Limoges : la réserve d’eau potable de la Crouzille est-elle toujours radioactive ?

D’importants travaux ont été effectués ces dernières années pour limiter la radioactivité dans cette importante réserve d’eau potable au nord de Limoges. Mais certaines questions se posent encore. 

La réserve d'eau de la Crouzille
La réserve d'eau de la Crouzille © F3 Limousin / André Abalo

En février 2009, l’émission de France 3 “Pièces à convictions” a mis le doigt sur un dossier très sensible pour les habitants de Limoges et de sa périphérie. La qualité de l’eau potable était à l’époque douteuse en raison de la proximité d’anciens sites d’extraction d’uranium. L’eau ingérée par les limougeauds était-elle radioactive ? 

La réserve d'eau potable de l'étang de la Crouzille, avec d'anciens sites d'extraction d'uranium tout autour
La réserve d'eau potable de l'étang de la Crouzille, avec d'anciens sites d'extraction d'uranium tout autour © IRSN

 

Etat des lieux 

En 1999, 37% de cette eau provenait de l’étang de la Crouzille. Entre 2002 et 2004, ce pourcentage est passé à 10%. Cette réduction a été décidée à la suite d’une évaluation de la direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DASS) qui a constaté que l’étang de la Crouzille était responsable de 60% de la dose annuelle de radioactivité ingérée par le consommateur d’eau.  

Orano, ex Areva, ex Cogema, est la société minière qui a exploité des mines d’uranium pendant 50 ans en Haute-Vienne. Elle a été sommée de réaliser des travaux par l’Etat. 

 

Eliminer la radioactivité 

Pour cela, 50 000 m³ de boues radioactives ont été retirées de la réserve d’eau.  Ces radioéléments sont arrivés par ruissellement ou par l’intermédiaire des ruisseaux qui alimentent la Crouzille. 

Alors entre 2012 et 2014, Orano a détourné le lit des 3 ruisseaux qui arrivent dans l’étang : Les Sagnes, Chabanne et Henriette. Ils passaient auparavant par les anciennes mines ou carrières où ils se chargeaient en radioactivité.  

En 2017, un bassin de traitement passif utilisant les propriétés naturelles de la tourbe a été mis en service pour fixer les radioéléments provenant des eaux de ruissellement. Ces eaux sont ensuite rejetées en aval de l’étang de la Crouzille. 

Avant cela, il n’y avait pas vraiment de problème puisque nous rejetions un maximum de 30 microgrammes d’uranium par litre d’eau dans la Crouzille. C’est la limite fixée par l’organisation mondiale de la santé. Mais nos travaux ont donné de vrais résultats : aujourd’hui, nous rejetons un maximum de 5 microgrammes par litre. 

Damien Chaillou, responsable des travaux après-mines d’Orano 

 

Marie Crouzelon, directrice de l’assainissement pour Limoges métropole, nous confirme que l’eau potable ingérée par les habitants est “très en deçà de la norme de surveillance”.  

Reste qu’elle provient de 5 retenues différentes. En 2020, 15 % du volume venait de la Crouzille contre près de 40% à la fin des années 90. Pourquoi les vannes n’ont-elles pas été rouvertes après les travaux ? Personne n’a pu répondre à cette question. 

En compagnie des représentants de la société Orano près du ruisseau des Sagnes
En compagnie des représentants de la société Orano près du ruisseau des Sagnes © F3 Limousin / André Abalo

 

Les associations très critiques 

La Criirad, seul laboratoire français indépendant de mesure de la radioactivité, affirme que les travaux n’ont pas été totalement effectués par Orano. Le 30 mars 2021, Bruno Chareyron, directeur du laboratoire scientifique de cette association, a effectué des mesures dans le vallon du ruisseau des Sagnes entre son entrée dans l’étang de la Crouzille et la digue prévue pour le barrer et créer une zone humide artificielle. 

Les mesures réalisées dans ce secteur ont montré un taux de radiation plus de 10 fois supérieur à la normale en de nombreux points au contact des sols contaminés par les dépôts de radionucléides datant de la période d’exploitation des mines d’uranium. Cette contamination peut donc contribuer encore actuellement à un transfert d’éléments radioactifs vers l’étang de la Crouzille. 

Bruno Chareyron, directeur du laboratoire scientifique de la Criirad 

 

Bruno Chareyron ajoute que les verses à stériles radioactives n’ont pas été imperméabilisées et que cela peut avoir un impact sur le milieu aquatique. Emilie Rabeteau, vice-présidente de Limoges métropole chargée de la biodiversité, assure que si tel est le cas, elle agira en conséquence.

Enfin pour Antoine Gatet, juriste à l’association Source et rivière du Limousin, “Buser un cours d’eau, c’est le détruire sur des linéaires très importants, alors c’est un peu simpliste. Et ça ne règle pas le problème à la source. Il aurait fallu décontaminer les verses à stériles radioactifs”. 

A cela, Orano réponds que “l’enlèvement des stériles aurait généré des travaux gigantesques qui n’auraient eu aucun sens d’un point de vue écologique.” D’après Damien Chaillou, “On n'est pas sûrs que ça aurait été aussi efficace que ce qu’on a mis en œuvre.” 

A l’heure où Limoges métropole souhaite intégrer le réseau mondial “Water Sensitive Cities”, le problème de la radioactivité et de son impact sur l’eau potable semble toujours d’actualité. 

Bruno Chareyron, directeur du laboratoire scientifique de la Criirad, en compagnie d'Antoine Gatet, juriste à Sources et rivières du Limousin.
Bruno Chareyron, directeur du laboratoire scientifique de la Criirad, en compagnie d'Antoine Gatet, juriste à Sources et rivières du Limousin. © F3 Limousin / André Abalo

 

 

Reportage : Franck Petit, André Abalo, Annaick Demars, Jean Claude Dyvrande, Sébastien Bugeaud

Intervenants : Damien Chaillou, responsable des travaux après mines Orano ; Antoine Gatet , association Sources et rivières du Limousin ; Marie Crouzoulon, directrice de l’Assainissement Limoges Métropole ; Bruno Chareyron, directeur du laboratoire scientifique de la CRIIRAD.

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