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Pau : Suzanne de Begon enfin entendue

© France 3 Aquitaine
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Elle dénonçait la stérilisation des tétines de biberons fournis aux maternités avec un gaz cancérigène.

Par Hélène Chauwin avec l'AFP

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La victoire de la paloise Suzanne de Begon

Des biberons utilisés dans les maternites françaises seraient stérilisés avec de l'oxyde d'éthylène, un gaz cancérogène. Une enquête a été declenchée en urgence. Depuis 12 ans, une habitante de Pau se bat contre cette stérilisation.

Le ministère de la Santé a diligenté une enquête en urgence et demande le retrait de ces biberons. C'est un article du Nouvel Observateur qui a tout déclenché. Suzanne de Begon n'y croyait plus.

Un combat de 12 ans

Cette ancienne ingénieure commerciale entame son long combat il y a 12 ans. Mère de 3 enfants, elle vient de créer son  entreprise de biberons jetables. Blédina doit les commercialiser mais Suzanne de Begon refuse la stérilisation à oxyde d'éthylène. Le pot de terre contre le pot de fer. Son entreprise de résistera pas.

En 2010, elle publie un livre " Maman Blédina, pourquoi tu m'empoisonnes ? ". Elle est condamnée pour diffamation. Elle fait appel. Elle contacte alors un journaliste du Nouvel Observateur. L'hebdomadaire mène une enquête. Son article publié cette semaine déclenche ce que Suzanne de Begon n'espère plus. Une réaction du gouvernement.

Les biberons retirés

Le ministre Xavier Bertrand a diligenté une enquête (...) pour comprendre comment un tel dysfonctionnement a pu se produire". Il a demandé que les biberons et tétines incriminés " soient retirés dans les plus brefs délais ". Une réunion était prévue ce vendredi au ministère de la Santé avec les fabricants et fournisseurs pour étudier les meilleures façons de procéder à ce retrait tout en garantissant la continuité d'approvisionnement, a-t-on indiqué jeudi soir au ministère de la Santé.

Un produit cancérogène

Ce procédé de stérilisation n'est " pas autorisé pour les matériaux au contact des denrées alimentaires car ce produit est considéré comme cancérogène pour l'homme ", souligne encore le ministère.
 

Le Nouvel Observateur cite deux fournisseurs d'hôpitaux français qui utilisent la technique
incriminée - qui consiste à "gazer" les produits à stériliser avec ce gaz inerte - pour des biberons et tétines à usage unique. Michel de Grèse, responsable de l'une des deux entreprises citées, la société belge Beldico, confirme que le gazage à l'oxyde d'éthylène est bien l'une des deux méthodes utilisées.
Beldico, racheté cet été par le français Médiprema, fournit 7 à 8 millions de biberons à usage unique aux maternités et hôpitaux français, selon M. de Gryse.

Interdit en cas de contact alimentaire

Cette méthode de stérilisation est " autorisée pour le matériel médical " comme les compresses, les gants et autres, relève-t-on à l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). En revanche, le procédé est bien interdit pour " tout ce qui est en contact alimentaire direct ", selon l'Anses, agence française en charge de la sécurité alimentaire.

Un tour de passe-passe

C'est cette nuance que les entreprises utiliseraient pour fournir aux maternités et hôpitaux des biberons traités à l'oxyde d'éthylène.  " Nos produits sont considérés comme des produits médicaux et non pas alimentaires ", explique le responsable de Belgico, soulignant: " aucun organisme de contrôle ne nous a jamais notifié que l'oxyde d'éthylène n'était pas autorisé ". " C'est un tour de passe-passe " qui consiste à faire passer tétines et biberons comme " produits médicaux ", commente-t-on à l'Afssaps.

Cette agence chargée de la sécurité des produits de santé " va procéder à des vérifications auprès des opérateurs cités ", a expliqué Jean-Claude Ghislain, l'un de ses
directeurs.  " S'il y a un usage abusif du marquage CE qui permet d'échapper aux réglementations sur les produits à visée alimentaire, on prendra les mesures qui s'imposent ", explique-t-il.

Quelle dangerosité

Reste à évaluer la réelle dangerosité d'un procédé autorisé pour du matériel médical même si celui-ci entre directement en contact avec le corps des patients (sonde gastrique par exemple).

A la direction du groupement public d'hôpitaux parisiens AP-HP, on assure que le procédé est l'objet d'une stricte surveillance au niveau des " quantités résiduelles " de gaz sur les produits. M. de Gryse assure qu'après de multiples " rinçages ", le matériel stérilisé présente des niveaux résiduels d'oxyde d'éthylène " dix fois inférieurs à la norme ".

Un total non sens

Mais pour l'expert André Picot, interrogé par Le Nouvel Observateur, le fait qu'on puisse encore stériliser des biberons avec ce produit est un " total non-sens ".
" L'oxyde d'éthylène est par définition un cancérogène actif dès la première molécule ", selon cet expert auprès de l'UE pour les normes chimiques.

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé ce gaz " dans le groupe 1 des agents cancérogènes pour l'homme " et des études montrent qu'il induirait cancers du sang voire de l'estomac, selon l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS).

A consulter : le blog de Suzanne de Begon

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