Procès Terrasson : délibéré aujourd'hui

Six prévenus dont quatre notables sont soupçonnés d'avoir spolié une octogénaire fortunée.

Par A.A./CR avec AFP

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4 notables bordelais devant la justice

Rappel de l'affaire Terrasson qui sera jugée à Bordeaux entre le 16 et le 20 mai. 4 personnalités sont soupçonnées d'avoir spolié une octogénaire fortunée d'une partie de ses biens. Certaines étaient des proches du maire de Bordeaux Alain Juppé.

Quatre personnalités bordelaises, dont trois anciens proches du maire de Bordeaux Alain Juppé, comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Bordeaux. Ils sont soupçonnés d'avoir voulu spolier, entre 2004 et 2007, Jeanine Terrasson, une octogénaire fortunée.

Après neuf jours de procès, le tribunal correctionnel de Bordeaux a mis en délibéré au 1er juillet son jugement concernant quatre notables bordelais soupçonnés d'avoir spolié la riche octogénaire Jeanine Terrasson.

Avant que le tribunal ne se retire, la voyante Nicole Dumont, par ailleurs légataire universelle de la vieille dame, a regretté que "Jeanine Terrasson ne soit pas là pour (la) défendre". Pour sa part, son ex-amant François-Xavier Bordeaux, banquier, ex-leader du PS local et proche d'Alain Juppé, s'est contenté de dire que son avocat, Me François de Contencin, "s'est exprimé pour lui."


L'ex-directeur des affaires culturelles de la Ville de Bordeaux Jean-François Lhérété, contre lequel M. Aldigé a requis deux ans de prison avec sursis et cinq ans d'interdiction de sa profession de magistrat à la cour des Comptes, a seulement glissé: "Je veux juste qu'on me rende mon honneur".


Pour sa part, Me Daniel Lalanne, le conseil de l'avocate honoraire et ancienne adjointe au maire Martine Moulin-Boudard, a terminé sa plaidoirie en demandant que "justice soit rendue" par la relaxe de sa cliente, contre laquelle le parquet a demandé un an de prison avec sursis mais aussi cinq ans d'interdiction de sa profession.

25/05 : Le réquisitoire

Trois années ferme d'emprisonnement ont été requises contre deux des quatre notables bordelais, le parquet réclamant des peines avec sursis contre les deux autres.

Le vice-procureur Gérard Aldigé a demandé ces peines fermes contre  la voyante Nicole Dumont, devenue en deux mois légataire universelle de Mme Terrasson qui présentait déjà des signes identifiés de maladie d'Alzheimer, et contre son amant ex-banquier, François-Xavier Bordeaux. Cette peine doit être assortie selon le magistrat d'une interdiction des droits civiques et civils pendant cinq ans.

Il a réclamé un an avec sursis et deux ans avec sursis respectivement contre l'avocate Martine Moulin-Boudard, alors adjointe de M. Juppé, et le magistrat et ex-directeur des affaires culturelles de Bordeaux Jean-François Lhérété, et l'interdiction pour chacun d'exercer son métier pendant cinq ans.

Il a laissé au tribunal le soin d'apprécier la peine avec sursis à appliquer à un complice, Franck Laradi, et a demandé la relaxe d'une sixième personne, Natacha Farinolle.

24/05 : audition de M. Moulin-Boudard

L'avocate Martine Moulin-Boudard s'est dépeinte devant le tribunal comme attachée à respecter les volontés de sa cliente Jeanine Terrasson au point de ne jamais s'interroger sur les intentions de la voyante quasiment adoptée par cette femme atteinte de la maladie d'Alzheimer.


Mme Moulin-Boudard, alors adjointe d'Alain Juppé à la mairie de Bordeaux, et poursuivie dans ce procès de notables pour violation du secret professionnel et complicité d'abus de confiance notamment, affirme avoir été sollicitée par Mme Terrasson début 2005, pour échapper à une demande de tutelle émanant de ses proches. Mme Terrasson est décrite comme déjà fragile dans tout le dossier, mais Mme Moulin-Boudard voit au contraire en elle "une personne autoritaire, déterminée, d'une grande prestance et qui affirme sa volonté". La vieille dame vient de désigner comme sa légataire universelle la voyante Nicole Dumont, qui veut à tout prix elle-même que sa bienfaitrice ne soit pas sous tutelle. Au point que de nombreux témoins croient que Me Moulin-Boudard était l'avocate de Mme Dumont et non de Mme Terrasson.

