Baccalauréat 2021 : l'inégalité des chances entre les lycéens à Limoges comme ailleurs

A un mois et demi des épreuves du bac, les syndicats d'enseignants dénoncent l'inégalité des chances entre les lycéens, causée par la crise sanitaire. Et la souffrance de certains jeunes. 

Une semaine sur deux en classe à la maison
Une semaine sur deux en classe à la maison © France Lemaire

Une semaine au lycée, l'autre à la maison. Depuis le mois de novembre, Romane, élève de terminale dans un lycée de Limoges se partage entre sa classe et son bureau, chez elle.

Bac en vue

Et alors que les épreuves de spécialité prévues en mars ont été remplacées par le contrôle continu, le bac approche à grand pas, avec deux disciplines phares du nouveau cru : la philo le 17 juin, et le grand oral, à partir du 21 juin.  

"Cette épreuve est un peu stressante, on va se retouver face à un jury que l'on ne connaît pas, raconte la lycéenne. Je travaille à la maison pour bien me préparer, mais j'ai appris que dans certains lycées, dans la même filière que la mienne, les élèves ont toujours été en présentiel, ils ont donc plus d'heures de pratique que nous."

Injustice

Une injustice dénoncée, sur l'antenne de France 3 Nouvelle-Aquitaine, par Thierry Roul, le secrétaire du SNPDEN, le Syndicat National du Personnel de Direction de l'Education Nationale pour l'académie de Poitiers.  "Je ne peux que constater que pas un seul élève de terminale ou de BTS dans ce pays n'a eu le même programme, la même continuité d'enseignement qu'un autre élève."

Il y a une rupture de l'égalité

Thierry Roul, syndicat des personnels de direction de l'éducation nationale

Thierry Roul ©France Télévisions

 

Différences de traitement

A  Limoges, les élèves de première et terminale du lycée Valadon, retournent en cours en classe entière dès ce lundi 3 mai, en raison de la place laissée par l'absence des élèves de BTS. Au lycée Dautry, le rythme est inchangé : une semaine à la maison, une semaine en classe en demi-groupe. Au lycée Renoir, les élèves ont cours en classe deux semaines, et la troisième, ils restent à la maison. A Limosin, c'est un jour sur deux.

"Le problème, c'est que le Ministre de l'Education Nationale n'a pas donné de cadre pour réduire les jauges dans les lycées, explique Patrice Arnoux, co-secrétaire du SNES-FSU pour l'Académie de Limoges. C'est ainsi qu'au lycée Raymond Loewy, à La Souterraine, les élèves sont toujours allés en classe, en raison de la taille de l'établissement. Même chose au lycée Edmond Perrier de Tulle. Les inégalités se sont creusées."

Des inégalités qui pourraient se révéler lors de la fameuse épreuve du Grand Oral. Le syndicat demande son ajournement, et un aménagement des épreuves de philo et de français. "Il faudrait multiplier les sujets pour laisser plus de chances aux jeunes d'avoir des connaissances sur au moins un thème". 

Des jeunes partagés

"Travailler une semaine à la maison ne me dérange pas, explique Maude, en classe de première. Je me sers du manuel scolaire pour approfondir les matières." Sa mère le reconnaît, Maude est une élève motivée.

Elle a créé un groupe de travail avec des copains de sa classe pour s'entraider quand chacun se retrouve seul devant ses livres de cours à la maison. "Ca permet de garder la confiance", explique le père de Cléa, une autre lycéenne du groupe.

L'écrit du bac "français" le 17 juin
L'écrit du bac "français" le 17 juin © France Lemaire

Nathalie, elle, ne reconnait pas son fils. Il a toujours été bon élève. Aujourd'hui, il perd pied. Dans un mois et demi, il y a le bac français, "il est démotivé, il en a pleuré, raconte cette mère de famille, gagnée par la colère. Il ne se sent pas du tout prêt pour son épreuve." Nathalie ne comprend pas pourquoi certains élèves dans des lycées ont eu des cours en visio alors que son fils est seul face à son écran d'ordinateur une semaine sur deux. "J'ai l'impression qu'il a appris la moitié du programme," s'attriste-t-elle. 

C'est aussi le constat de Laurent Buchet, le président de la FCPE (les parents d'élèves), du lycée Gay-Lussac. "Dans tous les cours, il y a un très grand retard sur les programmes, explique-t-il. Nous avons beaucoup de messages de parents inquiets. Ils nous parlent de l'anxiété, des crises de larmes de leurs enfants." Des jeunes angoissés par ce qu'ils vivent au quotidien. Certains redoutent déjà l'après. 

 

 

 

 

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