Gilets jaunes : la plainte du jeune homme qui a eu la main arrachée est classée sans suite à Bordeaux

Antoine Boudinet / © MEHDI FEDOUACH / AFP
Antoine Boudinet / © MEHDI FEDOUACH / AFP

Antoine Boudinet n'est pas étonné : le parquet de Bordeaux a classé sa plainte sans suite. L'enquête conduite par la police des polices n'a pas permis d'identifier l'auteur du tir. Antoine Boudinet attend d'autres réponses de la justice et veut faire interdire ces armes. 

Par Christine Le Hesran

Il ne saura pas, du moins s'il en reste là. Antoine Boudinet a eu la main droite arrachée par une grenade lacrymogène (GLI-F4). C'était lors d'une manifestation des gilets jaunes le 8 décembre 2018 à Bordeaux. 

Son avocat, Maître Blanco, a déposé plainte le 17 décembre 2018, auprès du Procureur de Bordeaux, pour mutilation volontaire à l’encontre du Ministre de l’Intérieur et du Préfet de la Gironde. Comme il se doit, dans ces circonstances, l’enquête a été confiée à l’I.G.P.N, la police des polices.

Une décision invraisemblable pour l'avocat

Ses enquêteurs ont confirmé, qu’à l’origine de la très grave mutilation infligée au jeune homme, il y a bien l’utilisation par les forces de l’ordre d’une grenade GLI-F4 sur la place Pey Berland.
Jusque-là, le constat est fait, reste à désigner un auteur des faits. Mais Antoine Boudinet ne pourra pas le savoir de suite. Son avocat est en colère :

La conclusion de l’enquête constitue un nouvel exploit de l’I.G.P.N décidément spécialisée dans la couverture des violences policières.
Maître Jean-François Blanco

Il relève ce que dit le rapport : " Aucun élément ne permet d’identifier l’agent des forces de sécurité intérieure, policier ou gendarme, qui serait à l’origine de l’envoi de cette grenade."

La décision du Procureur de Bordeaux qui, sur ce prétexte, classe sans suite la plainte d’Antoine Boudinet est invraisemblable.
Maître Jean-François Blanco

La victime, Antoine Boudinet, est déterminée : " Je ne suis pas étonné. Les violences policières, ce sont les policiers qui ont appliqué les ordres du ministère de l'Intérieur. L'IGPN ne va pas remettre en cause son ministère. Mais les forces de l'ordre sont responsables d'avoir obéi.  J'attends la reconnaissance de la culpabilité de l'Etat. Je n'ai pas été blessé par l'opération du Saint-Esprit, j'ai été blessé par les ordres de l'Etat. "

La décision de classement sans suite est datée du 18 juin 2019. Mais Maître Blanco ne veut pas en rester là et veut donc poursuivre la procédure pénale pour obtenir des investigations supplémentaires. 

L’enquête de l’I.G.P.N aura été un simulacre d’enquête, ce dont nous avons l’habitude, mais sa validation par le Procureur constitue un déni de justice. 
Maître Jean-François Blanco

Et l'avocat suggère une piste :  " rechercher qui a pris la décision d’utiliser ces grenades dont la dangerosité est avérée et dont l’Etat avait annoncé l’abandon en juin 2018."

Le jeune homme qui a perdu sa main poursuit un but : 

Mon objectif, c'est de faire interdire toutes ces armes.
Antoine Boudinet

Le jeune homme a repris le cours de sa vie en poursuivant ses études de géographie en troisième année. Il poursuit aussi la mobilisation en organisant la troisième grande marche des mutilés ce dimanche 22 septembre à Bordeaux. 








 

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