Arrêté visant à interdire le regroupement de SDF à Bayonne : l'opposition s'insurge

La mairie de Bayonne a publié un arrêté interdisant le regroupement de chiens et l'occupation abusive et prolongée de certaines rues, afin de répondre à un problème d'incivilités récurrentes. L'opposition dénonce "un arrêté de la honte" et une absence totale de concertation.

La mairie de Bayonne ne veut plus voir de regroupements prolongés de personnes sans domicile fixe sur la voie publique
La mairie de Bayonne ne veut plus voir de regroupements prolongés de personnes sans domicile fixe sur la voie publique © R.Poissonnier/F3Aquitaine

N'y aurait-il plus moyen de se promener dans les rues de Bayonne ou de s'assoir boire un verre en terrasse sans être importuné par des individus "aux comportements coléreux voire agressifs" comme le stipule cet arrêté municipal pris vendredi dernier ? 

Arrêté limitant les regroupements portant atteinte à la tranquilité, à la sécurité et à l'ordre public à Bayonne

Certains habitants et commerçants se plaignent en tous cas d'une situation dégradée que le maire de Bayonne, Jean-René Etchegarray, a également constatée : " Il y a un certain nombre de regroupements de SDF avec des chiens qui sont quelquefois violents, quelquefois dangereux et qui font peur à la population. Cela, je veux le réprimer" a t-il annoncé lors d'une conférence de presse portant sur l'insécurité et la tranquilité publique dont France 3 Euska Herri rendait compte dans ce reportage ►

Bayonne prend un arrêté contre les regroupements de chiens et l'occupation abusive de l'espacepublic

L'arrêté interdit les regroupements abusifs et les attroupement de chiens

"Nous n'avons rien contre les SDF en soi " tient à préciser le maire qui rappelle l'existence à Bayonne de la Table du Soir et du Point Accueil Jour. 

Mais "les regroupements sont souvent la source de conflits, y compris entre eux et entre chiens qui aboient et se battent. C'est inacceptable dans l'espace public" martèle Jean-René Etchegarray qui note par ailleurs que cette agressivité est fréquemment liée à une consommation abusive d'alcool.
 
L'arrêté municipal considère que des groupes d'individus s'approprient très souvent les aménagements publics tels bancs et lieux ombragés "privant le public de leur usage partagé"
L'arrêté municipal considère que des groupes d'individus s'approprient très souvent les aménagements publics tels bancs et lieux ombragés "privant le public de leur usage partagé" © R.Poissonnier/F3Aquitaine

Il a donc décidé d'interdire "toute occupation abusive et prolongée" de certaines rues, boulevards, allées, squares et quais situés dans le centre-ville et le quartier St-Esprit (cf arrêté en début d'article). "Le regroupement de chiens" est également prohibé sous peine de placement des animaux en fourrière "aux frais du contrevenant". 

Renforcement de la police municipale

Pour répondre au sentiment d'insécurité ambiant, Jean-René Etchegarray a aussi décidé de renforcer les moyens de sa police municipale en recrutant 6 agents supplémentaires. L'effectif est porté à 38. 

Il fait partie des élus qui réclament un pouvoir étendu de ce service. "Elle devrait pouvoir procéder à des interpellations pour certaines infractions" affirme t-il prenant pour exemple l'impossibilité d'interpeller un SDF à l'origine de "faits graves". "La police nationale ne peut pas être partout en permanence".

Des prises de position choquantes et honteuses                                                                                                                                                     

Christian Murat, figure locale de la lutte contre la précarité, très engagé dans les associations caritatives auprès des sans-abris, ne décolère pas depuis vendredi. "Il n'y a eu aucune concertation. On ne prend pas une décision tout seul en 5 minutes sur un sujet aussi grave que ça".
Aux côtés des personnes à la rue depuis 30 ans, il ne cesse de dénoncer un manque de structures d'accueil. "Ces 250 personnes qui vivent dehors et qui posent problème aux dires de certains, qu'est ce qu'on va en faire ?"

Même indignation de la part de l'opposition municipale de gauche. Son chef de file, Mathieu Bergé, élu du groupe Baiona Bihar (Demain Bayonne), se dit choqué par la brutalité de cet arrêté "pris par surprise". "Il n'y a eu aucun débat ni en plénière ni en commission pour une question aussi importante que celle de la sécurité et de la précarité" dénonce t-il.
Il réclame le retrait de ces mesures et la mise en place d'une vraie politique de cohésion sociale. "Il y a un manque criant de coordination sur notre territoire, le Point Accueil Jour est quasiment insalubre, la Table du Soir n'est pas suffisamment dimensionnée, il n'y a pas de bagagerie". 

Sandra Pereira, porte-parole de la France Insoumise au Pays basque, demande elle aussi des solutions concrètes pour aider le plus précaires. "Il ne faut pas nier les problèmes mais c'est quoi le message qu'on envoie ? C'est faire la chasse aux plus vulnérables d'entre nous ! C'est vraiment l'arrêté de la honte, plutôt que de s'attaquer à la pauvreté, il s'attaque aux pauvres" réagit-elle, furieuse.

La militante LFI propose des solutions concrètes. "Il faut mettre des travailleurs sociaux sur le terrain, des éducateurs, des médiateurs de rue et de prévention, proposer des structures, des logements". Elle demande aussi une vraie politique pour combattre le problème du logement qui risque fort de s'accentuer avec la crise sanitaire.

De nouvelles structures pour l'accueil des sans-abris

Jean-René Etchegaray se défend de tout immobilisme quand à l'aide sociale destinée aux sans-abris. Et annonce qu'une Table du Soir "en dur" devrait prochainement être construite par la communauté d'agglomération.

Elle permettra notamment d'accueillir plus de monde car "actuellement plus de 80 personnes s'y rendent tous les jours pour une capacité de 75/80". Le nouveau site abritera également un Point Accueil Jour qui devrait remplacer celui du quartier de la gare, devenu trop étroit. 
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