L'Affaire des Reclus de Montflanquin à nouveau devant la justice

Thierry Tilly sera rejugé à partir de lundi par la cour d'appel de Bordeaux. En novembre 2012, Il avait été  condamné à huit ans de prison, reconnu responsable de la ruine d'une famille de notables lot-et-garonnaise un temps surnommée "les reclus de Monflanquin".

C'est une affaire d'abus de faiblesse par sujétion psychologique. Une affaire rare, par son ampleur et la personnalité des victimes. 

Tilly avait fait connaissance à la fin des années 1990 des de Védrines, notables aisés, instruits et honorablement connus du Sud-Ouest. Il avait réussi à isoler psychologiquement de leurs proches onze personnes de la famille, issues de trois générations. Il les avait convaincus  qu'elles étaient victimes d'un complot dont lui seul pouvait les sauver, qu'elles devaient vendre tous leurs biens à son profit, le tout en une dizaine d'années.

 

© France 3 Aquitaine


Pendant une semaine, l'une des femmes de la famille a été séquestrée et  violentée. Tilly lui fait avouer un secret imaginaire. Un épisode marquant presque un tournant.  Certaines victimes avaient repris contact avec la réalité. Les autres avaient été " libérées " de l'emprise quelques mois plus tard, avec l'arrestation de Tilly en octobre 2009.

Dans son jugement du 13 novembre, le tribunal de Bordeaux avait notamment remarqué que Tilly s'était appuyé sur " la situation, l'histoire et le fonctionnement " de cette famille, et avait su en " exploiter les failles (...) mésententes (...) rivalités (...) et mesquineries " par toute une série de " pressions et de techniques psychologiques ".
Le jugement avait dénoncé " l'extrême gravité des faits ". 

Thierry Tilly sera seul à comparaître lundi. Son complice Jacques Gonzalez, 66 ans, s'est désisté de son appel le 9 avril, après avoir été condamné à 4 ans de prison.

Les deux hommes avaient été aussi condamnés à indemniser les victimes de leur préjudice matériel (un peu plus de 4,6 millions d'euros au total) et de leur préjudice moral (505.000 euros).


Le double visage de Tilly


Le procès en appel devrait durer une semaine durée contre deux en première instance. Tilly, un homme qui ne paye pas de mine, avait montre devant le tribunal d'une logorrhée intarissable et d'une imagination sans limites, flirtant souvent avec le comique involontaire.
Mais dès le jugement rendu, le prévenu avait montré un tout autre visage, affirmant aux juges que l'affaire ne " faisait que commencer ", laissant entendre qu'il entendait épuiser les moyens de droit.


Une législation sur l'emprise mentale ?


Me Daniel Picotin, l'avocat de plusieurs parties civiles, espère que ce nouveau procès fera avancer la création d'une législation spécifique sur l'emprise mentale, combat qu'il mène depuis des années.

L'avocat de Tilly, Alexandre Novion, souhaite lui aussi que le procès serve à " aller plus loin dans la discussion des composantes juridiques de l'abus de faiblesse par sujétion psychologique " reproché à son client.
Mais il met en doute la thèse selon laquelle " un homme seul a abusé de onze personnes pendant dix ans par les seules forces de son esprit ". Il juge pour sa part qu'il serait " épouvantable " qu'on créée un délit d'emprise mentale, en raison des abus qui pourraient en découler, selon lui.





Poursuivre votre lecture sur ces sujets
justice reclus de monflanquin