Limoges : une collégienne nonvoyante lauréate d'un concours national de braille

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Écrit par Colyne Rongere

Domitille Morin, jeune limougeaude de 12 ans a perdu totalement la vue lorsqu'elle avait 18 mois. Lundi 13 décembre, elle a reçu le 1e prix de la 26e édition du concours national de braille "Le Poinçon Magique". Portrait.

Lundi 13 décembre 2021, Domitille Morin, jeune collégienne limougeaude a reçu le 1e prix du concours national de braille, "Le Poinçon Magique" dans la catégorie Braille intégrale Juniors.

La jeune fille a passé ce concours le 13 octobre dernier. Au programme, une dictée en braille.

De l'esprit, de l'humour et de l'amour

Aujourd'hui, Domitille est une excellente élève en classe de 4e. Pourtant à ses 18 mois, elle perd totalement la vue suite à un cancer de la rétine.

Depuis toujours, elle fait de sa singularité, une véritable force, "je suis comme les autres, c'est juste que j'ai un truc un peu différent mais à part ça, je ne vois pas la différence", confie la jeune fille.

A 12 ans, elle a toujours eu une immense soif d'apprendre. Elle a appris à jouer du violon pendant 4 ans, fait du scoutisme depuis 3 ans et depuis peu elle s'essaie à la comédie musicale. Diagnostiquée autiste asperger l'an passé, Domitille cumule les passions. Ses sujets préférés : la mythologie et la famille royale britannique.

Pour mieux se renseigner sur le monde qui l'entoure, elle utilise des technologies adaptées, "sur mon téléphone j'ai une synthèse vocale qui lit ce qu'il y a écrit sur l'écran, et sinon je vais sur mon ordinateur en braille et je lis ce qu'il y a sur internet en braille". explique-t-elle avant de nous montrer comment fonctionne son ordinateur.

"Les touches elles sont ici, il y en a 8, et c'est sur le texte en braille ici, en bas, que ça ressort." 

Si Domitille passe une grande partie de son temps sur son ordinateur, elle lit aussi le braille dans des livres. Un exercice quotidien depuis ses 4 ans qui lui a permis de remporter son premier concours national, celui du Poinçon Magique.

Sa mère, son binôme

Une victoire supplémentaire qu'elle partage avec son pilier, sa maman qui l'élève seule. "Elle est Domitille avant d'être aveugle, ça il ne faut pas l'oublier. Dans le handicap on a tendance à toujours dire "Ah, c'est l'aveugle, il est sourd", non. Elle est Domitille, elle est une jeune fille avant tout, avec les mêmes envies que les autres", confie Caroline Chabaud, sa maman.

L'annonce de la cécité de sa fille a été un chamboulement pour cette ancienne pharmacienne. Elle s'adapte au quotidien. "Bien sûr, tout est plus compliqué, pour accéder à certaines choses. Elle ne s'en rend pas forcément compte mais pour moi, cela demande de mettre en place des stratégies toujours un peu fatigantes, mais ça vaut le coût".

L'association Mes Mains en Or

Il y a dix ans, lorsque le diagnostic tombe, Caroline monte l'association Mes Mains en Or. Son but : ouvrir la lecture aux enfants malvoyants et nonvoyants en leur proposant des livres en braille. "Tous les livres sont créés avec des images tactiles pensées pour les enfants aveugles, du texte en gros caractère et du texte en braille", le tout sur une même page pour partager la lecture entre voyants et non-voyants.

L'association compte maintenant 5 salariés et une vingtaine de bénévoles, autant de petites mains au destin lié à celui de la jeune Domitille. "Quand elle a perdu la vue, j'ai très vite eu envie de tout savoir, pour comprendre son monde et d'une certaine manière, c'est moi qui ai créé l'association et qui écris les livres mais j'ai l'impression que c'est elle mon moteur", explique humblement la mère de la jeune fille.

Encore aujourd'hui, peu d'initiatives sont prises pour aider les enfants atteints de cécité. L'association Mes Mains en Or compte aujourd'hui sur les dons et les mécénats pour faire perdurer son activité.

Cette symbiose mère-fille, l'histoire d'une vie, une histoire d'amour avant tout.

Le concours Le Poinçon Magique

Organisé depuis 1995 par l'association Valentin Haüy, ce concours est ouvert gratuitement à toute personne, voyante, malvoyante ou aveugle capable de comprendre le braille intégral ou abrégé. Son barème est bien précis : les fautes d'orthographe, de braille, d'abrégé et de présentation comptent pour la note finale.

Pour Pascal Gaillard, le président de l’association Valentin Haüy, le premier prix remporté par Domitille Morin apporte "de la fierté, c’est une belle consécration".