Théâtre : Label d’intérêt national, le théâtre du cloître présente sa saison 2022-23 sur fond de crise des lieux culturels

Publié le Mis à jour le
Écrit par Nassuf Djailani .

Le théâtre du cloître de Bellac vient de présenter sa saison 2022-2023 avec une belle surprise, celle de la signature d’une convention garantissant les finances. Mais un climat de défiance envers les lieux culturels notamment en zone rurale inquiète.

« Ça va pas trop mal » sourit le jeune directeur de la scène conventionnée de Bellac à l’issue de la présentation de la saison 2022-2023. Et pour cause « on vient de signer cette convention qui nous garantit une certaine sérénité pour les 4 années à venir », se rassure Thomas Desmaison. La structure bénéficie du soutien pluriannuel de la ville, de la communauté de communes, du département, de la région Nouvelle Aquitaine mais aussi de l’Etat. Le soutien financier court jusqu’en 2025, c’est l’aboutissement de deux années de négociations sur les bases du projet écrit par le nouveau directeur.

 

« Depuis février 2015, écrit-il sur le site de la structure, le Théâtre du Cloître développe un projet en dialogue avec le territoire du Haut-Limousin et ses habitants. Pour cela, l’équipe met en place deux missions complémentaires : l’accompagnement des artistes et des œuvres sur le territoire du Pays du Haut-Limousin, et l'association des personnes à toutes les étapes des processus de création ». 

 

La vie du théâtre de Bellac, n’a pas toujours été un long fleuve tranquille avec des hauts et des bas. « A Bellac, on représente une petite éclaircie sur le plan culturel », confie Thomas Desmaison, mais au même que de nombreuses collectivités, l’heure est aux économies et à ce titre il n’y a pas de petites économie. « La ville est au bord de la faillite, on a subi une perte financière de 100.000 euros, sur deux saisons, mais il faut admettre aussi que le maire s’est engagé à continuer de nous soutenir », reconnait le directeur. « Il reconnait notre valeur, tout en disant qu’on lui coûte trop cher », ajoute-t-il dans un rire jaune. « On dialogue, mais on commence à s’inquiéter des capacités de la ville à continuer de nous suivre sur le long terme ».

 

Vigilance

 

« Le contexte n’est pas harmonieux, poursuit Thomas Desmaison, car la culture est le parent pauvre des budgets des collectivités, il y a donc des alertes, et il faut être vigilants ».

 

Avec le statut de Label d’intérêt national dont jouit désormais la scène conventionnée de Bellac, « nous avons des assurances mais des craintes sur la survie de la culture en zone rurale existent », tempère l’homme de théâtre. Mais il y a un climat de défiance qu’il ressent de plus en plus.

« Dans nos campagnes, il est fréquent d’entendre des élus s’en prendre, à ce qu’on fait. On est dans une dimension préfasciste, donc il faut rester en alerte. Car beaucoup considèrent nos lieux de cultures comme des choses obsolètes, insignifiantes ». Il rappelle que seul 30% du budget de la structure va à la masse salariale, le reste, c’est de la création.

Des signaux inquiétants

 

« Il se trouve qu’à trente minutes de Bellac il y a La Mégisserie de Saint-Junien, dont le directeur vient d’être débarqué, se souvient le directeur du Cloître. Malheureusement, il y a tout ce qui se passe à la mairie de Limoges, avec la casse de la quasi-totalité des centres culturels qui sont en train de mourir, on peut craindre le pire » accuse-t-il. « Expression 7 est en train de souffrir, alors qu’on travaille régulièrement avec eux. Ce qui leur arrive est inadmissible » regrette Thomas Desmaison.

 

Heureusement, ce n’est pas la majorité des acteurs publics. « Nos élus ici en Haut limousin sont plutôt sensibles à la culture, mais il faut être vigilant, il y a une montée de cette pensée que la chose culturelle est inutile ». Mais il insiste pour dire que « La "culture", c’est ce qui nous relie, ce qui nous permet de communiquer tout en nous singularisant. C’est un acte d’engagement envers l’autre afin de mieux être soi".

 

 

16 spectacles, 48 représentations

 

Des têtes d’affiches vont venir régulièrement à Bellac, car la structure se définit comme un instrument de rayonnement de la culture dans le Haut-Limousin. "On a fait venir CharlElie Couture l’an dernier, cette année, on fait venir Zabou Breitman", se félicite le directeur.

 

Le 5 novembre, Zabou Breitman viendra proposer un spectacle intitulé Dorothy. Elle y déploie son admiration pour Dorothy Parker par un spectacle engagé, inventif, futé. Comme son modèle. Une figure méconnue en Europe et célébrée aux USA, pionnière singulière du féminisme et de la lutte pour les droits civiques. Zabou Breitman fait revivre cette femme hors du commun en s’appuyant sur cinq de ses nouvelles. Elle s’y glisse souplement et donne corps aux personnages. Elle se transforme en convive terrassée par l’ennui lors d’un dîner mondain ou en amoureuse éplorée, attendant près du téléphone que son amant l’appelle enfin. Elle peint une femme libre, quoique dévastée par la vie, et restitue joyeusement l’esprit d’une époque. 

 

C’était en janvier, mais le directeur est très fier d’évoquer Wackids : "Le concert Rock’n’Toys pour adultes où il faut amener les enfants" est enfin à Bellac, pour célébrer les années 90

Grand moment de fête attendu au Théâtre du Cloître avec ces grandes stars des concerts rock déjantés et familiaux. Un spectacle qui va rassembler plus de 700 personnes assure Thomas Desmaison.

 

Enfin, le 12 novembre prochain à 20h, il ne faut pas rater : Rester dans la course. Deuxième représentation de la jouissive performance de notre compagnonne Marilyne Lagrafeuil et de Sébastien Chadelaud, après leur venue en 2019. Une "autofiction tragicomique", où chaque vérité personnelle claque comme une vérité universelle, laissant souvent à rire et aussi parfois à songer. » Ce sont les tribulations d’une quadragénaire qui révèle sans détour ses difficultés pour rester dans la course. Un exercice de nudité et d’autodérision pour questionner le mensonge permanent de la représentation de soi. Un spectacle tout public, à partir de 14 ans.

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