En Lot-et-Garonne, la route tue aussi pendant le confinement

Peu de voitures, c’est forcément moins d’accidents. Mais les routes désertes ont fait émerger de mauvaises habitudes. De la sensation de liberté au sentiment d’impunité… jusqu’à la sortie de route, parfois mortelle.

Les accidents de la route en baisse durant le confinement mais avec une reprise ces derniers temps.
Les accidents de la route en baisse durant le confinement mais avec une reprise ces derniers temps. © José Sousa FTV
Le confinement aura-t-il été une parenthèse sur les routes ? Oui, incontestablement. " Le confinement a été globalement respecté dans le département ", indique Morgan Tanguy, secrétaire général de la Préfecture de Lot-et-Garonne.

L’évidence aura sauté aux yeux des quelques conducteurs qui se sont aventurés sur les routes du département. Sentiment largement confirmé par les chiffres de la Préfecture, eux aussi au diapason.

Aucun flash de radar du 30 avril au 5 mai


Passé une courte période d’adaptation, l’activité des radars a diminué de façon inédite, passant de 1 000 flashs en temps normal à 463 du 16 au 22 mars, puis à 69 la semaine suivante, jusqu’à tomber à zéro flash. Du jamais vu en Lot-et-Garonne !

Le confinement a bel et bien offert un répit aux routes désertées du département : 82 % d’accidents en moins constatés par les pompiers depuis le début du confinement.

Plus largement, sur la période du 1er janvier 2020 à aujourd’hui, la préfecture constate une diminution significative des accidents de l’ordre de 42%.
La proportion de blessés est encore plus parlante : 60% en moins sur les routes. 

Un motif de satisfaction pour les autorités et les secours, mais la spécificité du réseau local, principalement constitué de routes départementales, laisse aussi le champ libre à d’autres travers.
Un répit sur les routes du Lot-et-Garonne durant le confinement mais d'autres travers reprennent le dessus.
Un répit sur les routes du Lot-et-Garonne durant le confinement mais d'autres travers reprennent le dessus. © José Sousa FTV


Récemment, deux drames ont fait mentir les statistiques. En l’espace de quatre jours à la mi-avril, en plein confinement, deux hommes se sont tués sur le réseau routier du département. L’un, âgé de 49 ans, sous les yeux de sa femme et de son fils. L’autre, 20 ans seulement, décédé devant sa petite amie.

Dimanche 12 avril, à 21h45, lorsque le motard de 49 ans perd le contrôle de sa moto sur l'Avenue Gambetta, à Fumel, l’homme est seul sur la route. Son épouse et son fils le suivent en voiture. Les secours le retrouvent en arrêt cardio-respiratoire et échoueront à le ramener à la vie. Selon la Préfecture, l’accident serait dû à une erreur d’attention conjuguée à une vitesse excessive.

Quatre jours plus tard, un scénario similaire se reproduit à l’autre bout du département. Il est 19 heures dans le Marmandais lorsqu’un conducteur de 20 ans fait une sortie route mortelle. En percutant un arbre, il décède sur le coup. Là encore, sa compagne le suit dans sa propre voiture et assiste, impuissante, au décès de son petit ami. Ici aussi, le conducteur circulait à vive allure.
 
Deux drames absolus qui ont fait réagir la préfète du Lot-et-Garonne, Béatrice Lagarde.
Pour éviter de nouveaux drames, elle en appelle « à la responsabilité et à la vigilance de chacun, même en cas de trafic routier réduit ».

Quel que soit votre mode de déplacement, vous êtes tenus de respecter le code de la route, même si vous êtes seul à circuler. 
Béatrice Lagarde, préfète du Lot-et-Garonne


Car sur les routes, les mauvaises habitudes semblent de retour. L’impression d’être seul au monde grise certains conducteurs, qui se lancent à vive allure sur le réseau secondaire. 
Alors, la préfète prévient :

En voiture ou en camion, prêtez attention aux usagers vulnérables : piétons, vélos, trottinettes et deux roues motorisés.  


Vigilance préconisée aussi aux abords des passages à niveau. Car les trains continuent de circuler.
 

Délits de grande vitesse


Car depuis l’annonce du déconfinement par le Président de la République, les automobilistes se font plus nombreux sur les routes. 

Alors, les autorités ont dû réorienter leurs forces de sécurité, jusqu’ici mobilisées sur la bonne application du confinement, vers les contrôles routiers.

Le constat est éloquent ; sur la période du 30 mars au 22 avril, 254 opérations de contrôle de vitesse sont effectuées en zone gendarmerie, qui donnent lieu à la verbalisation de 98 automobilistes. Parmi-eux, six circulaient à plus de 30 km/h au dessus de la limite autorisée et deux, 50 km/h au dessus !

Malgré le confinement, des automobilistes se sont crus autorisés à dépasser les limitations de vitesse. Lorsque vous savez les gendarmes et les policiers mobilisés ailleurs, vous avez davantage tendance à appuyer sur le champignon.
Morgan Tanguy, secrétaire général de la Préfecture de Lot-et-Garonne.


Moins de monde sur les routes, c’est l’occasion pour certains de relâcher leur vigilance.
Sur les routes du Lot-et-Garonne, les excès de vitesse ont repris de la vigueur.
Sur les routes du Lot-et-Garonne, les excès de vitesse ont repris de la vigueur. © José Sousa FTV

L’excès de vitesse n’est pas seul en cause.  219 infractions graves et génératrices d’accidents ont par ailleurs été relevées. Parmi elles, 26 refus de priorité, 13 alcoolémies et 7 conduites sous usage de stupéfiants. L’usage de distracteurs (écrans et téléphones…) au volant n’est pas en reste.

Des comportements jugés inacceptables par les autorités car ils exposent leurs auteurs et les autres usagers à d’importants risques d’accidents. D’autant plus dangereux que les hôpitaux sont surchargés et que les lits de réanimation se font de plus en plus rares.

Dernier exemple en date, celui d’un jeune-homme de 21 ans, qui décide en plein confinement de sortir en motocross avec un ami.

L’escapade tourne mal dans le milieu de l’après midi. Il ne sera retrouvé qu’à 19h30, inconscient, sur un chemin forestier, à la Sauvetat-sur-Lède.
Son co-équipier, effrayé par la perspective d’une amende, l’a abandonné sans même donner l’alerte. La victime souffre d’un important traumatisme crânien.
 

Son évacuation sanitaire nécessitera l’engagement de plusieurs gendarmes dont le commandant de la compagnie, des pompiers de Monflanquin, du Samu de Villeneuve-sur-Lot ainsi que de l’hélicoptère du Samu 24 pour le transporter jusqu’au CHU Pellegrin à Bordeaux où il sera été admis, inconscient, en réanimation.

45 retraits de permis


Dernier recours pour les gendarmes et les policiers, le retrait de permis reste en vigueur pendant le confinement. 
45 conducteurs se sont vus retirer leur licence depuis le 17 mars. 
C’est moitié moins qu’à la même période l’an dernier. Mais encore beaucoup trop, en cette période d’épidémie et de confinement, durant laquelle citoyens et conducteurs sont appelés à la plus grande vigilance.
 
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