L'avocate n'a en tout cas pas beaucoup de secrets pour la voyante. Les écoutes la montrent en train de divulguer à Mme Dumont des pièces de justice, ou d'arranger avec elle un faux certificat de maladie pour empêcher Mme Terrasson de se présenter devant le juge des tutelles. Elle accompagne aussi sans ciller les deux femmes fin septembre 2005 dans une banque suisse où Mme Terrasson va faire de Mme Dumont la co-titulaire de son compte. Elle n'a qu'une explication, déclinée tout au long de l'audience, "l'amour" entre les deux femmes qui lui interdisait de douter de l'honnêteté de Mme Dumont : "J'avais le sentiment quand je parlais à Nicole Dumont que je parlais à Mme Terrasson" et que "quand je portais la parole de Mme Terrasson je portais aussi celle de Mme Dumont".


A sa décharge cependant, après une aggravation de l'état de Mme Terrasson en 2006, l'avocate conseille de réinstaurer la tutelle qu'elle avait réussi à faire lever. Une "fracture" avec d'autres personnes relevée par la présidente Marie-Elisabeth Bancal, que l'avocate "remercie" de cette observation.

23/05 : Audition de J.F. Lhérété

L'ex-directeur des affaires culturelles de Bordeaux, Jean-François Lhérété, a affirmé à son tour lundi au tribunal correctionnel avoir voulu aider Jeanine Terrasson. Cet énarque et ancien magistrat à la Cour des Comptes a cependant reconnu à plusieurs reprises avoir été "un peu léger" dans cette affaire.
Interrogé sur un voyage effectué en Suisse en juillet 2005, avec Mme Terrasson et sa légataire universelle, la voyante Nicole Dumont, pour vider un compte de la vieille dame, il répond avec aplomb que c'était pour l'aider à "retracer le cheminement de son argent". Quand la présidente Marie-Elisabeth Bancal lui demande si, en tant que banquier, il n'était pas gêné de rapporter 18.000 euros en liquide, il répond : "Je ne pensais pas que cela pouvait poser problème, beaucoup de gens font ça, 3.600 Bordelais ont des comptes en Suisse". "Je n'ai à aucun moment recueilli chez moi de l'argent", affirme cet agrégé d'histoire de 59 ans, ajoutant avec une apparente sincérité "n'avoir jamais reçu un centime d'euro de Mme Terrasson". Au contraire, il soutient avoir prêté environ 50.000 euros à Mme Dumont afin que celle-ci aide l'octogénaire qui ne percevait que 800 euros de retraite par mois. "J'ai aidé Mme Terrasson à travers Mme Dumont" (...), "de bonne foi" (...) et j'ai arrêté en juillet 2005 quand j'ai estimé qu'elle était dans une situation où on peut vivre", soutient-il.
Concernant les différents biens mobiliers retrouvés à son domicile pour un montant d'environ 43.000 euros, il répond sans se démonter que la vieille dame "ne voulait plus les voir" et qu'ils étaient "en dépôt".
Il se montre plus embarrassé quand la présidente lui lit le compte-rendu d'une écoute dans laquelle il disait à la voyante "j'en ai ras-le-bol de toutes ces vieilleries". "Oui, cela se comprend, on a tellement terrassonné !", lui répondait-elle. "Je voulais changer la déco de mon appartement, tente-t-il de se justifier, les meubles anciens j'en avais plus rien à faire, j'étais dans une phase zen".

20/05 : Audition de F.X. Bordeaux

L'ancien chef de file de l'opposition PS à la mairie de Bordeaux et banquier, François-Xavier Bordeaux, a tenté vendredi devant le tribunal correctionnel de la ville de minimiser son rôle éventuel dans la possible spoliation de Jeanine Terrasson.
"Ce dossier a été instrumentalisé" et "un montage subtil des écoutes a été fait" a lancé dès les premières minutes de son audition M. Bordeaux, 63 ans. Selon lui, "c'est Alain Juppé (le maire de Bordeaux et ministre des affaires étrangères, ndlr) qui était visé dans cette affaire." Ce diplômé de Sciences-Po Paris a ensuite montré moins de fougue pour répondre au feu des questions de la présidente Marie-Elisabeth Bancal. A la lecture de l'écoute d'une conversation dans laquelle il dit à sa maîtresse Nicole Dumont, légataire universelle de Mme Terrasson, "y a que l'argent qui compte", il répond avec aplomb que c'était dit sur le ton de l'humour.
Interrogé sur le fait qu'il a accompagné la voyante Mme Dumont et la vieille dame vider un coffre dans une banque ou chez le notaire, il explique qu'il faisait office de chauffeur, la légataire universelle n'ayant pas de permis. "Je ne suis investi d'aucun mandat dans cette affaire, j'ai voulu rendre service", a-t-il plusieurs fois affirmé.
M. Bordeaux se montre cependant plus gêné quand la présidente lui demande de s'expliquer sur une écoute dans laquelle il dit à Mme Dumont : "Tu les as quand même bien baisés et ils le savent, ils ont jamais pu le prouver". "Cela concerne les neveux, ils sont arrivés à la fin de la vie (de Mme Terrasson, ndlr), ils ont jamais pu prouver qu'ils étaient héritiers", se borne-t-il à répondre, visiblement embarrassé.

