Brigitte Terraza "n'apprécie pas" qu'on "la qualifie de menteuse ne tenant pas ses engagements". Elle précise que financer une équipe professionnelle n'est pas de son ressort. "Je l'ai prévenu que ça serait compliqué depuis le début, assure l'édile. S'il attendait de moi que j'aille arracher moi-même des subventions aux entreprises, effectivement, je ne l'ai pas fait !"

Du côté de la ville de Bordeaux, il n'y avait pas plus de discussions pour un accompagnement financier. "Il faudrait que la compétence sport soit à la métropole. Mais si on finance un sport, pourquoi ne pas tous les financer et on ne s'en sort plus", soulève Brigitte Terraza. Un argument que n'entend pas Jean-Paul Onillon, qui prend en exemple des villes comme Nantes ou Montpellier où les équipes de haut niveau sont nombreuses.

Trop haut, trop vite ?

Selon Francisco Contiero, président du club de Lormont qui va reprendre la tête de l'entente l'an prochain : "Les institutions bordelaises n'étaient pas prêtes à ce qu'on accède au plus haut niveau aussi vite." Malgré la déception, il ne souhaite pas lâcher et annonce repartir en prenant "plus de temps".

Quand Bordeaux et sa métropole comprendront que le sport de haut niveau ce n'est pas sale, mais que ça suscite le sport pour tous et du lien social, on pourra avancer.

Jean-Paul Onillon, président du Bordeaux-Bruges-Lormont Handball

L'amertume est grande du côté du BBL. "Jusqu'à il y a 3 semaines, on y croyait encore, on avait trouvé un partenaire qui pouvait s'engager, mais seulement en 2024", raconte Jean-Paul Onillon. À ce moment-là, le coach Philippe Gardent expliquait : "Si on pouvait avoir 150 000 euros provenant des collectivités, ce serait génial. Parce qu'on a fait le travail, on a trouvé des partenaires. Mais les partenaires vont venir que s'ils savent qu'on va rester. C'est un peu le serpent qui se mord la queue."

Une déception d'autant plus grande pour les dirigeants du club que sportivement tout se passait bien. Jusqu'aux 4 points de sanction infligés par la CNACG, le gendarme financier de la Ligue Nationale de Handball pour non tenue du budget. "Sans ces 4 points de pénalité, ce soir, on jouerait une finale pour l'accession aux playoffs et donc la montée en Starligue", déplore le président du BBL.

Un dernier match avant de se tourner vers l'avenir 

Mis au courant des difficultés de leur club en février dernier les joueurs ont "joué le jeu de l'équité sportive", félicite Jean-Paul Onillon. "Quelque part, c'est un soulagement que cela s'arrête tellement la saison était dure et il y a eu des souffrances", avoue-t-il. Pour l'an prochain, il est assez optimiste sur le fait que les joueurs du groupe professionnel puisse retrouver un point de chute. S'il va falloir attendre début juin pour savoir si le club va se tourner vers une liquidation judiciaire ou non, l'actuel président du BBL l'assure : "tous les joueurs seront payés."

À partir de l'an prochain, le BBL repartira avec son équipe réserve qui vient de valider sa montée en Nationale 1. Ajouté aux bons résultats des équipes de jeunes, le club a de quoi redémarrer sur de bonnes bases, c'est en tout cas ce que veut croire Francisco Contiero. "J'ai bien compris que les partenaires et le public avaient envie d'avoir un club de handball de haut niveau, donc on va tout faire pour mener à bien ce projet", déclare-t-il. 

En attendant, le BBL se concentre sur son dernier match de la saison ce 19 mai à domicile face à Massy. "L'occasion d'une grande fête pour bien terminer et remercier les bénévoles, les supporters et tous ceux qui ont œuvré pour cette aventure", espère Jean-Paul Onillon. Témoin de l'intérêt du public, malgré tout, à cette occasion, la salle Jean Dauguet devrait afficher complet.

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