Le château du Chambon à Bersac-sur-Rivalier, rare exemple de la Renaissance en Limousin

Publié le Mis à jour le
Écrit par Isabelle Rio .

C'est une propriété privée. Mais ce week-end, les portes du château du Chambon s'ouvrent aux visiteurs pour leur permettre de découvrir l'importante restauration qui se termine. L'échafaudage de 80 tonnes qui couvre la façade depuis un an devrait descendre début septembre.

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Stratégiquement construit sur un plateau aux portes des Monts du Limousin, dans la vallée de la gartempe entre l'ardour et le rivalier, le château du Chambon est une demeure seigneuriale du XV-XVI siècle. Telle une motte féodale avec sa terrasse fortifiée et ses douves, il est en Limousin un rare exemple d'authenticité de la Renaissance.

Et c'est aujourd'hui sa renaissance qui attire l'attention. Resté dans la même famille pendant plus de cinq siècles, le dernier membre avait entrepris quelques travaux avant de vendre le château en 2001 à un couple parisien. Ces acquéreurs ont poursuivi le chantier, essentiellement des intérieurs. En 2018, ils le vendent à leur tour.

Une acquisition coup de coeur...

Un coup de coeur pour Jean-Christophe Beaulieu originaire d'Oradour-sur-Glane. Après plusieurs années d'expatriation, il se porte acquéreur avec son mari Sebastian Griese.

"Ce n'était pas vraiment ce que nous cherchions, il nous a été présenté par hasard et ça a été tout de suite un coup de foudre. Nous n'avons pas pu le visiter, nous partions à nouveau pour deux ans en Roumanie. Et c'est à notre retour, constatant qu'il était toujours en vente, que nous avons pu le visiter, il nous a attendus et là nous nous sommes lancés. J'ai toujours aimé l'histoire, les vieilles pierres, et malgré nos années à l'étranger nous sommes toujours revenus tous les ans, c'est une histoire de racines, l'envie était là" précise Jean-Christophe Beaulieu.

A l'étage du château, on y trouve cinq chambres et une enfilade de petits salons au rez-de-chaussée. "Tous les intérieurs avaient été repris, nous n'avions que nos valises à poser et à nous occuper de notre déco... mais quelques mois à peine après notre arrivée, une lucarne s'est affaissée, nous avons dû faire une étude pour évaluer les travaux"

Le diagnostic tombe et c'est la douche froide...

Jean-Christophe Beaulieu et Sebastian Griese ne s'attendaient pas aux préconisations que révèle l'étude. Ce sont des travaux de grande ampleur qu'ils leur faut envisager car c'est toute la structure du château qu'il faut revoir. Il y a en réalité d'importants désordres dans les charpentes et les maçonneries. "On a vu apparaitre des fissures et derrière un trou de 6m"

Ils se trouvent alors face à un choix : soit ils réparent, mais c'est une réparation qui s'ajoute à une autre, le temps de quelques années... soit ils se lancent dans une restauration de grande envergure afin de sauvegarder et pérenniser l'édifice, sous la maitrise d'oeuvre d'un architecte du patrimoine. C'est cette seconde option qu'ils choisissent.

Une restauration de quinze mois dans les règles de l'art...

La décision prise, tout est à faire. Tout commence par un dossier à soumettre à la DRAC pour un accompagnement au titre des Monuments Historiques. Le château du Chambon ayant conservé l'esprit d'un domaine rural de l'Ancien Régime avec une intégration exceptionnelle dans le paysage, il est inscrit au patrimoine depuis 2001.

"Nous avons eu un peu peur au début avant d'y aller, un peu d'inquiétude quand même mais finalement plus trop lorsque nous avons rencontré nos artisans, on s'est senti très rapidement en confiance" confie Jean-Christophe Beaulieu, "oui nous avons passé deux semaines un peu difficiles quand nous avons lu le résultat de l'étude diagnostique, mais une fois digéré tout ça la décision a été relativement facile à prendre car nous avons été particulièrement bien encadrés" ajoute Sebastian Griese.

L'Architecte des Bâtiments de France leur soumet la liste des artisans locaux spécialisés dans la restauration de monuments historique. Le contact passe aussitôt très bien avec l'artisan-charpentier Emile Puyberthier, de Saint-Georges-les-Landes. Formé par les Compagnons du Tour de France, il a enrichi son expérience au fil de ses interventions, notamment dans la réfection des charpentes du Château de Versailles, du château de Vincennes, des cathédrales de Sens, d'Auxerre, de Bourges, de Paris... Jean-Christophe et Sébastian mesurent alors la formidable transmission de savoir-faire en admirant le travail qu'il réalise avec ses trois collaborateurs sur la charpente en chêne, reprise poutre par poutre. Il faut en effet notamment déposer les poutres défectueuses, les remplacer à l'identique, renforcer celles qui peuvent l'être...

"Un chantier de cette nature c'est toujours un peu de stress car le défi c'est de fournir un travail nickel, techniquement irréprochable, dans les règles de l'art" confie modestement Emile Puyberthier.

Un échafaudage de 80 tonnes, posé en trois semaines, protégé au-dessus et sur les côtés, leur permet de travailler à 17 mètres de haut, chaque jour depuis un an.

La charpente restaurée, des ardoises neuves assurent désormais une étanchéité parfaite du toit pour au moins cent ans. La couverture octogonale de l'échauguette Renaissance en encorbellement, fortement endommagée par le temps et les intempéries, est également remplacée par une couverture conique dite en poivrière afin de lui restituer son aspect historique. 

Un financement participatif en ligne...

Dès leur acquisition, les propriétaires ont proposé pour la première fois dans l'histoire du Château du Chambon des visites guidées, très bien accueillies par le public. 

La lourde campagne de travaux va permettre d'augmenter la capacité d'accueil et les offres culturelles de visites.

Les travaux entrepris sont programmés sur une durée de quinze mois et bénéficient du soutien financier de l'Etat avec une subvention accordée par la DRAC. Mais le reste à charge demeure important pour les propriétaires.

Un appel aux dons est actuellement lancé en ligne par la Fondation du Patrimoine pour la sauvegarde de ce patrimoine

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