Pas d’ophtalmo ce vendredi à la polyclinique de Limoges

Publié le Mis à jour le
Écrit par Léa Broquerie et François Clapeau
Comme partout en France, l'activité des ophtalmologistes de la polyclinique de Limoges sera très perturbée ce vendredi 22 octobre.
Comme partout en France, l'activité des ophtalmologistes de la polyclinique de Limoges sera très perturbée ce vendredi 22 octobre. © France 3 Limousin

Ils protestent contre un article du projet de loi de financement de la sécurité sociale qui autorise les orthoptistes à prescrire des lunettes. Les urgences seront assurées.

C’est l’une des mesures marquantes du projet de loi de financement de la sécurité sociale 2022 pour permettre un accès plus simple aux soins visuels : les orthoptistes pourront réaliser, sans ordonnance, des bilans visuels simples et prescrire des lunettes ou des lentilles de contact.

Réduire les délais d'attente

Les orthoptistes ne sont pas médecins, mais ils peuvent réaliser des dépistages, faire de la rééducation, ou des explorations de la fonction visuelle. En leur donnant plus de responsabilités, l’objectif du gouvernement est de réduire les délais d’attente pour un rendez-vous chez l’ophtalmologiste ; un problème particulièrement saillant dans notre région.

Levée de boucliers

Mais cette évolution provoque une levée de bouclier chez les ophtalmologistes, partout en France et notamment à Limoges. 

Selon le docteur Yohan Benayoun, ophtalmologiste à la polyclinique de Limoges, le problème des délais ne sera pas résolu : "Cette loi va donner le droit de prescription à des auxiliaires de santé qui travaillent dans nos cabinets et qui nous aident dans les consultations. (…) On s’aperçoit que si on donne la prescription aux orthoptistes qui vont consacrer leur temps à la prescription de lunettes, nous, on n’aura plus d’aide dans nos cabinets, et on va être contraint d’augmenter nos délais."

Le médecin souligne une situation démographique des orthoptistes déjà tendue : "Le nombre d’orthoptistes n’est pas suffisant pour améliorer les délais dans les zones sous-dotés en ophtalmologues. En Limousin, là où il manque des ophtalmologues, il manque aussi d’orthoptistes."

Questions sur le dépistage

Autre inquiétude des ophtalmologistes : le dépistage des maladies de l’œil. 

Pour le docteur Laurent Hugé, ophtalmologiste à la polyclinique de Limoges, "le risque qu’un orthoptiste travaille sans supervision médicale, c’est que les lunettes soient faites, mais que tout ce qui est dépistage des pathologies médicales ne soit pas fait, et que le patient soit faussement rassuré." 

Yohan Benayoun ajoute : "20% des patients porteurs de maladies ophtalmologiques ont une acuité visuelle strictement normale. Avec un simple contrôle visuel, on peut louper des maladies."

Réorientation ?

Du côté des orthoptistes, la vision du sujet n’est forcément pas tout à fait la même. 

Julien Baptistes est orthoptiste à la polyclinique. Il relativise : "Il faut qu’on accepte nos limites, nous ne sommes pas médecins et je pense que c’est important d’avoir recours aux médecins. Après, une paire de lunettes, on peut la faire tout seul. Un orthoptiste bien équipé peut déceler beaucoup de choses et peut réorienter vers un médecin."

Ce vendredi 22 octobre, en signe de protestation, l’activité des ophtalmologistes à la polyclinique de Limoges sera fortement réduite.

Le projet de loi de financement de la sécurité sociale 2022 est examiné à l’Assemblée nationale depuis ce mercredi 19 octobre. Après un passage au Sénat, il doit être promulgué avant la fin de l’année.

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