18/05 : Audition de Nicole Dumont

"Tout est question d'interprétation" : c'est ainsi qu'à plusieurs reprises s'est justifiée mercredi à la barre du tribunal correctionnel de Bordeaux, la voyante Nicole Dumont.

La troisième journée d'audience a été consacrée à l'audition des témoins de Mme Dumont et à son interrogatoire. Celui-ci a permis de cerner la personnalité singulière de cette quinquagénaire souriante et volontiers bavarde. Assise derrière un micro, en raison de son état de santé, elle a raconté, dans un flot de paroles, la relation qu'elle entretenait avec l'octogénaire fortunée Jeanine Terrasson.

Pour cela, il faut remonter à 1983, date à laquelle celle qui s'exprime comme une petite fille naïve fait la connaissance de cette femme sans enfants et compagne d'un riche médecin. Réunies par "l'amour de l'art", les deux femmes vont se voir environ deux fois par semaine, Mme Dumont l'accompagne régulièrement au gré de ses déplacements à Paris ou bien encore à Monaco. Une relation similaire à celle d'une mère et d'une fille, raconte-t-elle.

A la fin des années 90 cependant, Mme Dumont se fâche avec l'octogénaire. "Elle aurait refusé de vous acheter quelque chose", observe la présidente Marie-Elisabeth Bancal, citant un témoignage. "C'est une mauvaise interprétation des choses", rétorque aussitôt la prévenue, assurant ne s'être "jamais rien fait acheter par Mme Terrasson". "Je m'en suis éloignée car elle était entourée de gens très intéressés", faisant référence à Jean-Marie Trassy, un ami poissonnier de l'octogénaire qu'elle accuse d'avoir dépouillé la vieille dame.

C'est début 2005 que Mme Dumont affirme avoir retrouvé par hasard la vieille dame, avançant des explications très vagues sur les dates et les conditions de ces retrouvailles, face aux questions très précises de la présidente.  Très vite, "je décide de m'en occuper", "je remonte mes manches pour nettoyer son appartement qui était dans un état de saleté effroyable", raconte-t-elle avec beaucoup, voire trop, de tendresse dans la voix. Quelques semaines plus tard, "Mme Terrasson m'a dit que j'étais sa légataire universelle", se souvient cette brune aux cheveux ondulés. "Cela veut dire que vous étiez devenue riche", souligne Mme Bancal. "C'est une question d'interprétation", lui répond une nouvelle fois la prévenue, qui rappelle aussitôt que sa bienfaitrice lui avait dit "vingt ans auparavant +un jour tout cela sera pour toi+".  "Je l'ai pris comme un privilège, c'est flatteur, c'est une reconnaissance", dit cependant celle qui est décrite dans les différents témoignages lus par le tribunal comme "une affabulatrice et manipulatrice qui repère ses proies dans son cabinet de voyance". "On ne retient que le mot qui tue", rétorque aussitôt Mme Dumont, qui vit désormais du RSA.

17/05 : Reprise du procès

Le tribunal a donc rendu son jugement : le procès Terrasson, ou "procès des notables bordelais" continue.

Le tribunal a décidé de ne pas transmettre à la Cour de cassation la demande de questions prioritaires de confidentialité (QPC) déposée par Me Christophe Dejean, l'avocat de Nicole Dumont, estimant qu'elle ne revêtait pas "un caractère sérieux". L'avocat dénonçait notamment le caractère partial de la procédure qui aurait, selon lui, dissimulé des éléments d'enquête.

La présidente du tribunal Marie-Elisabeth Bancal a pris la même décision pour la QPC déposée par Mes Benoît Ducos-Ader et Arnaud Dupin, les avocats de Jean-François Lhérété, l'ex-directeur des Affaires culturelles de la mairie, jugeant que la défense avait dépassé le délai de 30 jours pour faire appel de l'ordonnance de renvoi.

Considérant qu'il n'y avait pas de sursis à statuer, le tribunal a donc décidé la poursuite du procès, qui doit se tenir jusqu'au 27 mai.

16/05 : Première matinée d'audience

Les débats se sont ouverts sur une question prioritaire de constitutionnalité soulevée par Mes Benoit Ducos-Ader et Arnaud Dupin, les avocats de M. Lhérété.

