Gironde : à cause des salaires trop bas, il y a de moins en moins de personnels dans les instituts du handicap

Les maisons d'accueil spécialisées prenant soin de personnes lourdement handicapées ont de plus en plus de mal à fonctionner normalement. Leurs salariés sont tentés d'aller voir ailleurs. A l'hôpital, les salaires sont largement supérieurs. Les associations réclament des revalorisations immédiates.

"Une infirmière gagne 2026 euros nets en début de carrière à l'hôpital mais chez nous, dans le médico-social, elle est payée 1365 euros nets par mois. Vous vous rendez-compte ? Comment on peut vivre et se loger avec ça dans l'agglomération de Bordeaux ?"

Georges Dupon-Lahitte ne décolère pas depuis des mois. Le président de l'Apajh Gironde, association pour adultes et jeunes handicapés, voit les effectifs de ses établissement fondre au fil des mois. 

50% du personnel parti gagner plus ailleurs

"On a perdu 50% de notre personnel ces 15 derniers mois" affirme t-il. La cause ? "Des revenus trop peu attractifs. Ca fait 15 mois que l'hôpital a bénéficié des mesures du Ségur de la Santé, les Epahd aussi y ont eu droit mais pas nous".

Résultat, les employés vont voir ailleurs. "J'ai une infirmière qui m'a annoncé qu'elle toucherait 500 euros de plus par mois à l'hôpital, elle est partie. C'est une situation extrêmement angoissante pour nous, les personnes que l'on accompagne et leurs familles".

Georges Dupon-Lahitte affirme que trois décès cette année à la maison d'accueil Le Junca de Villenave d'Ornon sont en partie liés à ce manque de personnel.

"Les soins sont bien-sûr réalisés, mais on ne peut pas les faire aussi fréquemment et aux horaires qu'il faudrait. Cela fragilise les personnes que l'on accueille, leurs organismes, car elles ont besoin d'un suivi très régulier" se désole t-il.

Une revalorisation immédiate et rétroactive

Seule solution pour stopper l'hémorragie : la revalorisation des salaires. 

Sophie Cluzel, la secrétaire d'Etat en charge du handicap, a promis "une augmentation généralisée au 1er janvier 2022. Près de 400 millions pour l'ensemble des personnels soignants accompagnants dans les établissements médico-sociaux accueillant les personnes handicapées".

183 euros nets de hausse de salaire est prévue. "Nous travaillons aussi sur la formation, les passerelles possibles, l'attractivité de ces métiers" a t-elle déclaré sur France Bleu Gironde ce lundi matin.

Mais pour George Dupon-Lahitte, il ne faut pas attendre le 1er janvier. Il demande une application immédiate et surtout rétroactive de tous les salariés. 

"Tous nos salariés doivent pouvoir bénéficier des augmentations accordées aux hôpitaux. Nos soignants mais aussi le personnel éducatif et administratif, les conventions collectives doivent fusionner" plaide -il. "D'autant qu'il devrait y avoir un Ségur 2, alors là on n'aura plus personne ! Il y aura un décalage énorme !"

Il y a urgence à agir alerte le président de l'Apajh car "la situation est alarmante".

A l'hôpital s'ils n'ont pas assez de personnel, ils ferment des lits. Nous, on ne peut pas renvoyer nos pensionnaires chez eux !

"C'est de la maltraitance, le handicap est toujours la dernière roue de la charette". 

L'Apajh et une vingtaine d'autres associations sont mobilisées depuis plusieurs mois pour alerter sur ce départ massif de leurs personnels et la dégradation des leurs services. "Le gouvernement doit prendre une mesure à la hauteur des enjeux qui sont les nôtres" écrivent-elles dans un communiqué commun.

Elles organisent une marche ce mercredi 6 octobre à Bordeaux, entre la Préfecture et l'Agence Régionale de Santé espérant, cette fois, être entendues.

Voici le reportage d'Olivier Prax et Dominique Mazères, réalisé à la Maison d'Accueil La Junca à Villenave-d'Ornon en Gironde en mai 2021 :

durée de la vidéo: 02 min 05
Handicap : les professionnels grands oubliés du Ségur de la Santé





 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
handicap société santé