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Incendie mortel à Laurière : pourquoi avons-nous publié la vidéo de la maison en flamme

© France 3 Limousin
© France 3 Limousin

Jeudi 11 juillet 2019, deux enfants ont perdu la vie dans l'incendie de leur habitation à Laurière en Haute-Vienne. Nous avons publié une vidéo amateur de la maison en flamme. Certains d'entre vous ont été choqués. Explications. 

Par Hélène Abalo

C'est un terrible drame qui s'est déroulé à Laurière en Haute-Vienne dans la soirée du jeudi 11 juillet 2019. Deux enfants de 7 et 4 ans ont péri dans l'incendie de leur habitation. Au lendemain du drame, une habitante de Laurière nous a envoyé une vidéo de la maison en flamme. Nous avons publié cette vidéo sur notre page Facebook. Un certain nombre d'internautes nous ont alors immédiatement reproché d'avoir mis en ligne ces images. 

Un manque de pudeur ? 

Notre métier est d'informer. Notre média, c'est l'image, la vidéo. Chaque jour, nous diffusons sur nos supports (Télé, internet, réseaux sociaux) des informations en provenance de Haute-Vienne, de Creuse et de Corrèze... de notre territoire. L'actualité est ainsi faite qu'elle mélange dans une même journée, des événements dramatiques, tristes, enthousiastes, positifs ou joyeux. 

Chaque jour, vous êtes plusieurs milliers à regarder nos journaux télévisés, plusieurs milliers à consulter notre site internet et notre page Facebook. Nous nous exposons ainsi en toute transparence, ouverts à la critique. 

Le drame de Laurière suscite, et c'est normal, beaucoup d'émotion. 

Les faits divers sont terribles, mais ils font partie de notre vie, de notre société, de nos instants partagés.
 

Un manque de respect ? 

A aucun moment nous n'avons voulu manquer de respect à la famille ou aux victimes. Quotidiennement, nous sommes, vous et nous, exposés à des images parfois difficiles à supporter. Mais quelle réaction aurions-dû nous avoir ? Ne pas montrer cette maison en feu ? Quelle question aurions-nous dû nous poser avant de diffuser cette vidéo ? Les réactions des internautes nous interrogent mais nous avons fait ce choix. Nous l'assumons comme d'autres médias assument d'autres images. 

Avez-vous été choqués par les images publiées sur l'incendie de Paris qui a fait 10 morts en février 2019 ? Avez-vous été choqués par les images des tours du World Trade Center en septembre 2001 ? Avez-vous été choqués par les images de l'effondrement d'un immeuble à Marseille en novembre 2018 ? Choqués sans doute, émus certainement, mais fallait-il masquer la réalité des faits ? 

A France 3, nous n'avons pas l'habitude de livrer des images violentes à nos téléspectateurs ou à nos internautes. Nous sommes très vigilants quant aux respects de la vie privée, de l'intégrité des personnes. Cela n'enlève rien à la brutalité des faits mais les images ont été filmées de loin, la bande son baissée au minimum, les voix supprimées et l'article placé en lien pour la contextualisation. 


Faire prendre conscience...

Alors oui, la fumée est épaisse puis le toit s'embrase. Tout cela en très peu de temps. Quelle que soit l'origine de ce sinistre, cette vidéo nous renvoie à des accidents auxquels nous pouvons tous être confrontés un jour. Au lendemain du drame, le parquet de Limoges privilégie la thèse accidentelle.

Vous montrer ces images, c'est aussi notre rôle pédagogique. Rôle pédagogique, pas de donneur de leçons. Cela peut arriver n'importe où, à n'importe quel moment. Pour se prémunir des incendies, la loi oblige la mise en place de détecteur de fumée, il est nécessaire de mettre aux normes nos installations électriques, d'adopter des comportements de sécurité (ne pas fumer dans l'habitation, limiter les produits inflammables...).

Le prisme des réseaux sociaux

De par l'algorithme de Facebook, les personnes ayant un profil sur ce réseau social, voient apparaître un certain nombre de post sur leur fil. Ces actualités sont triées par Facebook, en fonction des centres d'intérêt de la personne, ses abonnements, en fonction aussi de la portée de la publication... L'internaute ne choisit pas ce qui tombe sur ce fil, c'est Facebook qui décide selon plusieurs critères sur lesquels d'ailleurs le réseau social reste très discret. Le fait que nous ayons publié cette vidéo sur Facebook a ému davantage car elle a été "imposée" dans le fil de plusieurs utilisateurs. 

Si le premier commentaire posté avait été bienveillant, qui peut savoir si les discussions engagées auraient été aussi virulentes à notre égard ? Il a suffi d'une personne dénonçant notre publication, pour que des centaines d'autres affluent. Ces commentaires ont, malgré eux, alimenter une polémique, provoquer un débat sur une information tragique qui ne méritait sans doute pas cette mise en cause des médias, de notre média. 

Jusqu'à ce qu'une accalmie (très relatrive) n'intervienne, par des commentaires de solidarité exprimée envers la famille des petites victimes. C'est toute la complexité des échanges, des partages, du fonctionnement même des réseaux sociaux.

L'émotion et la proximité

Nous comprenons de toutes les personnes qui se sont exprimées sur notre mur Facebook. Nous comprenons mais... Mais nous avons assuré notre mission d'information. Il ne s'agissait pas de faire le buzz, comme beaucoup d'entre eux nous le reprochent, mais d'exposer une réalité, un fait d'actualité.

L'auteure de la vidéo amateur nous a fait part de son émotion qui l'a submergée dans la soirée. Elle n'a pas pu s'approcher de la maison. Les secours avaient déjà été prévenus et à ce moment-là, tout le monde ignorait que des enfants se trouvaient à l'intérieur. L'une de nos équipes de reportage est arrivée sur place peu après et a appris, tard dans la soirée, le terrible bilan. Vous avez, nous avons, été touchés par ce drame, sans doute encore plus en raison de sa proximité, géographique d'abord, sociétale ensuite.

Soyez certains de notre compassion. Nous pensons à la famille, à cette maman qui a assisté, impuissante, à l'incendie meurtrier. 

Nous pouvons édulcorer, filtrer, masquer, mais qu'en sera-t-il alors quand ce masque sera interprété comme une censure ? Si nous supprimons cette vidéo parce qu'elle émeut, dérange, indispose, contrarie, choque, quels seront les prochains contenus que nous ne pourrons plus publier au nom d'une police éthique décidée par un certain public ? 

Nous sommes conscients qu'un tel décryptage de notre attitude est risqué. Risqué car il ouvre la boîte de Pandore, celle qui contient tous les maux de l'humanité : la colère, la passion, la folie... Risqué car à trop vouloir se justifier, c'est un peu tendre l'autre joue à la virulence. C'est risqué, mais nous le risquons. 

 


 

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