Grippe aviaire : l'épizootie est-elle hors contrôle ? Les éleveurs landais s'interrogent

On ne compte plus les abattages préventifs dans les Landes face à la prolifération du virus d'influenza aviaire, le doute et la lassitude s'installent parmi les éleveurs quant à la bonne gestion de l'épidémie. Le vide sanitaire semble inéluctable mais aurait-on pu vacciner ? 

La semaine dernière, chez Eric Dumas, il y avait 2000 canards dans ce dans ce bâtiment.
La semaine dernière, chez Eric Dumas, il y avait 2000 canards dans ce dans ce bâtiment.

Eric Dumas, Vice-président du CIFOG (Comité Interprofessionnel des Palmipèdes à Foie Gras) affilié FDSEA, vient lui-même de connaître, le 30 décembre dernier, un abattage préventif sur son exploitation. Ce sont 4000 canards qui ont été tués à titre préventif, puisque son élevage se situe dans le rayon de trois kilomètres d'une infestation, où un ou des cas avérés d'Influenza aviaire ont été détectés et confirmés par analyses.

Cela représente près de 28 000 euros de pertes... Et comme ses collègues qui vivent cette crise, il va devoir faire face aux prochaines semaines.

Pour cela, le syndicat réclame du ministère un acompte sur les indemnisations prévues dans de tels cas à hauteur de 70%. 

Ecoutez Eric Dumas >

Eric Dumas, vice président du CIFOG

 

Une épizootie hors de contrôle ?

Pour l'heure, il faut gérer cette crise et la flambée des contaminations qui semble difficilement contrôlable. 

On peut supposer qu'on est sur une contamination aéroportée qui est difficilement maîtrisable...

Eric Dumas, éleveur de canards et Vice-Président du CIFOG

 

Pourtant, il le rappelle, on était alertés très tôt, en août-septembre, de cette contamination via les migrations sauvages...

Pour Eric Dumas, la solution c'est ce "vide sanitaire"... autrement dit, l'abattage des volatiles de façon à nettoyer, désinfecter et assainir les élevages pour repartir sur de bonnes bases... Un avis qui n'est pas partagé par tous les éleveurs de canards, notamment ceux dont les élevages n'ont pas été contaminés et qui ne veulent pas subir ces décisions définitives.

Trois crises en cinq ans

D'après Serge Mora, président du MODEF : " je ne sais pas quel secteur d'activité peut résister à trois crises en 5 ans ! Même si on a eu des indemnisations les deux fois précédentes, ça finira par lasser les pouvoirs publics... et les producteurs aussi car ce n'est pas dans notre ADN de vivre d'assistanat"...

Pour lui cette crise était inévitable "avec tous ces vents qui ont colporté le virus " et surtout "la filière n'est plus du tout organisée comme elle l'était autrefois (...) avec des gens qui étaient éleveurs-gaveurs et abatteurs sur site". "Sur la commune de Mugron, il y avait 30 éleveurs-gaveurs-abatteurs, aujourd'hui ils ne sont que 4 ou 5, mais des camions qui circulent dans tous les sens..."

A-t-on bien géré la crise ? Pas du tout. Ils (les services de l'Etat, NDLR) ont 15 jours de retard ! Après... c'est un manque d'effectif et une densité localement qui fait qu'il faudrait un effectif triple pour l'abattage pour arriver à reprendre de la vitesse sur le virus"...

Lui aussi il estime le vide sanitaire inévitable, pour pouvoir nettoyer, désinfecter et éventuellement reprendre au mois de mars... Mais selon lui, beaucoup d'exploitations, notamment les plus petites ou familiales, ne reprendront pas. Trop d'investissement.

A-t-on tiré les enseignements de la crise de 2016-2017 ? "Pas du tout. En Chalosse, on avait déjà une densité d'élevage (poulets-canards) très largement suffisante voire excédentaire et on est venu ajouter là-dessus des grands bâtiments avec des effectifs conséquents (...) qui étaient claustrés et qui ont quand même attrapé le virus... comme les autres".

Fin janvier 2021, 112 000 canards et poulets, ont été abattus de manière préventive dans les Pyrénées-Atlantiques.
Fin janvier 2021, 112 000 canards et poulets, ont été abattus de manière préventive dans les Pyrénées-Atlantiques.

Et la vaccination ?

Et qu'en est-il de ce vaccin que le CEVA avait mis au point contre la souche H5N8 en 2018 ? En fait, il est obligatoire pour les volatiles de zoo et parc animalier. Mais pas pour les élevages qui, du coup perdent la possibilité d'exporter...

Pour Serge Mora : "Puisque ça existe, il va falloir y arriver". Et le président d'expliquer que plutôt que de produire 30 millions de canards en perdant la possibilité d'exporter un an sur deux et avoir à stocker ce qui n'a pu être écoulé à l'export , vaudrait-il mieux "redevenir raisonnables", "produire 20 à 22 millions de canards pour le marché français. Ca satisfairait la demande. Ca pourrait maintenir des cours et on utiliserait le vaccin".

En colère, les canards !

"Les canards en colère", la page Facebook devenue association, avait été créé en pleine épizootie aviaire de 2016. Des professionnels de l'élevage ou des particuliers du Sud-Ouest mais aussi de toute la France qui échangent sur le sujet. Aujourd'hui et depuis plusieurs semaines, les "canards en colère" s'interrogent sur la gestion de la crise et notamment ce refus de vaccinations des animaux.

Didier Lapoule co-gère sous ce pseudo la page. Mais en tant qu'éleveur de poules pondeuses dans le Gers, il est réellement concerné. "La situation est catastrophique : des abattages préventifs sans tester, des confinements dans toute la France avec une filière plein air confinée"...

Il décrit l'absurdité d'une situation qui était prévisible depuis la fin de l'été et les flux migratoires venus notamment de Russie, puis des 600 foyers en Allemagne "c'est comme le nuage de Tchernobil ça passe les frontières..."

Et le vaccin? Suite à la dernière crise, le laboratoire CEVA avait donc mis au point ce vaccin dont on disait qu'il était "efficace à 100%" contre le H5N8. "Dès les alertes, il aurait fallu faire vacciner" car dés le premier cas, la France perdait son statut "indemne" permettant d'exporter ses canards...

La page Facebook des Canards où s'expriment leur colère > 

 

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