Journée mondiale des abeilles : Un nouvel étiquetage du miel pour plus de traçabilité

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Écrit par Antoine Jegat et Noa Thomas

Près de 70 % du miel consommé en France est importé, mais, sur les étiquettes il est souvent presque impossible de connaitre la provenance du précieux nectar. Pourtant, cette mention va devenir obligatoire au premier juillet pour tous les miels mélangés conditionnés en France .

C'est une mesure que nombre d'apiculteurs français attendaient. À partir du premier juillet, les étiquettes des miels mis en pot sur le territoire national devront faire apparaître clairement "les pays d'origines où le miel a été récolté" . 

Améliorer la traçabilité

Actuellement, la provenance du miel doit d'ores et déjà être indiquée sur son pot. Problème, ce n'est plus le cas lorsque plusieurs miels de différents pays sont mélangés lors de leur conditionnement en France.

Dans ce cas de figure, seule la mention "Mélange de miels originaires de l’UE", "Mélange de miels non-originaires de l’UE" ou encore "Mélange de miels originaires et non originaires de l’UE" apparaît. Alors, pour Jacques Robert, animateur à l'UFC Que Choisir de la Haute-Vienne, ce décret est "une avancée particulièrement attendue parce que la réglementation européenne actuelle est très laxiste."

C'est d'ailleurs pour revenir sur ces dénominations jugées trop vagues que, depuis plus de quatre ans, l'association et l'Union National de l’Apiculture Française (UNAF), mènent ce combat en commun. "C'est comme s'il était indiqué provenance monde" complète Simon Goutier, président du syndicat des apiculteurs du Limousin

Connaitre la composition exacte

En outre, le décret voté début avril prévoit également de "présenter la liste des pays d’origine par ordre pondéral décroissant ". C'est-à-dire que chaque miel qui compose le pot devra apparaître sur l'étiquette dans l'ordre d'importance. "Normalement, sur n'importe quelle étiquette, le premier produit est celui le plus important dans composition, ici ce sera pareil ", se réjouit Jacques Robert. 

Il souligne aussi l'instrumentalisation de l'utilisation des symboles français sur certains emballages.

80 % des consommateurs pensent, à tort, consommer du miel français alors qu’il s’agit le plus souvent de mélanges provenant de différents pays.

Jacques Robert, UFC que choisir de la Haute-Vienne

70% du miel consommé est importé 

Avec une consommation annuelle avoisinant les 50 000 tonnes de miel, la production française ne peut couvrir la demande nationale. Ainsi, près des trois quarts du miel commercialisé sur le territoire vient de l'étranger. Une tendance plus que jamais d'actualité lorsqu'on sait que les volumes de miel importés ont augmenté de 36 % entre 2010 et 2020, selon le bilan de campagne miel 2020 réalisé par FranceAgriMer.

Parmi ces importations, cinq principaux fournisseurs se distinguent pour l'année 2020 : l'Espagne, l'Ukraine, l'Argentine, l'Allemagne et enfin la Chine.  

 

Un argument de vente pour les producteurs français

En Nouvelle-Aquitaine, quatrième région productrice de miel en France, les apiculteurs comptent bien donc se distinguer de la concurrence grâce à ce nouveau décret et faire de la production locale un véritable argument de vente. Pour le miel français commercialisé en grandes surfaces "les consommateurs ont besoin de savoir d’où vient le produit pour avoir une action sur leur consommation", analyse Simon Goutier. 

Quentin Bouyat, apiculteur à Saint-Sulpice-les-Feuilles (87), n’a pas attendu la loi pour mettre en avant le drapeau tricolore sur ses pots. Bientôt, il devra y ajouter la mention "récolté en France".

Le local a le vent en poupe, donc le fait d'avoir des dénominations claires, on ne peut que s'en réjouir ! 

Quentin Bouyat, apiculteur à Saint-Sulpice-les-Feuilles (87)

Pour lui, ce nouveau cadre légal va aussi permettre aux consommateurs de mieux comprendre les différences de prix entre les miels commercialisés, "car les coûts de production sont quatre fois moindre dans des pays Sud Américains ou de l'Est de l'Europe".   

Si cet apiculteur a déjà anticipé la mesure pour être dans les clous dès cet été... Ce n'est pas toujours le cas. Sur le marché de la place Marceau à Limoges, Eric Chabroullet, lui aussi Apiculteur, pense surtout à la contrainte technique que représente ce nouveau décret : "Pourquoi nous faire jeter toutes les étiquettes qu’on a fait pour aller encore réimprimer des étiquettes", fait-il remarquer. Sur son pot, le code postal de la commune et son nom sont pourtant bel et bien visibles, mais il devra ajouter à cela "Produit en France". Pour lui, cela revient donc surtout à un coup supplémentaire alors que " la carte d’identité de mon miel, c'est les monts d'Ambazac ! "

En effet, si les miels conditionnés avant le mois de juillet pourront être vendus avec leurs anciennes étiquettes jusqu'en décembre 2022, " dans le limousin, la plus grosse miellée est celle de châtaignier qui sera mis en pot a partir du 15 août environ", précise le président du syndicat des apiculteurs du limousin. Il faudra donc avoir un étiquetage actualisé à cette date.  

Un autre combat à mener à l'échelle européenne

Cependant, l'UFC Que Choisir et les syndicats d'apiculteurs pointent une limite à ce nouveau décret au niveau, cette fois, de la législation européenne : les miels conditionnés hors France n'y seront pas soumis.

C'est une sorte de concurrence déloyale

Simon Goutier, Président du syndicat des apiculteurs du Limousin

Jacques Robert, lui, espère que la présidence de la France au Conseil de l'Union européenne va changer la donne et permettra de "faire son miel auprès des institutions".