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Faute inexcusable du Château Vernous : une décision à la portée considérable pour Info Médoc Pesticides

Sylvie Berger ici lors de l'audience, le 28 janvier 2019. Elle est la première ouvrière viticole à avoir fait condamner un château médocain pour faute inexcusable après avoir été exposée aux pesticides / © P.Turpeaud/F3Aquitaine
Sylvie Berger ici lors de l'audience, le 28 janvier 2019. Elle est la première ouvrière viticole à avoir fait condamner un château médocain pour faute inexcusable après avoir été exposée aux pesticides / © P.Turpeaud/F3Aquitaine

Le TGI de Bordeaux vient de reconnaître la faute inexcusable de l'employeur de Sylvie Berger. Cette ouvrière viticole a vu son état de santé se dégrader considérablement après avoir été directement exposée aux pesticides. Cette décision, rare dans le milieu viticole, ouvre la voix à la jurisprudence

Par CA

"Je suis très soulagée et émue" nous confie Sylvie Berger. "C'est l'aboutissement de deux années de combat". 

Cette ouvrière viticole de 47 ans vient de gagner son procès face à un château du Médoc, le château Vernous, un cru bourgeois implanté depuis 1749 à Lesparre. 

Elle espère maintenant que cette décision "libère davantage la parole et mette les châteaux face à leurs responsabilités".
 

Une décision de justice très rare

Sylvie Berger est l'une des rares employées des vignes à avoir obtenu la reconnaissance de sa maladie de Parkinson en maladie professionnelle par la Mutualité Sociale Agricole. Sa maladie professionnelle a été reconnue en 2017.

C'est l'élément, essentiel, qui a permis d'aboutir à la faute inexcusable. Une décision de justice très rare dans le milieu du vin.

"Le problème est que de nombreux châteaux refusent de communiquer la liste des pesticides qu'ils emploient, alors que c'est une obligation légale" explique Marie-Lys Bibeyran, du collectif Info Medoc Pesticides.

Sans ces listes, il est impossible de prouver le lien de causalité entre une maladie et la travail dans les vignes. Et donc très difficile d'obtenir la reconnaissance de maladie professionnelle.

"C'est pourquoi les poursuites devant les tribunaux sont rares" ajoute Marie-Lys Bibeyran, "pourtant les cas sont nombreux".
 

Un état de santé qui se dégrade brutalement


Sylvie Berger connaît parfaitement l'origine de sa maladie. Le 12 juin 2012, elle reçoit des éclaboussures sur le corps alors qu'elle attache la vigne. La parcelle sur laquelle elle se trouve a été traitée par deux puissants pesticides la veille et l'avant-veille.

Les premiers symptômes apparaissent le jour même : brûlures, aphtes, envie de vomir, vertiges ...

Au fil des mois, son état ne cesse d'empirer. Elle a de plus en plus de mal à marcher, victime de problèmes de repères et d'orientation.

En 2016, le diagnostic tombe : elle souffre de la maladie de Parkinson. 

Elle racontera sa descente aux enfers à Elizabeth Drévillon dans son enquête intitulée" Pesticides : notre santé en danger " diffusée le 27 février 2018 sur France 2.
 

La fin de la toute puissance de la viticulture


Depuis qu'elle s'est engagée dans son combat, elle a reçu de très nombreux appels de travailleurs viticoles

Je ne suis pas la seule personne malade dans les vignes. Les ouvriers qui n'épandent pas sont confrontés aux pesticides tout comme les riverains des exploitations.

 
Mais beaucoup n'osent pas parler. Elle-même dit avoir été traitée de menteuse. On l'a accusée d'avoir inventé ses symptômes. 

Marie-Lys Bibeyran regrette que la démarche de Sylvie "reste marginale""Du fait des fortes pressions subies par les travailleurs, les chantages à l'emploi, l'image de toute puissance et d'impunité de la viticulture".

Mais, prévient-elle, "l'employeur doit veiller à la sécurité et à la santé de ses salariés. C'est une obligation légale".

Et c'est ce manquement qui a été reconnu dans l'affaire du Château Vernous. 

Elle estime que cette décision de justice marque "la fin de la toute puissance de la viticulture médocaine".
 


Et espère qu'elle fera jurisprudence. "Pour que les travailleurs des vignes ne soient plus condamnés à la maladie et au silence"

"Désormais, les employeurs viticoles ne sont plus au-dessus du code du travail".

Sylvie Berger attend maintenant de savoir à quoi sera condamné son ancien patron. Le tribunal a ordonné une expertise afin d'évaluer son état de santé. Il fixera ensuite le montant des dommages et intérêts. Ses conclusions sont attendues le 10 septembre prochain.

 

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