Me Dupin a ainsi demandé l'annulation de l'ordonnance de renvoi devant le tribunal, estimant qu'un élément d'enquête - une audition en 2006 de Mme Terrasson par un policier -, jugé fondamental par la défense, n'a pas été versé au dossier. Pour cela, l'avocat s'est basé sur le fait que seul le ministère public peut interjeter appel d'une ordonnance de renvoi, ce qui est selon lui inconstitutionnel.

Le procureur adjoint, Me Gérard Aldigé, a demandé au tribunal de ne pas donner suite à la demande des conseils de M. Lhérété, estimant que la question de constitutionnalité n'est "pas applicable à la procédure suivie" dans ce dossier.

La question sera étudiée dans la journée. L'audience est suspendue jusqu'à mardi 9h30 : le tribunal dira alors s'il accède à la demande des avocats de M. Lhérété et renvoie vers le Conseil constitutionnel ou s'il n'accède pas à cette demande et les débats reprendront à Bordeaux. Pour en savoir plus, revoyez le direct de Jean-Pierre Stahl dans l'édition du 12/13 en Aquitaine.


Présentation du procès

Le directeur des Affaires culturelles de Bordeaux, Jean-François Lhérété, l'avocate honoraire et ex-adjointe au maire de Bordeaux, Martine Moulin-Boudard, l'ancien leader de l'opposition PS et ex-banquier, François-Xavier Bordeaux, ainsi que la voyante Nicole Dumont sont les quatre personnalités bordelaises qui encourent 3 à 10 ans de prison si elles sont condamnées à l'issue du procès, le vendredi 27 mai.

Tous les quatre se seraient entendus pour dépouiller Jeanine Terrasson, 88 ans aujourd'hui, d'une partie de ses biens.

Ils sont poursuivis pour abus de faiblesse, association de malfaiteurs et abus de confiance aggravé par la particulière vulnérabilité de la victime. Deux autres personnes, Franck Laradi et Natacha Farinolle, comparaîtront, elles, pour complicité d'abus de faiblesse et recel d'objets provenant d'abus de faiblesse.

Une fortune considérable

Jeanine Terrasson atteinte de la maladie d'Alzheimer, était alors placée sous curatelle. Elle était propriétaire de biens immobiliers, de nombreux objets et meubles de valeurs évalués à plusieurs millions d'euros ainsi que de comptes bancaires en Suisse. Cette fortune provient de l'héritage de son compagnon, un riche médecin bordelais passionné d'objets d'arts. 

"Les infractions me paraissent caractérisées et je crains qu'il y ait eu un projet Terrasson afin de la mettre en coupe réglée au prétexte de lui venir en aide", soutient Maître François Delmouly. L'avocat agenais, qui représente la victime, rappelle que de nombreux biens ont été retrouvés chez la plupart des prévenus.

Une affaire très médiatique

Cette affaire "des notables bordelais et de la vieille dame", a explosé en janvier 2007, lorsque les quatre personnalités ont été interpellés après une plainte pour vol déposée en 2006 par le tuteur de l'octogénaire.

Trois d'entre elles ont effectué plusieurs mois de détention provisoire, Martine Moulin-Boudard, alors adjointe d'Alain Juppé à la mairie, était pour sa part placée sous contrôle judiciaire.

En 2004, Jeanine Terrasson avait fait de la voyante Nicole Dumont sa légataire universelle. Cette dernière a toujours affirmé que toutes les opérations qu'elle a menées,
y compris plusieurs retraits d'argent en Suisse, étaient dans l'intérêt de la vieille dame, qui disposait d'une petite retraite.

Pour sa part, François-Xavier Bordeaux a expliqué avoir voulu aider l'octogénaire, qui était en danger manifeste, et sa légataire Nicole Dumont à faire face à cette situation compliquée. jean-François Lhérété a également assuré avoir voulu rendre service, tout comme Martine Moulin-Boudard.

La défense mise sur des irrégularités

A l'ouverture du procès, les avocats entendent soulever un grand nombre d'irrégularités dans la procédure et dénoncer la manière dont l'instruction de cette affaire a été faite "de manière partiale et à charge", selon l'avocat bordelais Daniel Lalanne, un des quatre conseils de Martine Moulin-Boudard. "J'espère que la publicité des débats permettra de faire apparaître les choses sous un jour différent" de celle qui, en tant qu'ancienne avocate de Jeanine Terrasson, est également poursuivie pour atteinte au secret professionnel, déclare t-il.

Les avocats de jean-François Lhérété soulèveront quant à eux une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), rapporte samedi le quotidien Sud Ouest.
 

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