Victoires de la Musique : " Un coup de projecteur énorme " pour le chanteur bordelais Chien Noir

Publié le Mis à jour le
Écrit par C.O

Il concourt dans la catégorie « Révélation masculine de l’année ». Ce vendredi 11 février, nous saurons si le chanteur originaire de Bordeaux remporte le titre. Jean Grillet avait déjà écrit pour certains artistes comme Vanessa Paradis. Mais le grand public ne le connaissait pas encore. C’est désormais chose faite.

Les chaussures sont signées Doc Martens. De grosses semelles pour des mocassins à pampilles. Elles lui font mal au pied.
« Le Bordelais est Parisien », sourit Jean. « D’habitude c’est plutôt l’inverse. C’est le Parisien qui arrive à Bordeaux. Et on n’aime pas trop ça. Mais j’ai fait l’inverse parce qu’il fallait que cela change, que ça avance ».

Le chanteur a emménagé à Paris en décembre dernier et depuis tout s’accélère. A commencer par cette nomination aux Victoires de la Musique.

Le Bordelais a donc appris à troquer ses Stan Smith pour des souliers moins confortables le temps d’une émission de télévision. Sept morceaux seulement à son actif et déjà il se démarque.
Jean Grillet est en passe de se faire un nom auprès du grand public. Pourtant, dans le milieu fermé de la musique, il était déjà connu et reconnu par ses paires.
Jean Grillet a même composé pour certains d’entre eux. L’auteur compositeur et interprète nous a embarqués avec lui dans ce marathon fait de promotion, répétitions et moments plus intimes.

 

Gérer la pression

Derrière la porte, on croirait presque à une séance de yoga. Jean apprend à dénouer son corps. Le bassin est raide. La journée va être longue, éprouvante.

Il a donc donné rendez-vous à sa professeure de chant. « Il faut arriver à retrouver ce calme, cette paix qui font toute la beauté de ses chansons quand il est seul derrière son micro », résume Carole Masseport.

Après la leçon, Jean doit partir enregistrer une émission. Il a besoin d’y partir en confiance. Carole sait trouver les mots. « Il est dans une vulnérabilité telle qu’on l’aime chez les artistes ». Elle l’aide aussi à échauffer sa voix avant la prestation.

Racines aquitaines

Jean Grillet n’a vraiment posé ses valises à Paris qu’en décembre dernier. « Dans le 19earrondissement, à côté de Belleville, un quartier très chouette » dit-il.

Jean est né à Pau puis a grandi à Bourg-sur-Gironde. Le fils et petit-fils de vigneron a d’abord passé un BTS dans le secteur. « Mes parents voulaient que j’ai un vrai diplôme ».
Puis il a vite filé au conservatoire de Bordeaux, créneau guitare. Cinq années passées à jouer avec son groupe folk, « A Call At Nausicaa », et sa troupe de théâtre, « Notoire ».

« A 30 ans j’ai rencontré Mark Daumail, le chanteur de Cocoon, et là j’ai commencé à pouvoir vivre de ma musique », raconte Jean Grillet.
Le jeune homme propose désormais une musique presque fluette loin des codes bordelais, à savoir ceux du rock.
Le journaliste de Sud Ouest Sébastien Jonathan présente les deux hommes et tout s’accélère. De fil en aiguille, Jean Grillet se met à travailler aussi avec d’autres artistes comme Cécile Cassel ( et son groupe Hollysiz) ou Vanessa Paradis pour qui il a co-écrit la musique du single « Vague à l’âme sœur ».

Vient le moment d’écrire pour lui et d’enregistrer son premier EP. « En 2020, je signais chez Naïve », ponctue l’artiste. Sept morceaux dont un repris dans une publicité pour La Redoute. Un court métrage réalisé par Géraldine Nakache. Le petit Jean tisse sa toile et son réseau.

Le chemin du succès

Aujourd’hui, il est entouré d’une manageuse et de plusieurs attachées de presse. Une nébuleuse qui le réconforte et lui donne des ailes pour filer à Paris. « C’est une belle et grande ville dans laquelle on peut se perdre. C’est une sensation formidable pour un auteur comme moi. A Bordeaux, je connaissais tout par cœur. Il fallait que ça avance. A Paris, on ne sait pas toujours où on va mettre les pieds. Avoir quelqu’un qui te tient un peu par la main et qui te dit « ça va bien se passer », ça permet d’appréhender les autres plus sereinement ». 

« On le voit se déployer », confirme Rosalia Arcidiacono, son attachée de presse chez Naïve, dans le taxi qui les mène aux studios d’enregistrement d’une émission de télévision. « Là, en ce moment, c’est un peu un marathon et cela fait plaisir de voir ce travail qui prend forme ».

A travers les vitres fumées, Jean voit défiler le paysage. Pense-t-il au moment où sa mère lui a conseillé de ne pas abandonner alors qu’il voulait tout lâcher ?
« Continue, c’est bien », l'encourageait-elle. Immeubles, puis tours, périphérique, embouteillages, sandwich. Il est en retard. L’éclair au chocolat, lourd, attendra. Sur les quais de Seine, la voiture s’arrête devant les anciens locaux de Canal +. Les répétitions pour l’enregistrement de « Culturebox, l’émission », présenté par Daphné Bürki, ont commencé. Dédale de couloirs et de talkiewalkies. Vite une balance.

Jean Grillet a déjà tout gagné. Cette nomination aux Victoires de la Musique lui permet déjà d’être invité dans ce genre d’émissions, d’être programmé sur de nombreux festivals, et de prétendre à être une tête d’affiche et non plus une « première partie ».

Les écoutes bondissent. Reste la prestation le jour J. « J’ai envie de faire de ce 11 février aux Victoires le plus beau moment possible. Je chanterai avec un orchestre. Il y a du monde « derriavec » moi ». Sa langue fourche. Tout un symbole. Jean Grillet bafouille. Il est pourtant bien concentré. En ligne de mire : la sortie de son 2eme EP en avril ou mai prochain.

Reportage ► Candice Olivari et Christel Arfel ont rencontré le chanteur bordelais chien noir nommé aux 37ème Victoires de la musique.