Limoges : des entreprises en tension recherchent de futurs alternants

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Écrit par Lauryane Arzel

Pour combler les postes vacants dans des filières professionnelles en tension, une des stratégies possibles pour les entreprises est le recrutement en alternance. Un moyen de faire découvrir la réalité du métier tout en prévoyant les besoins sur le long terme.

Recruter des jeunes dès le début de leur formation pour assurer les besoins futurs : c'est la stratégie adoptée dans plusieurs secteurs professionnels en tension. Parmi eux, il y a les métiers de bouche, la coiffure et l'automobile. Une opération inédite a d'ailleurs été organisée récemment au CFA Le Moulin Rabaud à Limoges (Haute-Vienne). Une vingtaine d'entreprises étaient présentes pour y recruter leurs futurs apprentis.

Faciliter la rencontre entre candidats et recruteurs

Alan Fenet est élève en terminale générale. Pour le baccalauréat, il a choisi les spécialités physique-chimie et sciences de la vie et de la terre. Mais l'année prochaine, il change de cap : il souhaite s'orienter vers l'alternance dans la filière automobile. "Au départ, je ne savais pas vers quoi m'orienter", explique le lycéen. "L'automobile est une passion, et donc autant en faire mon métier.

S'il était recruté en alternance, Alan pourrait alors entamer un baccalauréat professionnel en trois ans. Et pourquoi pas, poursuivre ses études avec un BTS (Brevet de technicien supérieur) en deux ans. Les études supérieures sont un bon moyen pour se spécialiser et acquérir des compétences plus étendues, indispensables pour évoluer.

"Notre objectif, c'est aussi d'attirer sur du bac et du post-bac, et pas seulement sur le premier niveau de formation", ajoute Delphine Saiveau, directrice du CFA Le Moulin Rabaud. Il faut répondre à une tension conjoncturelle, c'est-à-dire les difficultés actuelles de recrutement, tout en prévoyant les futurs besoins de la filière.

"Il y a une nécessité de communiquer sur les métiers en tension, de montrer que les entreprises ont de vrais projets d'embauche", résume Delphine Saiveau. "Notre CFA est un des points de rencontre possibles entre les deux parties. C'est vital pour nous, on est dans une mission d'emploi futur." 

Au CFA Le Moulin Rabaud, la filière automobile fait le plein : elle compte cette année 250 apprentis. Le nombre de contrats signés a même augmenté de 40% en cinq ans.  "Ce sont des métiers porteurs d'emplois et de projets professionnels", ajoute-t-elle. "Il faut aussi communiquer vis-à-vis des familles sur l'intérêt de ces formations et de l'apprentissage."

Garder en poste les jeunes formés dans l'entreprise

D'après une étude de l'Observatoire des métiers des services de l'automobile, les aides gouvernementales avaient permis, pendant le confinement de 2020, de maintenir le nombre d'emplois en poste. Cependant, le document indique que "la forte reprise de 2021 s'est accompagnée de plusieurs freins : l’incertitude quant à l’évolution de l’épidémie, les problèmes d’approvisionnement et les difficultés de recrutement."

34% des entreprises signalent d'ailleurs des difficultés importantes à pouvoir les postes vacants. Le recrutement d'alternants apparaît alors comme la principale voie d'accès aux différents métiers de la filière. Les effectifs d'alternants ont progressé de 9,3% lors de la dernière rentrée scolaire, au niveau national. Un chiffre en hausse pour la septième année consécutive. Cette année, 36 951 jeunes sont en alternance dans des entreprises de ce secteur. 

Problème : il faut parvenir à retenir les jeunes à l'issue de leur contrat d'alternance. 64 % des apprentis trouvent un emploi six mois après la fin de leur formation. Face aux besoins criants de recrutement, certaines entreprises n'hésitent pas à augmenter les salaires. Un argument supplémentaire qui ne facilite pourtant pas la stabilisation des effectifs.

Redorer l'image de la filière

La filière automobile pâtit en fait d'un déficit d'image. Finie l'image d'Epinal du mécano les mains dans le cambouis : les métiers de l'automobile demandent un niveau de compétence de plus en plus élevé. Le déploiement des véhicules électriques exigera, par exemple, de savoir prendre en charge des batteries. A cela s'ajoutent entre autres l'évolution de la réglementation, notamment en matière environnementale, et la numérisation de certaines activités. Ces changements impliquent chez les alternants une acquisition régulière de nouvelles compétences.

On recherche une dizaine d'apprentis, en carrosserie et mécanique, du CAP, au bac pro, au BTS.

Olivier Bourbon, directeur Après-vente du groupe Péricaud

Le groupe Péricaud est présent en Limousin, en Poitou-Charentes et en Dordogne. Dans la concession située au nord de Limoges, sept salariés travaillent dans les ateliers. Il en faudrait presque le double. Il manque des techniciens et des mécaniciens, spécialisés en entretien rapide, en mécanique lourde et également des mécaniciens-techniciens. Des postes sont aussi à pourvoir dans la partie de l'atelier dédiée à la carrosserie.

"C'est un métier qui a été complètement dépoussiéré : les garages sont lumineux et chauffés, le cadre de vie est sympathique, nous n'avons pas à rougir de nos rémunérations" : autant d'avantage énumérés par Olivier Bourbon, directeur après-vente du groupe Péricaud.

Le jobdating organisé au CFA Le Moulin Rabaud était donc une opportunité à saisir pour remplacer les départs à la retraite et assurer la stabilité des équipes. "Aujourd'hui, on ressent un petit renouveau, et on devait être présent aujourd'hui au CFA", résume Olivier Bourbon. "Cette journée est un succès, nous allons continuer à chercher."