Manque d'eau dans le Sud-ouest : quelles sont les solutions pour éviter le scénario catastrophe ?

Alerte sur le manque d'eau. Face à la menace d'ici 2050, le comité de bassin, assemblée politique jouant le rôle de "Parlement de l'eau", adopte en séance plénière un plan de mesures pour sécuriser les usages de l’eau en mobilisant un panel de solutions. 4 milliards à la clé d'ici 2050.

Et si nous venions à manquer d'eau. Eau potable, eau pour l'agriculture, faire tourner les usines et entreprises qui en ont besoin. Scénario catastrophe mais bien réel d'ici 2040-2050. C'est-à-dire demain. Car le cap d’un déficit d’eau de plus d’1 milliard de m3 est annoncé pour 2050 dans le grand Sud-Ouest, comme le prévoit l'étude Garonne 2050. Nous sommes à 200 millions aujourd'hui, la marche est haute. Avec de lourdes conséquences.

Si on regarde la diminution du débit des fleuves, la baisse des précipitations et l'augmentation de l’évaporation, les eaux de surface seront moins disponibles. La compétition pour l'accès à l'eau sera plus rude d'ici vingt, trente ou quarante ans dans cette région.

Jean Jouzel - climatologue - auteur de " Climat parlons vrai " ( novembre 2020 )

Face à ce danger potentiel qui approche, le comité de bassin Adour-Garonne a lancé l'alerte en 2017. Responsables : les conséquences du changement climatique et le Sud-Ouest en première ligne dans l'hexagone. Une seule solution envisagée alors : l'adaptation et l'anticipation avec un panel de solutions. 
 

L'eau est stratégique

Il y a bien sûr plusieurs leviers. Les économies d'eau pour commencer, c'est la première démarche indispensable pour Bruno Leménager, qui dirige la délégation Atlantique-Dordogne ( Agence de l'eau Adour-Garonne )

Les mesures les plus importantes, ce sont d'abord les économies d'eau, c'est extrêmement important, avant de songer à stocker. L'eau, c'est quelque chose qui touche tous les usagers, que ce soient les industriels, les collectivités pour l'eau potable ou encore les agriculteurs. 

Bruno Leménager - Agence Eau Adour-Garonne

Donc en priorité convaincre les fameux usagers. 

Ensuite, il y a les solutions de stockage. Dans les Pyrénées, là où il y a les barrages hydroélectriques. " On peut multiplier par deux la partie qui peut être orientée pour le soutien d'étiage." affirme Bruno Leménager. Autrement dit, y stocker davantage d'eau pour la remettre dans le circuit naturel car nous en aurons de plus en plus besoin, sur les périodes d'avril à octobre.
"La mobilisation accrue des retenues hydroélectriques pour le soutien d’étiage constitue un axe structurant de ce programme opérationnel. L’étude présentée par la mission Le Coz ( Ingénieur du Ministère de la transition écologique ) confirme  l’opportunité et la faisabilité de mobiliser au total 320 millions de m3 d’eau grâce aux retenues hydroélectriques, soit près de 30% du déficit annoncé." d'après le comité de Bassin Adour Garonne. 

Et puis autre solution, réinfiltrer l'eau dans les réserves. Quand la Garonne connaît l'abondance, comme en hiver, l'idée est de réinjecter avec un système de pompes notamment de l'eau dans la nappe pour lisser ensuite le débit durant les périodes d'étiage difficile à passer. 

Toutes les solutions sont bonnes à envisager.  Canaux, gravières, retenues hydroélectriques, barrages existants à réaménager, mutualisation des retenues individuelles abandonnées, c'est la mobilisation générale.

"A un moment, il faut prendre les mesures. Il faut marquer un changement. Tout le monde a conscience, tout le monde voit l'ampleur et ça fait peur (.. ) Il est temps d'agir, c'est le conseil modeste que je donne aux acteurs du bassin. Vous avez votre destin en main." Christian Le Coz, ingénieur du Ministère de la transition écologique qui a réalisé une étude diagnostic pour savoir comment mieux stocker l'eau. 

Car il y a urgence à réagir et investir. Ou alors, l'ingénieur prévient. "On va être en gestion de crise permanente, on va au devant de problèmes. Moins d'eau, ça veut dire des coupures d'eau c'est ça qu'il faut éviter, donc il faut agir." Surtout, Christian Le Coz insiste.

Le temps pour faire quoi que ce soit, c'est monstrueux, plusieurs années. Les réalisations prennent entre 5 et 15 ans.

Christian Le Coz - ingénieur du ministère de la transition écologique

L'exemple du canal de la Garonne

Mieux gérer les stocks, c'est par exemple mieux gérer l'eau des canaux. Faire en sorte, sur le canal de la Garonne par exemple, de moins solliciter l'eau du fleuve. 

Ce canal relie Toulouse à Castets-en-Dorthe, au sud de Bordeaux. Une adaptation des pratiques, une meilleure gestion des écluses et des prises d'eau, une meilleure connaissance de ses prélèvements peuvent permettre d'économiser 20 millions de m3 d'après les études. Les écluses seront donc équipées de caméra pour une meilleure gestion.

" Ça consiste à remettre en cause ses habitudes. Sa façon de fonctionner sont remis en cause." précise Bruno Leménager de la délégation Atlantique-Dordogne ( Agence de l'eau Adour-Garonne ). VNF, propriétaire (voies navigables de France), relève le défi. 

Avec la mobilisation de tous, on peut faire face.

Bruno Leménager - Délégation Agence Adour Garonne

L'enjeu est de taille, la mise en oeuvre des solutions sera longue. C'est un plan d’investissements très important qui est lancé ce mercredi 15 septembre par le comité de Bassin Adour Garonne, 4 milliards à échéance 2050.

C'est quoi la comité de Bassin Adour-Garonne ?

Le comité de bassin est une assemblée politique jouant le rôle de "Parlement de l'eau" sur le territoire du bassin Adour-Garonne. Rassemblant des représentants de tous les acteurs concernés, il est le lieu de concertation privilégié entre les usagers, les collectivités locales et l'État sur tous les enjeux liés à l'eau.

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