Les professionnels de la santé et de l'action sociale dans la rue à Limoges

Publié le Mis à jour le
Écrit par Gwenola Bériou
Environ 300 professionnels de la santé et du social ont manifesté à Limoges, ce mardi 11 janvier.
Environ 300 professionnels de la santé et du social ont manifesté à Limoges, ce mardi 11 janvier. © Gwenola Bériou

A l’appel de la CGT, environ 300 personnes des secteurs de la santé, du médico-social et du social ont manifesté ce mardi 11 janvier à Limoges pour réclamer de meilleures conditions de travail et une revalorisation salariale.

Epuisés par les différentes vagues du Covid, confrontés à la surcharge de travail et au manque de personnel, les professionnels de la santé mais aussi du secteur de l’action sociale ont manifesté ce mardi matin à Limoges, entre le carrefour Tourny et le conseil départemental.

Au cœur des revendications : les conditions de travail, encore dégradées avec la crise sanitaire, et les salaires trop bas qui ne permettent pas de recruter le personnel nécessaire.

Une petite dizaine d’infirmiers du CH Esquirol, travaillant dans une unité qui accueille des personnes anxiodépressives, ont rejoint le cortège ce matin.
Sur leur pancarte, on peut lire « Toujours plus profond dans la M… ». Ils décrivent des conditions de travail qui se dégradent d’année en année : « Il y a 3 ans, nous avions trois unités pour accueillir les anxio-dépressifs, avec 90 lits. Aujourd’hui, ces unités ont été fusionnées en une seule, il reste 30 lits. Quand les urgences nous appellent pour prendre en charge une personne suicidaire, nous sommes obligés de leur répondre que nous n’avons plus de place ! », explique Michaël, l’un des infirmiers, « Il faut faire toujours plus avec moins. C’est le sens du soin qui se perd, quand on est 3 personnels pour s’occuper de 30 patients ».

« Il y a 20 ans, nous avions 250 lits pour des personnes âgées à Esquirol. Aujourd’hui, il en reste 35 », rajoute Patrice Bossoudrot, l’un de ses collègues, « Et les structures médico-sociales susceptibles d’accueillir ces gens n’existent pas ! C’est une perte de temps et de chances pour beaucoup de monde. »


Un peu plus loin, Stéphane Ledormand manifeste lui aussi. Cet ancien salarié de GM&S est aide-soignant au CHU de Limoges depuis un peu plus de deux ans. En bas de la grille salariale.
« Le salaire de base, c’est 1500,13€, auxquels s’ajoutent les 183€ de la prime Ségur mais c’est un complément de traitement indiciaire, ce n’est pas compris dans le salaire brut. Or je travaille un week-end sur deux, et les jours fériés. Le dimanche, on reçoit une prime de 47€. Oui, je trouve que c’est peu. Les salaires ne sont pas suffisamment attractifs, alors qu’il y a un manque de personnel criant ».

Parmi les salaires les plus bas d'Europe

Selon le secrétaire général de la CGT à l’hôpital de Saint-Junien, la France se situe au 23e rang sur 33 pays européens en ce qui concerne les salaires dans le milieu de la santé : « Il y a une fuite de certains personnels vers l’étranger, où les conditions de travail sont meilleures. Par exemple en Suisse, dans un service de chirurgie obstétrique, un soignant s’occupe de 3 ou 4 patients et est payé le double de la France où on doit gérer 15 patients », explique Didier Lekiefs.
Le syndicaliste souligne par ailleurs qu’à l’hôpital, les trois quarts du personnel ne sont pas éligibles pour la prime Ségur : les administratifs, logisticiens, techniciens, contractuels, agents de service hospitalier « qui sont les plus bas salaires et font le travail des aides soignants que l’on n’arrive plus à recruter à l’hôpital », précise-t-il.

Une prime discriminante ?

La prime Ségur de 183€ cristallise aussi les incompréhensions dans le secteur du social, où beaucoup de professionnels sont exclus du dispositif.

Romane Fanton est éducatrice pour des adultes atteints d’autisme au sein de l’APAJH 87. Elle ne comprend pas ce qu’elle juge être une discrimination : « Pendant tous les confinements, nous avons continué à travailler, sinon les familles se seraient retrouvées à gérer des troubles graves du comportement à domicile, ça aurait été de la non assistance à personne en danger. Alors pourquoi n’a-t-on pas le droit au Ségur ? »

Venues entre collègues, ces travailleuses sociales de l’UDAF 87 qui accompagnent des familles en situation de vulnérabilité, ne comprennent pas non plus pourquoi elles ne touchent pas la prime Covid : « Les travailleurs sociaux qui travaillent dans le secteur public y ont droit, mais pas nous car nous sommes une structure privée, qui fonctionne pourtant avec un financement public. Pourquoi ces différences alors même qu’on prévoit de fusionner nos conventions collectives ? Pour aller vers le moins disant bien sûr : suppression des jours de carence, des congés trimestriels, des congés d’ancienneté, et des échelons qui permettent de faire évoluer les salaires, déjà bien bas », s’interroge Cécile Barbe.

Deux ans après le début de l’épidémie de Covid-19, les tensions s’accumulent dans ces secteurs en première ligne. Au bord de l’implosion…

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