Huit jours après l'évacuation de la "zone libre" de Cenon, 200 personnes n'ont pas de solution pérenne de logement

Sur les 300 personnes évacuées le 11 février dernier, 200 sont provisoirement hébergées par des associations ou des  citoyens volontaires. Ces derniers ont voulu interpeller les institutions publiques. Ce jeudi 18 février, se tenait une conférence de presse à Darwin, rive droite. 

Menda Musaraj, expulsée de la "zone libre" de Cenon le 11 février dernier, est hébergée provisoirement à Darwin, rive droite.
Menda Musaraj, expulsée de la "zone libre" de Cenon le 11 février dernier, est hébergée provisoirement à Darwin, rive droite. © F3 Aquitaine

Menda Musaraj a 21 ans. Elle est albanaise. Ses parents avaient perdu leur emploi, explique-t-elle et ne pouvaient plus payer les frais d'école. Elle est donc arrivée en France il y a quatre ans avec l'"espoir" d'y être scolarisée. Et bien qu'elle ne parlait pas le français, elle a réussi à suivre les cours en lycée. Menda est maintenant en classe de terminale. Mais sa vie a basculé brutalement le 11 février dernier. Comme 300 personnes, elle a été évacuée du squat de "la zone libre" de Cenon près de Bordeaux, à 6 heures du matin. Huit jours plus tard, le souvenir reste vif. Les larmes lui montent aux yeux quand elle raconte : 

On était très bien. C'était loin de mon école mais c'était comme une communauté. On faisait des fêtes, on se parlait, on faisait des réunions. On était très bien là. 

Témoignage d'une expulsée de la zone libre de Cenon

Choquée par l'expulsion, Menda s'est retrouvée à la rue. 

"On avait perdu tout espoir. On pensait qu'on allait rester dans la rue, dormir dans la rue". 

Darwin accueille des expulsés de la "zone libre" de Cenon.
Darwin accueille des expulsés de la "zone libre" de Cenon. © F3 Aquitaine

Elle a pu trouver refuge à Darwin, avec 53 autres personnes, essentiellement des familles composées de mères et leurs enfants, hébergées dans l'un de ses hangars chauffés de l'écosytème de la rive droite. Philippe Barre, son président-fondateur juge la situation inquiétante : 

Nos contacts au quotidien se font plus avec des citoyens qui se mettent à disposition pour aider des gens et avec les associations. En revanche, du côté des institutions publiques, l'Etat, le département, la métropole, la ville de Bordeaux, on sent une frilosité, un tâtonnement. C'est inquiétant de les voir aussi peu mobilisés auprès de ces associations et de ces citoyens. Or, il va falloir qu'on arrive à travailler main dans la main plutôt que de se regarder en chiens de faïence comme en ce moment. 

David Thomas est l'un de ces citoyens volontaires, membre du collectif de soutien de la "zone libre" de Cenon. Selon lui, sur les 285 personnes évacuées, 188 sont hébergées par des citoyens solidaires, et des associations, 22 sont à la rue, et 30 n'ont plus donné de nouvelles. 

45 ont donc été relogées par l'Etat mais, dénonce David Thomas, sans tenir compte de "leur histoire, de leur parcours" comme cette famille dont les deux enfants étaient scolarisés en Gironde et qui ont été envoyés dans le centre de la France. 

"Ce ne sont pas des voitures qu'on envoie au garage. Ce sont des humains, pas des objets. Il faut agir sur le long terme. L'accompagnement d'une famille, ça demande du temps. On a l'impression que l'accompagnement a été rompu qu'on ne tient pas compte des gens."

Le 12 février dernier, la préfète de la Nouvelle-Aquitaine, Fabienne Buccio, avait réagi sur notre antenne, aux accusations des associations et à celles de Véronique Faye, présidente du Secours Catholique.  "Je crains qu'elle ne fasse une erreur, nous avions une solution pour chaque personne. Un toit sur la tête pour certains, au moins un logement." 

 

Fabienne Buccio répond aux critiques

Ce jeudi, les associations ne dressaient pas le même constat et rappelaient que près de 200 personnes expulsées attendent une réponse de l'Etat. 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
logement société solidarité