Fortes chaleurs : un printemps difficile pour les producteurs de fruits et légumes en Aquitaine

Publié le Mis à jour le
Écrit par Maïté Koda

Récoltes anéanties, recours précoce à l'irrigation ou encore surproduction... Les fortes températures du mois de mai ont eu de lourdes conséquences pour les producteurs de fruits et de légumes en Aquitaine.

C'est un mois de mai particulièrement chaud. Des températures au dessus de 30 degrés, plusieurs jours d'affilée, des pluies rares... Les fortes chaleurs de ce printemps ont eu des conséquences importantes chez les producteurs de fruits et de légumes.

Irrigation intense

"Avec la précocité de la chaleur, on est obligé d'irriguer beaucoup plus tôt et en quantités supérieures à la normale. Cette eau, elle a un coût d'acheminement et d'exploitation sur nos parcelles : plus on en utilise, plus on réduit notre marge", explique Arthur Galinat.  Maraîcher à Carsac-Aillac, en Dordogne, il exploite une douzaine d'hectares, sur lesquels il cultive ses légumes, proposés principalement en vente directe. Depuis plusieurs semaines, il tente, tant bien que mal, de s'adapter à la situation climatique. 

"Certaines de nos cultures, comme les fèves ou les petits pois ne tolèrent pas cette chaleur au printemps, elle sont quasiment anéanties à 100%. Certaines salades arrivent plus tôt que prévu, alors que les lots auraient du s'échelonner", regrette-il. Autre problématique : le changement de comportement des consommateurs.

C'est la saison des asperges. Mais avec ces températures, ils n'ont pas spécialement envie d'en manger. Les ventes sont très moyennes. On va surement arrêter la récolte plus tôt que prévu.

Arthur Galinat, maraîcher en Dordogne

Source : France 3 Aquitaine

Ces récoltes accélérées induisent également une surcharge de travail. "La main d'oeuvre qu'on avait prévue pour le mois de juin n'est pas forcément disponible avec un mois d’avance. Ceux qui sont là doivent mettre en place et gérer l'irrigation en plus du reste, ils redoublent de boulot", constate le maraîcher

Surproduction de fraises

Dans le Lot-et-Garonne, les températures élevées ont entraîné une surproduction de fraises, elle aussi, difficile à gérer. "Ce qu'on fait en un mois, on l'a fait en trois semaines", témoigne Eric Bazile,  directeur d'une société de conditionnement de fruits et légumes et président de l'Association des fruits et légumes du Lot-et-Garonne (AIFLG) . Conséquences : les producteurs se sont retrouvés contraints de baisser fortement leurs prix de vente, ou de vendre le surplus à des industriels pour de la congélation. 

Mais ces chaleurs , qui ont concerné l'ensemble de l'Hexagone, ont également eu un impact sur les producteurs de fraises des autres départements. "Les autres régions sont arrivées sur le marché plus tôt que prévu.   Et il faut rajouter à ça la présence espagnole sur les étals, constate Eric Bazile.

En 2020-2021, la distribution nous a demandé de faire plus de fraises rondes en France. Et aujourd'hui, avec la situation économique que l'on connaît, on n'arrive pas à les vendre.

Eric Bazile, président de l'AIFLG

Source : France 3 Aquitaine

Baisse du pouvoir d'achat

Le président de l'AIFLG ne cache pas son inquiétude : "Il y a quand même une détresse chez certains producteurs qui ont été encouragés à faire des fraises rondes en grande quantité et qui s'aperçoivent que les volumes sont trop importants pour être écoulés". C'est  sur cette variété, très prisée des consommateurs français, que la concurrence se fait le plus ressentir, avec des productions venues d'Espagne, de Belgique, des Pays-Bas ou du Luxembourg,   
 "Le consommateur qui prenait deux barquettes auparavant, il n'en prendra plus qu'une, voire pas du tout. Et même s'il souhaite acheter des produits français, son porte-feuille lui rappelle qu'il ferait mieux de se fournir avec de fraises espagnoles, poursuit Eric Bazile. 

Cette sous-consommation, reliée à une baisse du pouvoir d'achat, intervient toutefois après deux années florissantes. "Pendant le Covid, les gens étaient chez eux, ils cuisinaient, faisaient des confitures, des gâteaux avec les fraises. Maintenant ils ne sont plus chez eux et ils n'ont plus d'argent. Donc ils se restreignent et on ne peut pas les en blâmer".
Ce qui permet au président de la l'AIFLG de relativiser malgré tout. "Cette année c'est cette année, après on verra par la suite. On sait très bien que dans les fruits et légumes, c'est toujours du "Je t'aime moi non plus", reconnaît-il. 

Voire le reportage de France 3 Aquitaine sur la façon dont les agriculteurs du Lot-et-Garonne s'adaptent aux épisodes de gel et aux fortes chaleurs